Les instincts chez les pigeons 1
25 octobre 2025 Par admin

Les instincts chez les pigeons (1)

Les instincts chez les pigeons 1

Débutant :
Tu m’as dit récemment que tu te rendais compte que tu savais ce que tu ne savais pas, et que cela t’irritait. Et maintenant, tu me proposes de parler des instincts du pigeon. Mais y a-t-il quelque chose de plus mystérieux et de plus merveilleux dans la nature que la vie des instincts ?

Victor :
Mon père me disait parfois, quand il se promenait avec nous dans la nature :
« Avez-vous jamais rencontré quelqu’un qui, après sa mort, est revenu se promener sur notre planète ? Pourtant, cette petite boule sur laquelle nous vivons est tellement belle… mais on ne pense pas à la regarder. »

Débutant :
C’est très beau, ce que ton père te disait, mais quel rapport avec la colombophilie ?

Victor :
Ne comprends-tu pas que je veux dire par là que nous, colombophiles, ne regardons pas assez nos pigeons ? Et pourtant, ils peuvent nous apprendre beaucoup de choses.

Débutant :
Voilà, cher maître, plus d’un demi-siècle que tu fréquentes l’école dirigée par des pigeons ! Et as-tu appris beaucoup de choses ?

Victor :
Ce n’est pas un scientifique qui te parle de l’instinct animal, mais un simple colombophile qui pense pouvoir se fier à une certaine expérience. Mon principal avantage sur celui qui étudie le comportement des hommes, c’est que le pigeon n’est pas un comédien. Tous ses comportements sont guidés par ses instincts, chaque instinct se manifestant dans un but précis. À nous de les comprendre. Et c’est là le principal plaisir que nous avons, nous colombophiles. Car y a-t-il plus grand plaisir que de résoudre un problème qui se pose à notre esprit ? Et le problème des instincts chez le pigeon en est un.

Débutant :
Vas-tu enfin me parler des instincts eux-mêmes ? Pour ma part, je t’avoue que je n’y ai jamais songé. Et pourtant, cela me paraît très important pour remporter des succès en colombophilie, car, si j’ai bien compris, la « motivation » chez les pigeons a un rapport avec leurs instincts. Oui ou non ?

Victor :
Oui, absolument. Nous savons tous qu’un pigeon très motivé se classe en tête. La motivation est un moteur puissant. Mais quelle est la clé qui fait démarrer ce moteur ? C’est l’observation qui peut nous l’apprendre. La grande révolution dans le sport colombophile fut l’introduction du veuvage. On avait découvert là un système de jeu qui allait se généraliser, parce que les « veuvagistes » battaient tous les concurrents « naturels », si l’on peut dire !
La méthode du veuvage consistait simplement à motiver le mâle en exploitant son instinct sexuel, c’est-à-dire son désir de féconder la femelle afin de perpétuer l’espèce. Et le système a si bien fonctionné que plusieurs sociétés en Belgique, même l’Union d’Anvers, ont fini par interdire le veuvage. Cela n’a pas duré longtemps, car le contrôle était trop difficile.

Débutant :
Mais le veuvage a un autre atout : les veufs sont traités comme des athlètes – entraînement et repos. Pas de chasse au nid, pas de gavage des jeunes. C’est peut-être là que réside le secret de leurs succès.

Victor :
En effet, c’est très vrai. Mais le système du veuvage a aussi son revers. Les colombophiles disent parfois : « Les veufs en ont assez, la forme n’y est plus, ils ne sont plus motivés par le veuvage. » Nous allons tâcher d’en trouver la raison.
On sait que la vie des instincts, bien qu’innée, peut se développer rapidement, et le pigeon, par exemple, s’enrichit par les acquis de l’expérience. Pour que ce développement soit rapide et efficace, la meilleure période se situe quand le pigeon est encore jeune.
Le pigeonneau qui n’a pas été suffisamment entraîné aura du mal à se classer, à l’âge d’un an, contre des pigeons ayant déjà acquis beaucoup d’expérience comme pigeonneaux.

Débutant :
Qu’entends-tu par « acquis de l’expérience » ?

Victor :
Nous voilà revenus à la vie des instincts. Si le colombophile constate que ses veufs ne « mordent » plus, c’est parce que, par les acquis de l’expérience, le pigeon est démotivé. En effet, que se passe-t-il ?
Avant l’enlogement, on montre ou non la femelle au veuf. Dans les deux cas, le veuf sait, par expérience, que sa femelle l’attend à son retour. Très bien ! Mais ensuite, après un certain temps, on lui retire sa femelle. Après quelques concours, le veuf finit par comprendre qu’il est « floué ». L’expérience le lui apprend, et la motivation diminue. Le colombophile dit alors naïvement que « ses veufs ne mordent plus ».

Débutant :
Si j’étais à leur place, je ferais de même ! Blague à part, y a-t-il une solution à ce problème ? Le veuvage n’est-il pas le nec plus ultra ?

Victor :
Je ne le crois pas. Il existe un instinct plus profond que l’instinct sexuel : c’est l’instinct de défense du territoire.

Débutant :
Où vas-tu chercher cela ?

Victor :
D’abord, parce que la défense du territoire est une condition de survie. L’animal doit y trouver et y protéger sa nourriture. Ensuite, parce que l’expérience nous le montre.

Débutant :
Le pigeon te l’a-t-il dit ?

Victor :
Non, mais il nous l’a montré par son comportement. Je crois qu’un système de jeu basé sur cet instinct serait supérieur au système du veuvage, notamment parce qu’il éviterait la perte de motivation observée chez les veufs après un certain temps.

Débutant :
Tu parles d’expérience, explique-moi cela.

Victor :
Tu te souviens qu’il y a quelque temps déjà, je t’avais parlé du système appliqué par Émile Dupont, d’Herseaux, qui a remporté d’incroyables succès en jouant ses mâles motivés par la défense de leur territoire.

Débutant :
Explique-moi cela encore une fois. Mais ce système est-il applicable par le « petit » colombophile ? Car cela me concerne : je ne dispose que d’une poignée de veufs.

Victor :
Précisément, ce système est très avantageux pour le « petit » colombophile. Prenons un exemple : supposons que tu disposes d’une douzaine de veufs. Il te faut deux colombiers : un avec six casiers et un autre avec six perchoirs.
Avant la saison, tu laisses couver ou élever un jeune à six de tes veufs dans le premier colombier. Ensuite, tu accouples les six autres mâles avec les mêmes femelles, tandis que tu relègues les premiers dans le colombier à perchoirs. Il y a donc un casier, un même territoire, pour deux mâles. Aucun problème pour la volée journalière (une seule volée par jour suffit). Quand c’est le tour des six mâles du colombier à perchoirs, tu mets les autres dans ce même colombier.

Débutant :
Cela me paraît faisable dans mes deux colombiers juxtaposés. Et ensuite ?

Victor :
Avant l’enlogement, tu lâches les douze mâles ensemble. Inutile de montrer les femelles : l’instinct du territoire est plus fondamental, comme je te l’ai dit. Après quelques secondes, tu attrapes les mâles, six ou douze, pour les enloger. Et je te garantis des surprises !

Débutant :
Et tout cela parce que tu crois que l’instinct du territoire est plus fort que l’instinct sexuel… et qu’on ne « floue » pas les veufs comme dans le système classique du veuvage.

Victor :
Exactement. Et la prochaine fois, je te donnerai d’autres détails sur les instincts… et les motivations possibles.

Noël De Scheemaecker


Notices :
Les colombophiles qui observent attentivement leurs pigeons et savent en tirer des leçons sont souvent ce qu’on appelle des fins colombophiles, car les pigeons peuvent nous apprendre énormément.
L’instinct du territoire est l’un des atouts les plus puissants pour motiver les pigeons. Si deux pigeons partagent un même casier – donc un même territoire –, il suffit de les laisser quelques secondes ensemble dans ce casier. Il faut toutefois veiller à ce qu’ils ne se blessent pas et, lorsqu’on les enloge au même concours, il ne faut évidemment pas les placer dans le même panier.


[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]

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