Parlons des vitessiers de pigeons. Motivation et mensonges.

Débutant :
Nous avons dialogué, il y a peu, au sujet des pigeons de fond et de la meilleure façon de les nourrir. Pour ma part, je trouve qu’on accorde beaucoup trop d’importance, dans la presse, aux concours de fond et de grand fond, si bien que les vitessiers passent pour de “petits amateurs”. Or, ces derniers constituent de loin la majorité des amateurs en Belgique. Et je dis bien “amateurs”, c’est-à-dire ceux pour qui la colombophilie est encore véritablement un hobby, leur distraction favorite.
Les soi-disant “grands” colombophiles — pas tous, heureusement — ont commercialisé notre sport favori. Ce sont les “professionnels” ou les “semi-professionnels”. La plupart d’entre eux ne jouent pas la vitesse, parce que cela n’intéresse pas les gros acheteurs. Je ne leur donne pas tort, pourvu qu’ils soient honnêtes et qu’ils ne vendent pas seulement des “pédigrées”, mais de véritables pigeons.
Victor :
C’est en effet là tout le problème du sport colombophile, devenu de plus en plus commercialisé — du moins en Belgique et aux Pays-Bas. Mais revenons aux “vitessiers”, car c’est bien d’eux qu’il s’agit cette fois, et ils le méritent. Pour moi, ce sont les véritables fins colombophiles, car ils jouent un rôle capital dans la préparation des succès remportés par leurs pigeons.
On trouve parmi eux de véritables artistes dans l’art de motiver les pigeons. Il est certain que de petits “trucs” peuvent motiver un pigeon, et que la “motivation” est d’une importance capitale pour remporter des prix de tête.
L’essentiel pour le colombophile est d’abord de savoir sur quelles distances chaque pigeon donnera son meilleur rendement. Car motiver un pigeon sur 350 km alors qu’il n’a pas les qualités physiques pour cette distance revient à écourter sa carrière sportive.
Débutant :
D’accord, mais comment savoir quelle est la distance idéale pour un pigeon ? Je suppose que son origine y est pour quelque chose.
Victor :
Parfois oui, parfois non.
Débutant :
Avec des “parfois” et encore des “parfois”, tu peux tout expliquer !
Victor :
C’est au colombophile de juger si l’origine — c’est-à-dire le pedigree — reflète bien les capacités du pigeon. Est-il un pigeon de fond, de demi-fond ou de vitesse ?
C’est le panier, ce juge impartial, qui va nous le dire. Le colombophile doit observer l’état de son pigeon à son arrivée et la rapidité de sa récupération. Un pigeon qui, par temps difficile, abat 350 km sans être épuisé, on peut sans crainte le pousser plus loin et le motiver davantage, sans risquer de le “forcer”.
Débutant :
J’ai très bien compris. Mais parlons un peu de tes petits trucs pour motiver un pigeon.
Lorsque ta fameuse “Petite Nationale” a remporté, la même année, deux premiers prix nationaux parmi des milliers de pigeons, dis-moi : l’avais-tu “motivée”, et comment ?
Victor :
Elle était motivée à l’extrême, et voici comment.
Dans le casier situé en dessous du sien se trouvait une femelle bleue, ayant la même position de nid qu’elle. En semaine, lorsque la “Petite Nationale” effectuait sa volée avec les autres pigeons du colombier, je prenais la bleue du casier inférieur et la plaçais sur les jeunes, tout juste éclos, de la “Petite Nationale”.
Quand celle-ci rentrait, elle trouvait sa voisine installée sur ses petits : la bagarre éclatait aussitôt, que j’écourtais rapidement en remettant l’intruse sur ses propres jeunes, dans le casier du dessous.
J’effectuai cette manœuvre trois ou quatre fois avant d’enloger la “Petite Nationale”. Elle avait alors des jeunes de trois jours.
Lorsqu’elle revint victorieusement des deux concours nationaux, elle retrouva de nouveau l’intruse sur ses jeunes. Courte bagarre, avant de remettre les choses en ordre.
Débutant :
C’était cruel d’obliger la “Petite Nationale” à se battre à son retour. Pourquoi ?
Victor :
Parce qu’il ne faut jamais mentir à un pigeon. Si je l’avais fait, elle n’aurait peut-être pas refait un premier national — également sur des jeunes de quatre jours — avec sa voisine comme ennemie n°1.
Débutant :
Je sais qu’il existe beaucoup de trucs pour motiver un pigeon.
Victor :
Et chaque colombophile peut en inventer, mais à condition de ne pas mentir, car le pigeon a une excellente mémoire. Par exemple, si l’on place avant l’enlogement un autre mâle avec la femelle du veuf qu’on va engager, il ne faut pas commettre l’erreur de ne pas remettre ce même mâle avec la femelle au retour du veuf, ne fût-ce que quelques secondes.
Débutant :
Il y a donc beaucoup de petits trucs… Le colombophile peut-il les inventer lui-même ?
Victor :
À condition d’observer les instincts de ses pigeons. L’instinct de territoire peut parfois dominer l’instinct sexuel.
Tu dois te souvenir de ce que le grand champion Ernest Duray m’avait conseillé de faire avec notre “Lomperik”, un pigeon dont j’attendais beaucoup, mais qui ne répondait pas à nos attentes.
Ernest me conseilla alors de ne plus lui montrer sa femelle, mais de placer, à l’enlogement, un mâle étranger dans la moitié de son casier, et de remettre ce même mâle dans le casier à son retour.
Le succès fut sensationnel : quatre dimanches de suite, il se classa en tête du concours, sur des distances de 300 à 350 km.
Il faut savoir exploiter les instincts du pigeon : c’est ainsi qu’on le motive le mieux. Et quel plaisir pour le colombophile de pouvoir intervenir personnellement dans le succès de son pigeon !
Noël De Scheemaecker
Notices :
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La “Petite Nationale” remporta en 1980 deux premiers prix nationaux, sur Limoges et La Souterraine. Noël De Scheemaecker motiva cette femelle en plaçant trois à quatre fois une intruse sur son nid.
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Les vitessiers sont les véritables fins colombophiles, car ils jouent un rôle capital dans la préparation des succès remportés par leurs pigeons.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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