Troubles du comportement – pigeons voyageurs
L’exploitation rationnelle des pigeons voyageurs tend, d’une part, à standardiser leur préparation (veuvage) et, d’autre part, à exploiter la variation de leur psychisme au fur et à mesure de son évolution dans le cycle de reproduction (naturel).
Au veuvage, il s’agit tout autant d’un dressage que d’une exploitation de l’instinct de propriété et de l’instinct de reproduction : dressage à la volée, dressage à la rentrée immédiate, voire dressage « à la case » dès que le maître entre au colombier. Comme chacun sait que tout bon colombophile « a avalé une montre », les pigeons, dès qu’arrive l’heure de la volée, de la rentrée ou du repas, y sont psychiquement préparés. Au retour des concours, ce dressage et ce conditionnement psychique provoquent un comportement standardisé : rentrée immédiate, vol direct vers la case, empressement à pénétrer dans le compartiment où attend la femelle, etc.
Les veufs expérimentés sont de véritables automates sur ce plan, et l’amateur est souvent fort étonné lorsqu’il observe des variantes autres qu’individuelles, généralement considérées comme des exceptions que seuls quelques brillants sujets peuvent se permettre.
Il est à remarquer qu’une grande fatigue, lors d’une épreuve longue et particulièrement difficile, n’a que peu d’influence sur le comportement à la rentrée : parfois un peu de toit, une descente au plancher du colombier plutôt qu’un vol direct à la case, mais guère davantage. C’est, au contraire, dans les étapes considérées comme faciles par l’amateur — c’est-à-dire celles caractérisées par un vol rapide (plus de 1500 m/min) — que l’on observe très nettement des signes de confusion dans le comportement des pigeons au retour.
J’ai constaté ce phénomène lors d’un concours récent (le 18 mai), sur une distance de 350 km (point central) à grand rayon. Mes colombiers se trouvent à la plus courte distance et, par vents puissants, de nombreux pigeons de notre région ont tendance à dépasser leur direction (l’instinct grégaire n’est pas un mythe). Lorsqu’ils font demi-tour, ils ont alors le vent de face. Ce concours, volé à plus de 1600 m/min, a montré des rentrées très décousues pour tous les amateurs de la société. Même les pigeons tombés à une heure convenable ont manifesté une attitude inhabituelle.
Mon premier, un pigeon de cinq ans destiné au fond, a fait du toit pendant quatre minutes, mais dès sa rentrée, il a regagné sa case. Les suivants, bien que mieux rentrés, sont descendus au plancher et, pour au moins la moitié d’entre eux, n’ont pas cherché à rejoindre immédiatement leur case. J’en ai même pris trois en main au sol pour les remettre en place.
Mais le plus étonnant restait à venir : coup de téléphone d’un amateur situé à 30 km plus au nord — « J’ai un de vos pigeons qui est rentré à mon colombier avec un des miens. C’est le n°… Jetez-le dehors immédiatement. » Il s’agissait d’un pigeon de cinq ans comptant plus de vingt prix dans les concours de fond, dont six aux frontières espagnoles. Une demi-heure plus tard, il était de retour chez moi.
Certes, des troubles de l’orientation tout à fait curieux ne sont pas rares. Un collègue m’a rapporté récemment le cas suivant : il recueille un pigeon de quatre ans appartenant à un amateur situé 50 km plus au nord. Il le prévient aussitôt et place le pigeon seul dans une case, à l’écart du colombier. Le surlendemain, l’oiseau est relâché par un ami de passage dans son village d’origine, et le soir même, il est rentré… dans son colombier d’adoption !
Bien sûr, les pigeons sont extrêmement sensibles à toute contestation de leur droit de propriété (une bataille pour une case où ils ont été dominés, par exemple). Mais, même si cela peut être une explication, il demeure étonnant de les voir abandonner si facilement leur colombier natal.
L’origine météorologique des troubles observés plus haut reste à préciser. Elle n’est pas à exclure : le temps était orageux. Bien que mes pigeons soient rentrés secs, il n’est pas impossible qu’ils aient traversé une averse. Des troubles du géomagnétisme ? C’est une hypothèse à vérifier, et je vais m’y atteler.
Remarquons tout de même qu’il n’y a pas eu de désorientation majeure et que les pertes ont été pratiquement nulles.
Pour un être humain, on parlerait plutôt d’émotion. Faut-il, chez le pigeon, évoquer un trouble du système nerveux sympathique ?
Docteur vétérinaire J.-P. Stosskopf
Notice :
Selon le Dr Stosskopf, on remarque plus souvent des signes de confusion dans le comportement des pigeons au retour lors d’étapes dites « faciles » par les amateurs, c’est-à-dire caractérisées par un vol rapide (plus de 1500 m/min). Dans ces cas, les pigeons ne rentrent pas toujours immédiatement ou descendent d’abord au plancher avant de regagner leur case.
[ Source: Article édité par Dr. J.P. Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]
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La navigation du pigeon voyageur. (1)
La navigation du pigeon voyageur. (2)

