La santé naturelle du pigeon voyageur

Débutant :
Quand je lis dans les journaux colombophiles toutes ces publicités vantant des produits soi-disant indispensables pour réussir, je finis par perdre le nord. Et le pigeon, dans tout cela ? Doit-on le considérer comme sans valeur s’il n’est pas « assisté » par tous ces produits qu’on nous dit obligatoires pour le maintenir en santé ? Qu’en penses-tu ?
Victor :
Excellente question, qui en soulève une autre : tous ces produits sont-ils réellement conseillés pour aider le pigeon… ou surtout pour enrichir les firmes qui les vendent ? Il est grand temps d’y réfléchir sérieusement. La santé « naturelle » aurait-elle disparu ? On serait tenté de le croire !
Certes, les pigeons ne vivent plus comme il y a un demi-siècle. À cette époque, ils allaient chercher dans la nature — dans les champs, les prairies, les plages — ce que leur instinct infaillible leur dictait, tout ce qu’ils ne trouvaient pas au colombier. Aujourd’hui, à de rares exceptions près, nos pigeons ne vont plus « dans la nature ». Et il faut se demander pourquoi.
Débutant :
Je sais que tu te poses toujours la question du « pourquoi ». Tu cherches à comprendre les causes qui déterminent chaque comportement de nos pigeons. Et tu pars du principe que l’instinct du pigeon ne se trompe pas, tandis que le colombophile, lui, peut se tromper.
Victor :
Le « pourquoi » de cette disparition des sorties au champ, on le trouve dans le fait que le colombophile met désormais à la disposition du pigeon, dans son colombier, la plupart des éléments qu’il allait autrefois chercher dans la nature : minéraux, vitamines… et, ne l’oublions pas, un excès d’oxygène pur qu’il ne trouve pas toujours dans un colombier mal aéré.
Débutant :
De l’oxygène ? Là, tu exagères un peu, car dans un bon colombier, il y a toujours suffisamment d’air frais, s’il est bien ventilé.
Victor :
Oui, mais il y a mal aéré, bien aéré et très bien aéré. Et cette nuance fait toute la différence ! Je vais te raconter une petite histoire.
Mon fils Frans, qui a souvent d’excellentes idées, avait dans les années soixante quelques pigeons dans un minuscule colombier à la Station d’Élevage. Ses pigeons y obtenaient de très bons résultats, mais il interdisait toute visite : le colombier était fermé à clé ! Les circonstances l’ont finalement obligé à l’abandonner, et je lui ai demandé : « Quel est donc ton secret pour mettre tes pigeons en si belle forme ? »
Il m’a répondu simplement : « Je n’ai que quatre pigeons à jouer. Regarde comme ils sont rouges de santé. Mon secret ? Je les mets, avant l’enlogement, un jour dans une tente à oxygène, et de nouveau le lendemain du concours. »
Mes yeux se sont alors ouverts. J’ai compris le rôle primordial de la qualité de l’air dans la forme d’un pigeon. Cette anecdote illustre à merveille l’importance d’un bon colombier.
Débutant :
Cette histoire m’en rappelle une autre. J’ai assisté un jour à l’arrivée au sommet du terrible Mont Ventoux, lors du Tour de France. Le Français Bernard Thévenet arriva en tête, devançant Eddy Merckx et Luis Ocaña. Il était tellement épuisé qu’on le plaça immédiatement dans… une tente à oxygène ! Frans n’était donc pas si bête que cela !
Victor :
Mais revenons à nos pigeons. Lorsqu’un pigeon vit dans un colombier parfaitement conçu et bien situé, il n’a nul besoin d’être « assisté » par toutes sortes de produits. La sur-santé, et donc la forme, provient à 90 % du colombier lui-même. Les exemples ne manquent pas.
Un fait reste un fait, aussi honorable qu’un lord anglais, dit-on souvent. C’est vrai. Notre raison peut se tromper, mais nos sens, eux, nous éclairent rarement à tort.
En philosophie, c’est l’éternelle dispute entre les rationalistes et les positivistes. Le colombophile ferait bien d’appartenir à la seconde catégorie.
Pour ma part, j’ai fait mon apprentissage de colombophile dans ma jeunesse auprès de Gust De Feyter, le fameux manager du colombier Evrard Havenith de Hoboken, qui fut pendant un demi-siècle l’un des plus forts du pays.
Gust recevait 25 % des bénéfices des concours. Il me confia un jour que ses gains étaient élevés en avril, mai et juin, mais qu’en juillet la grande forme s’était envolée — et les 25 % avec ! « Notre colombier, disait-il, est orienté plein sud, ce qui favorise une forme précoce. Mais la grande forme ne dure pas toute une saison… à moins que… »
Débutant :
Ce « à moins que » semble important. Tu veux dire qu’il y a des exceptions ? Lesquelles ?
Victor :
Oui. Prenons l’exemple des premiers colombiers d’Huyskens-Van Riel, les fameux « cannibales » de l’Union d’Anvers. Ils avaient deux petits colombiers : l’un orienté vers le sud, l’autre vers l’est, placés sur une remise où Jef allumait parfois un vieux poêle pour réchauffer le dessous.
Au début de la saison, les pigeons du colombier orienté au sud arrivaient avant ceux de l’est. Mais à mesure que l’été avançait, le contraire se produisait : les pigeons du colombier orienté vers l’est devenaient les meilleurs.
Jef tira une leçon de cette expérience et fit construire sa nouvelle maison en forme courbe, pensant résoudre le dilemme entre le sud et l’est. Il habitait en dessous des colombiers, et les résultats furent excellents. Pourtant, il me confia un jour : « La très grande forme que nous avions autrefois, nous ne l’avons jamais retrouvée. Maintenant je sais : la grande forme est passagère. »
Débutant :
À méditer ! Et cela prouve qu’on ne peut pas forcer la nature par tous ces produits qu’on nous pousse à donner à nos pigeons. Aidons-les plutôt par des moyens naturels. Et je n’oublie pas ce que ton ami Georges Fabry disait : la meilleure drogue, c’est une semaine supplémentaire de repos.
Victor :
Et cela, mon cher ami, est tout à fait naturel ! Un grand savant n’a-t-il pas dit : Si l’on veut commander à la nature, il faut commencer par lui obéir.
Noël De Scheemaecker
La « sur-santé » et donc la forme du pigeon proviennent à 90 % du colombier lui-même.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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