17 octobre 2021

La santé et le triage de pigeons

Par admin

Si le bon amateur joue facilement du couteau au cours de la saison sportive pour éliminer les récidivistes de la bresse, la fin de saison est toujours l’époque des grands règlements de compte. Oui, mais dans quel esprit?
Dans les colonies où il y a eu de brillants sujets et des médiocres cela va tout seul, théoriquement. Car il faut tout de même des statistiques. Nous avons eu une saison en 2 époques = la première, pratiquement jusque fin mai, où les vents de queue ont permis des records de vitesse.., entre 2 pluies. Puis c’est la grosse chaleur, de plus en plus lourde avec orages et vents d’Est, Nord-Est très souvent.
Alors un pigeon a pu être bien meilleur en début qu’en fin de saison et vice-versa. Des prix de tête par vent poussant, si c’est moins beau, c’est tout de même intéressant.
Alors les pigeons qui en font, il faut les garder sinon on se condamne peu à peu à ne rien faire par tel ou tel temps. On entend régulièrement un amateur dire ‘heureusement que je ne l’ai pas tué l’automne dernier’. Le triage est bien plus difficile là où la saison a été ordinaire.



Bien sûr il y a des colonies médiocres, où aucun bon pigeon n’est là pour défendre les couleurs de son maître. Le seul test, c’est la victoire des autres. Dans de tels colombiers, les grands moyens sont nécessaires et l’élimination totale ou presque des pigeons est le meilleur placement. A quoi sert de nourrir des médiocres sans avenir?
Une révision de la conception du colombier et des conceptions d’éleveur et de manager du colombophile sera également indispensable. Dans les colombiers qui ont connu des aventures de santé, cela est beaucoup plus difficile. Car la notion de ‘vitalité’, c’est-à-dire entre autres, l’aptitude à résister à la maladie, a des limites qu’il faut savoir apprécier.
Eliminons tout de suite le souffreteux sans passé qui se révèle sensible à tous les parasites ou microbes qui traînent. C’est un faiblard qui n’a rien à faire au colombier. Mais un pigeon, de bonne qualité jusque là qui s’effondre? Un amateur me dit hier au téléphone: « J’ai 6 bons pigeons qui m’ont fait des prix jusqu’au 15 juillet et puis peu à peu, ils sont devenus ordinaires et même médiocres ». Je lui ai rappelé l’adage: « C’est toujours les bons chevaux qu’on attelle ». Pour un bon pigeon, la fatigue, ça existe. Il aurait d’abord fallu leur accorder quelque repos. Ensuite un pigeon — comme tout être vivant — fatigué, perd une partie de ses moyens de défense. Avec les grosses chaleurs, comme il est de règle, la trichomonase et les germes du coryza se sont développés et sur ces pigeons fatigués, ils ont trouvé le terrain idéal. C’est une loi biologique (la faiblesse de l’un fait la force de son ennemi) inéluctable et non un manque de qualité de ces pigeons. Et c’est aussi une grosse faute de l’amateur: ne pas savoir accorder un repos reconstituant à des pigeons déjà très sollicités, et ne pas savoir modifier aération et température au colombier lorsqu’une température excessive met leur résistance en péril.



C’est beaucoup plus difficile encore quand une grave maladie a sévi au colombier. Si, en matière de vers par exemple, on note toujours une infestation très variable d’un pigeon à l’autre, même du même âge (les jeunes sont toujours beaucoup plus sensibles que les adultes), sa résistance n’est pas forcément proportionnelle à sa valeur sportive. Et de toute façon, elle est relative et précaire: dans une colonie infestée de vers, tous les pigeons, au bout de quelques semaines, en ont, plus ou moins. Et celui qui n’en a pas aujourd’hui peut en avoir beaucoup plus après. Alors cette saison n’a aucune valeur indicative. Un coup pour rien. Dans la paratyphose, le problème est encore différent: maladie infirmante, l’élimination des éclopés arthritiques coule de source.
Mais espérer, par le seul triage systématique, éliminer le mal par l’élimination des malades est une vue de l’esprit. Ou bien il faut tout détruire, désinfecter et repartir de zéro, autant que possible avec des pigeons sains… ou bien il faut soigner, vite, fort et longtemps. Ces soins n’ont d’ailleurs aucun effet débilitant sur le plan sportif dès lors qu’ils ont été prodigués avant toute atteinte profonde de la maladie. Je connais un amateur qui a la prétention de ne pas soigner: cela fait dix ans environ que ça dure. Il tue chaque année de bons pigeons qui tombent infirmes — la fatigue aidant — en pleine saison, tue des dizaines de pigeonneaux au nid. Pour ne pas contaminer les copains, il doit mettre ses pigeons dans un panier à part. Il s’entête, continue à bien jouer, à massacrer, à enterrer.
Qu’espère-t’il encore?
Cet exemple est aussi celui de la limite et de la nécessité de la médecine et du médicament. Le médicament n’est pas une fin en soi. C’est ce qu’il faut pour remettre dans le droit chemin un organisme passagèrement déficient. ça n’est pas destiné à mettre les faiblards à la hauteur des athlètes, les imbéciles à la hauteur des intelligents.

[ Source: Article édité par Dr. J.P. Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]

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