Lhorloge biologique chez le pigeon voyageur
29 octobre 2025 Par admin

L’horloge biologique chez le pigeon voyageur

Lhorloge biologique chez le pigeon voyageur

Cet article fait suite au précédent consacré à la mélatonine chez le pigeon, qui abordait le rôle de la glande pinéale, véritable centre de contrôle des biorythmes. Nous venons à nouveau de traverser la période des débats sur l’utilité et le but du passage entre l’heure d’été et l’heure d’hiver. Deux groupes d’opinions s’affrontent toujours :

Le premier défend le passage, fin mars, à l’heure d’été, ce qui correspond pour notre pays et l’Europe de l’Ouest à une avance de deux heures sur le soleil.
Le second groupe prône une solution intermédiaire : conserver l’heure de Greenwich (Angleterre) en hiver et adopter l’heure de Berlin (soit une avance d’une heure) en été. Pour la première fois, ce dernier groupe a remporté un succès : le Portugal est devenu le premier pays d’Europe de l’Ouest à adhérer à cette proposition.

Certaines personnes ressentent fortement ces changements d’heure, tandis que d’autres n’en éprouvent aucun effet, ce qui démontre l’existence de variations individuelles. Puisque la situation actuelle ne procure aucun gain énergétique mesurable, je plaiderais pour un retour à l’ancienne organisation horaire. Il n’est en effet pas nécessaire de dérégler deux fois par an l’horloge biologique des hommes et des animaux — un rythme hérité de nos ancêtres les plus lointains. Ce sont ces changements répétés qui provoquent la plupart des désagréments.

Certains scientifiques ont d’ailleurs attribué l’échec du célèbre cycliste espagnol Miguel Indurain lors de sa tentative du record de l’heure (octobre 1995), en partie à des erreurs ayant fortement perturbé son biorythme.

De manière générale, on peut affirmer que les rythmes biologiques sont présents chez tous les êtres vivants — y compris chez l’embryon du pigeon — et qu’ils régulent de nombreuses fonctions vitales. Ces rythmes obéissent à des lois internes de modération et de synchronisation : sensation de faim, température corporelle, cycle veille-sommeil, etc. Il convient donc de parler des horloges internes, au pluriel, car plusieurs systèmes régulateurs coexistent.

Le terme circadien vient du latin circa diem, qui signifie « environ un jour », soit un cycle d’environ 24 heures. Chez certains oiseaux migrateurs, on a mis en évidence des cycles annuels déterminant notamment le départ des migrations, en interaction avec les conditions climatiques.

Chez le pigeon voyageur, la question du retour au colombier après un concours demeure fascinante. Les scientifiques restent divisés quant aux mécanismes précis de cette orientation. Trois théories principales coexistent :

  1. La théorie du compas solaire,

  2. La théorie magnétique,

  3. Et la théorie olfactive.

Sans entrer dans les détails, je pense depuis longtemps que la vision du soleil joue un rôle déterminant.

Le brouillard constitue la condition météorologique la plus difficile pour l’orientation. Puisque la position du soleil varie au fil de la journée, il est essentiel pour le pigeon d’en percevoir les changements. Grâce à son horloge interne, il peut interpréter ces variations et relier la position du soleil à l’heure de la journée. Ce véritable chronomètre interne lui permet de suivre la trajectoire solaire, du matin jusqu’au soir, et de s’orienter correctement.

Il est même possible à l’homme de dérégler cette horloge biologique : si l’on modifie artificiellement le cycle jour-nuit — par exemple en allumant la lumière du pigeonnier six heures plus tôt ou plus tard pendant plusieurs jours —, les pigeons ainsi traités commettent une erreur d’interprétation de la position du soleil lors d’un lâcher en terrain inconnu. Ils s’orientent alors de manière fautive (jusqu’à 90° à droite ou à gauche), et cette erreur n’est pas toujours corrigée en vol.


Conséquences pratiques pour la colombophilie moderne

Dans un article récent, André Roodhooft souligne que de nombreux amateurs perdent une grande partie de leurs jeunes pigeons précoces. Il explique que les pigeons élevés selon la tactique de l’obscurité se montrent particulièrement maladroits au début et nécessitent une éducation très progressive.

J’avais moi-même déjà évoqué ce problème : ces pertes s’expliquent de plus en plus clairement par des facteurs liés au dérèglement de l’horloge biologique.

D’abord, la pratique de l’élevage d’hiver expose les jeunes à leurs premiers vols d’extérieur à une période où les conditions météorologiques retardent et interrompent leur apprentissage. Or, cette phase d’éducation, capitale pour le développement de leurs capacités d’orientation, devrait coïncider avec la période où les pigeonneaux sont les plus réceptifs.

De plus, lors de ces élevages hivernaux, on allonge artificiellement la durée du jour à l’aide de l’éclairage. Ce faux signal lumineux perturbe gravement le sens du temps chez le jeune pigeon, créant un conflit interne dans son horloge biologique. Résultat : des pertes fréquentes au début de leur carrière.

Le pigeon voyageur ne naît pas avec toutes ses capacités d’orientation : celles-ci s’acquièrent progressivement. Les premières étapes sont essentielles — sortir du colombier, grimper sur le toit, voler autour du pigeonnier, puis explorer des distances croissantes dans toutes les directions. Ce processus permet de mémoriser les coordonnées visuelles de leur habitat.

Lors des concours de longue distance, les pigeons comparent ensuite leurs perceptions actuelles à ces souvenirs topographiques, pour déduire la direction du retour.

Enfin, la pratique de l’obscurcissement du colombier chez les jeunes, à un âge plus avancé, contribue également à dérégler leur rythme interne. Pendant plusieurs mois, la modification artificielle du début du jour et de la durée d’éclairement plonge ces jeunes oiseaux dans un désarroi profond. Ils interprètent mal la position du soleil, prennent la mauvaise direction et aboutissent dans des régions étrangères — revenant très tard, voire jamais.


Notices complémentaires

L’apprentissage et le développement du sens de l’orientation doivent impérativement débuter quand les pigeonneaux ont quelques mois. Cela explique pourquoi les tardifs exigent davantage de patience : lorsqu’ils atteignent l’âge idéal pour s’entraîner, l’hiver empêche souvent toute sortie.

Une cause majeure des pertes de pigeonneaux réside donc dans la perturbation de leur horloge biologique par l’éclairage artificiel ou l’obscurcissement prolongé du colombier.

Prof. G. Van Grembergen


[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen – Revue PIGEON RIT ] 

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