Pigeons voyageurs : la queue, un secret d’équilibre et de performance en vol

Les pigeons voyageurs fascinent les chercheurs depuis des décennies en raison de leur incroyable capacité à allier vitesse, endurance et précision de vol.
Il y a peu de temps, plusieurs études scientifiques portant sur des aspects particuliers de l’aérodynamique du vol ont été publiées.
Le lecteur pourrait s’étonner de l’intérêt scientifique suscité par de telles recherches. Pourtant, lorsqu’on apprend que ces travaux sont financés par l’industrie aéronautique, on comprend immédiatement qu’ils visent des applications concrètes et technologiques.
Nombre de ces études concernent la queue des hirondelles communes — bien que des observations similaires aient été faites sur d’autres oiseaux, y compris le pigeon voyageur.
La queue, en vol, est en mouvement constant : son étalement et sa position par rapport au corps se modifient continuellement afin de maintenir la stabilité. L’étalement est maximal lorsque la vitesse de vol est faible. Sans queue, le vol devient difficile en raison du risque de culbute.
L’allongement artificiel de la queue améliore la stabilité, mais augmente aussi la consommation d’énergie. En effet, la queue crée, pendant le vol, une force ascensionnelle (lift) supérieure à la pesanteur. Lorsque la queue est plus longue, ce rapport de forces se modifie au détriment du lift. Dans le même temps, les manœuvres deviennent plus difficiles, ce qui constitue un véritable handicap.
Cependant, ce n’est pas toujours le cas.
Des observations précises d’hirondelles en vol — réalisées à l’aide de caméras ultra-rapides dans des tunnels aérodynamiques — ont démontré que différents types d’allongement de la queue entraînent des effets variés sur la consommation d’énergie.
Les longues queues fourchues, dont l’allongement est limité aux plumes les plus extérieures (comme chez l’hirondelle commune), se sont révélées aérodynamiquement optimales : elles procurent un gain d’énergie, car la force ascensionnelle augmente plus vite que la force de gravité.
La lecture de ces résultats m’a rappelé certains souvenirs liés à mes expériences avec les pigeons voyageurs.
Des observations de terrain riches d’enseignements
Pour situer le contexte, surtout pour les jeunes lecteurs, je rappelle que mon coéquipier J. De Raedt et moi-même avons été colombophiles actifs entre 1955 et 1975.
Au sevrage, les jeunes pigeons quittaient mon pigeonnier d’élevage pour rejoindre les pigeonniers de jeu de mon ami.
Les reproducteurs étaient toujours accouplés au début du mois de février (à la Chandeleur). Ce n’étaient donc pas des jeunes précoces, mais des pigeons de printemps, nés début mars, auxquels s’ajoutaient parfois quelques jeunes de la deuxième tournée.
Chaque année, une cinquantaine de jeunes partaient ainsi vers le petit pigeonnier de De Raedt : 2 m de hauteur, 1,5 m de largeur et 3 m de profondeur, soit un volume de 9 m³ — environ trois fois trop selon les normes classiques. La ventilation y était excellente, sans courant d’air, grâce aux fenêtres ouvertes jour et nuit.
Chez nous, il n’était pas question de séparation des sexes, ni d’éclairage artificiel, ni d’obscurcissement, ni de produits freinant la mue (qui n’existaient d’ailleurs pas encore), ni d’accouplements avec de vieux pigeons.
Peut-être que nos jeunes pigeons voyageurs trouvaient leur motivation dans la jalousie ou la défense de leur planchette.
Pour la vaccination contre les poquettes, ainsi que pour les traitements préventifs contre la coccidiose et la trichomonose, nous laissions les choses suivre leur cours.
Il arrivait parfois que des couples se forment et construisent un nid dans un coin du pigeonnier, surtout à la fin de la saison de vol, si bien qu’il nous arrivait d’enloger quelques jeunes sur des œufs — mais jamais avec des petits au nid.
Des pigeons en mue… mais victorieux
On peut facilement imaginer dans quel état de mue se trouvaient ces pigeonneaux lors des deux derniers concours nationaux pour jeunes, organisés sur Angoulême (650 km).
J’ajoute qu’à l’exception de quelques mâles privilégiés, tous étaient enlogés, quel que soit leur état de plumage : cous déplumés, ailes et queues trouées.
Sur tous les points, notre manière de faire allait à l’encontre des conseils habituellement prodigués, selon lesquels « il n’est plus possible de se défendre début septembre avec des moyens naturels ».
Je ne peux pas être d’accord avec une telle affirmation.
En résumé, je peux affirmer que nous n’avons jamais connu de déroute à Angoulême avec nos jeunes pigeons. Bien au contraire, nous avons souvent placé des jeunes en tête du classement.
À titre d’exemple, une de nos femelles (deuxième marquée) remporta le 1er national sur le second Angoulême de 1961.
Ce n’était pas un hasard : sur l’Argenton particulièrement difficile de 1969, notre premier marqué remporta le 1er provincial, le 1er interprovincial et le 5e national, n’étant battu que par quatre pigeonneaux du sud du Hainaut, situés à 100 km plus près.
Une autre femelle remporta le 6 septembre 1958, en première marquée, le 28e national sur Angoulême, puis, quatorze jours plus tard, le 7e national sur le même concours.
Certains diront que tout cela appartient au passé et que de telles performances ne seraient plus possibles aujourd’hui.
Je répondrai que déjà à cette époque, 95 % des jeunes enlogés l’étaient alors qu’ils couvaient.
Je ne conteste pas que les concours soient aujourd’hui plus vite clôturés et que la qualité moyenne des pigeons voyageurs soit meilleure, mais la vitesse des pigeons de tête n’est certainement pas supérieure.
Dans des conditions identiques, les champions d’il y a trente ans volaient aussi vite que ceux d’aujourd’hui.
J’ose affirmer que des pigeons d’exception comme ceux mentionnés plus haut — capables de se distinguer à plusieurs reprises malgré leur mue avancée — voleraient encore aujourd’hui en tête de classement.
Une queue d’hirondelle… avantage aérodynamique ?
Le concours pour lequel nous avions enlogé nos jeunes, avec beaucoup de risques mais en connaissance de cause, était le dernier Angoulême de la saison, organisé à la mi-septembre par Cureghem-Centre.
Les pigeons étaient encore enlogés à Ledeberg, dans le local De Blauw Duif (aujourd’hui disparu).
Je ne me souviens plus précisément de l’année — sans doute entre 1962 et 1969.
La mue de nos pigeonneaux était telle que leur plumage était en piteux état.
Notre première marquée possédait même une queue d’hirondelle parfaite : une queue fourchue dont seules les plumes extérieures subsistaient.
Je n’oserais plus écrire cela s’il n’existait plus de témoins de ces faits.
L’un d’eux est mon ami Armand Seghers de Zelzate (alors gardien de but en Division 1 à l’A.A. Gent).
Récemment, j’ai encore évoqué ce souvenir avec lui.
Lui non plus ne se souvient pas de l’année exacte.
Mais lorsqu’il vit les huit ou neuf jeunes que nous allions enloger, il resta perplexe, se demandant ce que cela pouvait bien donner.
Il le fut encore davantage en découvrant le résultat : tous nos jeunes firent prix, et notre premier marqué remporta le 1er régional, suivi de trois autres prix de tête.
Je ne m’attendais pas à un tel exploit, car, comme tout le monde, je voyais dans la queue fourchue du premier marqué un handicap évident.
Mais à la lumière des récentes études citées, je commence à penser que cette forme de queue n’est pas un désavantage… mais bien un atout aérodynamique.
Qui tranchera ?
Il faut ajouter que les conditions météorologiques étaient idéales : temps sec, température agréable, pas de vent.
Certes, dans d’autres conditions, le résultat aurait pu être différent.
Symétrie et performance : un facteur clé chez le pigeon voyageur
Un autre point mis en évidence par ces recherches — principalement sur les hirondelles — est l’influence négative de l’asymétrie, tant de la queue que des ailes, sur la performance en vol.
Cette asymétrie augmente la consommation d’énergie et réduit la maniabilité.
Cependant, l’asymétrie des ailes semble avoir l’effet le plus défavorable.
Or, chez le pigeon voyageur, il arrive que les pennes ou les plumes de la queue ne muent pas de manière symétrique, ce qui crée un déséquilibre.
Cette observation est particulièrement intéressante pour le colombophile : une mue asymétrique indique non seulement un dérèglement du métabolisme, mais constitue également un handicap aérodynamique.
Pendant la saison de vol, il faut donc redoubler de vigilance avec ces pigeons, même les meilleurs, et éviter de les enloger sur toutes les étapes.
Prof. G. Van Grembergen
Notice :
La queue est en mouvement constant pendant le vol : son étalement et sa position varient sans cesse pour assurer la stabilité.
Lors d’un vol à vitesse lente, elle s’étale davantage.
Sans queue, le vol devient difficile en raison du risque de culbute.
Il est également important de noter qu’en vol, une queue normale génère une force ascensionnelle supérieure à la pesanteur.
[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen – Revue PIGEON RIT ]
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