La sélection et l’orientation de pigeon voyageur

Débutant :
Tu m’avais dit, lors de notre dernier dialogue, qu’il n’était pas certain qu’en colombophilie tout soit incertain. Mais n’existe-t-il pas tout de même certains critères à peu près sûrs pour juger le physique du pigeon voyageur ?
Victor :
Très bonne question. Je voudrais justement te parler de quelques critères que mon ami André Février considérait comme fondamentaux, forts de sa longue expérience de colombophile et de grand champion.
Selon lui, un bon pigeon devait présenter les caractéristiques suivantes :
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Un corps de taille moyenne, en forme de poire, avec un dos légèrement bombé.
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Un plumage très soyeux.
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Une aile d’une souplesse extrême.
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Un corps qui glisse naturellement dans les mains.
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Un vol silencieux : on ne doit pas l’entendre lorsqu’on le lâche.
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Une vitalité manifeste.
Débutant :
On pourra en reparler… Mais l’orientation, n’est-ce pas la qualité qui prime sur toutes les autres ?
Victor :
D’accord. Mais comment juger l’orientation ?
Je ne suis pas un scientifique comme notre éminent collaborateur, le professeur Van Grembergen. Pour moi, l’orientation est un instinct inné. Tous les animaux possèdent des instincts innés, sinon ils ne pourraient survivre. Et c’est là que la philosophie de la nature rejoint la réflexion scientifique : il est probable qu’en pénétrant dans le domaine de l’infiniment petit, là où la matière participe d’une certaine manière à l’invisibilité de l’esprit, on se trouve face à l’inconnaissable, comme l’aurait dit Emmanuel Kant dans sa Critique de la raison pure.
Les rationalistes et les positivistes pourraient d’ailleurs longuement débattre de ce point !
Mais l’expérience montre que, même s’il est inné, l’instinct peut être développé.
Débutant :
Donc, d’après toi, tous les pigeons peuvent s’orienter, mais le colombophile peut affiner cet instinct grâce à son expérience. Les entraînements, par exemple, peuvent aiguiser leur sens de l’orientation.
J’ai aussi remarqué qu’avec l’âge, cet instinct semble s’améliorer. Ai-je raison ?
Victor :
Certainement. Mais il existe tout de même des pigeons qui, à mon avis, disposent dès le départ d’une meilleure faculté d’orientation que les autres.
Dans la nature, ce ne sont pas toujours les plus forts qui survivent, mais les plus intelligents — c’est-à-dire ceux qui savent le mieux s’adapter aux circonstances.
Cette sélection naturelle crée une ligne ascendante : parmi les survivants, certains individus se révèlent exceptionnellement doués.
Chez les pigeons, ce sont les véritables « cracks », ceux qu’on appelle les « super » dans le langage des colombophiles.
La supériorité de certaines races ne tient donc pas à leur morphologie, mais à leur faculté d’orientation plus développée.
Débutant :
Mais il y a aussi les qualités physiques dont parlait André Février.
Victor :
Tout à fait. Lorsque Février disait qu’il préférait les pigeons en forme de poire — comme le soulignait aussi le docteur Bricoux —, c’est parce que ces pigeons présentaient une musculature puissante, particulièrement marquée au niveau des épaules, qui actionnent les ailes.
Débutant :
À propos du docteur Bricoux, il devait avoir peu de déchets dans son élevage, puisqu’il travaillait toujours avec sa propre race, ses fameux rouges, capables de transmettre automatiquement leurs qualités.
Victor :
Là, tu te trompes. Il n’existe pas de race Bricoux pure.
Ses pigeons provenaient d’un mélange de plusieurs souches : les Hirion de Jemeppe-sur-Sambre, les Beeckman de Bruxelles, les Carlier de Binche, les Baclène de Walcourt, ou encore les Rousseau de Jemeppe.
La « race Bricoux », c’était avant tout la main et l’œil du maître.
Débutant :
Donc, c’est lui qui choisissait les « poires ». Et nous, pauvres amateurs crédules, nous sommes les poires à croire à l’existence d’une race pure !
Victor :
(Rires) Moi non plus, je n’y crois plus.
Même une race qu’on dit très « pure » ne l’est jamais vraiment.
Prenons par exemple la célèbre race des frères Janssen d’Arendonk : elle est loin d’être une race pure.
Leur « Oude Blauwe », le « Jong Duifke », le « Oude Witoger », le « Bleu 48 », la « Schoon Licht de 51 », le « Traage », la « Fille Porthos », la « Halve Fabry », le « Oude Donkere », le « Stier de 55 », le « Bange », la « Kleintje », la mère du « Jonge Merckx »… Tous ces pigeons étaient des croisements.
Les frères Janssen ont façonné leur lignée en triant rigoureusement leurs pigeons sur les concours de vitesse, opérant ainsi une sélection sévère basée sur l’orientation.
La leçon est claire : la main exigeante et l’œil attentif du colombophile font la valeur d’une race.
Débutant :
Après cet exposé, je tâcherai de ne plus être une « poire ». Mais revenons à un autre point : le plumage extrêmement soyeux qu’exigeait André Février chez ses pigeons.
Victor :
C’est un sujet passionnant, qui mérite à lui seul tout un dialogue… Nous y reviendrons la prochaine fois.
Notice :
André Février, de Wavrin, fut pendant de longues années l’un des meilleurs colombophiles français. Il avait côtoyé les plus grands champions belges et français, et restait avant tout un homme de terrain et un observateur exceptionnel.
Pour lui, le bon pigeon, d’un point de vue physique, devait réunir les qualités suivantes :
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Type moyen, corps en forme de poire
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Plumage extrêmement soyeux
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Aile très souple
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Corps qui glisse dans les mains
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Grande vitalité
Et il ajoutait, en observateur avisé : « Lorsqu’on lâche un bon pigeon au colombier, on ne doit pas l’entendre voler. »
Quant à Noël De Scheemaecker, il considérait que l’orientation du pigeon est un instinct inné, qu’il faut cependant développer par l’entraînement.
Les acquis de l’expérience jouent un rôle essentiel dans la capacité du pigeon à retrouver son colombier depuis un point de lâcher éloigné.
Toute la réussite de cette navigation repose sur la faculté du pigeon à suivre la route la plus directe et à éviter les déviations inutiles.
C’est là le propre du « crack », celui dont rêve chaque colombophile.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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