Nous devons penser à l’avenir – pigeon voyageur

Débutant :
J’entends de plus en plus de colombophiles parler de la santé des pigeons. Tous les médicaments existants pour les soigner ou les préserver des maladies donnent l’impression qu’il doit y avoir beaucoup de pigeons malades… ou en voie de le devenir. Crois-tu vraiment que la situation soit si grave ?
Victor :
Elle peut le devenir, et elle l’est déjà dans certains cas où le colombophile se laisse influencer par tout ce qu’il lit. Heureux ceux qui ne se laissent pas piéger et conservent une certaine sérénité d’esprit !
Je t’ai déjà parlé plusieurs fois de la santé naturelle, qui s’oppose à la santé artificielle. Nous, colombophiles, avons affaire à des pigeons.
Les faibles, nous pouvons les éliminer — ce qui n’est évidemment pas le cas chez les humains. Dans la nature, c’est la sélection naturelle qui conditionne l’avenir de chaque espèce.
Débutant :
Qu’entends-tu par santé “artificielle” ? À mon avis, santé naturelle ou artificielle, cela revient au même… puisque dans les deux cas, il y a “santé”. Pourquoi alors en faire une différence ?
Victor :
Tu aurais raison si le problème ne concernait que le présent.
Débutant :
Mais nous vivons bien dans le présent… et non dans l’avenir !
Victor :
L’avenir de nos enfants, de nos petits-enfants, ne te paraît-il pas essentiel ?
Notre responsabilité doit-elle céder la place à notre égoïsme ?
De la même manière qu’on affaiblit la race humaine en la maintenant dans une “santé artificielle” par une assistance médicale constante, il en va de même pour nos pigeons.
Tous les 25 ans, il y a une nouvelle génération d’humains. Mais chaque année, il y a une nouvelle génération de pigeons. Et que constatons-nous ?
Leur résistance, assurée par le système immunitaire, diminue constamment. La revanche des microbes est terrible… et nous en sommes la cause !
Il est urgent de revenir à la sélection naturelle, c’est-à-dire à l’élimination des sujets sans valeur.
Débutant :
Ton raisonnement me paraît logique. Mais comment faire ? Nous connaissons si peu les critères qui définissent la vraie valeur d’un pigeon, que la sélection me semble bien difficile.
Victor :
C’est vrai, mais il n’est pas certain que tout soit incertain lorsqu’on juge la valeur d’un pigeon.
Une chose, à mon avis, est sûre : le pigeon qui ne possède pas une bonne orientation doit être éliminé. À quoi bon un pigeon aux qualités physiques parfaites, s’il ne peut les utiliser correctement, c’est-à-dire pour rejoindre son colombier aussi vite que possible ?
Débutant :
Tu veux dire qu’il faut sélectionner par le panier de voyage ?
Car nous ne savons rien de l’orientation, qui se trouve dans la tête du pigeon, et que nous ne pouvons déceler.
Victor :
Tu vas peut-être rire, mais je crois que l’orientation dépend d’un instinct inné.
Tous les animaux naissent avec des instincts propres à leur espèce, qui leur permettent de survivre.
Ces instincts peuvent se renforcer avec l’expérience.
Depuis des dizaines de milliers de générations, les pigeons disposent d’un instinct d’orientation qui s’est affiné au fil du temps. La sélection naturelle a fait son œuvre : les parents incapables de retrouver le chemin pour nourrir leurs jeunes ont été éliminés.
Depuis que les pigeons participent à des compétitions sportives, ce processus de sélection s’est encore accéléré : on a supprimé les pigeons qui ne se classaient pas.
Le colombophile qui sélectionne doit y penser.
Nous pouvons tous élever des pigeons quasi parfaits sur le plan physique, mais à quoi bon s’ils manquent de faculté d’orientation ?
La santé naturelle et la sélection sur l’orientation sont, à mes yeux, les deux critères essentiels qui doivent guider tout bon colombophile.
Débutant :
À part le panier, il n’existe donc selon toi aucun moyen de déceler la faculté d’orientation d’un pigeon ?
Victor :
Non. Mais je t’ai dit qu’il n’était pas certain que tout soit incertain… Je pense ici à l’appréciation des qualités physiques d’un pigeon.
Débutant :
Pourtant, il est intéressant pour le colombophile de pouvoir sélectionner selon les concours auxquels il participe. Je pense par exemple aux vitessiers, à ceux qui préfèrent le demi-fond, ou encore aux amateurs de fond.
Victor :
Toute comparaison est boiteuse, dit-on, mais certaines peuvent être éclairantes.
En athlétisme, par exemple, les sprinteurs (100 ou 200 m) sont très musclés ; les coureurs de demi-fond (400 à 1 500 m) le sont moins, et les marathoniens encore moins.
Il en va de même, dans une certaine mesure, pour nos pigeons.
Débutant :
D’accord, mais nos pigeons ne courent pas avec leurs jambes, ils volent avec leurs ailes !
Victor :
Et c’est là toute la difficulté ! Nous tenterons d’en soulever le voile la prochaine fois.
L’avenir de notre colombier dépendra avant tout d’une sélection naturelle, sans la fausser par une santé artificielle.
Une fois qu’on s’engage dans une assistance médicale excessive, on compromet l’avenir de sa colonie.
Elle dépendra aussi de la sélection rigoureuse des pigeons par l’élimination des défauts physiques, en fonction des distances que nous souhaitons jouer.
— Noël De Scheemaecker
Notices :
La santé naturelle et la sélection par le panier sont les deux critères fondamentaux qui doivent guider le colombophile lors de la sélection.
À quoi bon un pigeon doté de qualités physiques parfaites s’il ne peut les utiliser pour bien s’orienter ? L’orientation est une qualité invisible : elle se joue dans la tête du pigeon.
De plus en plus d’amateurs placent leurs pigeons en volière durant l’hiver : une bonne cure d’oxygène est le meilleur moyen de stimuler leur résistance naturelle.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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