Pigeon voyageur : comprendre les fientes, un indicateur essentiel de la santé digestive

La qualité des fientes de nos pigeons a toujours été considérée comme un indicateur essentiel de leur état général. L’étude détaillée de leurs causes et de leurs conséquences mérite toute notre attention, car elle englobe directement ou indirectement la plupart des problèmes rencontrés en colombophilie.
Il est évident que l’alimentation d’un athlète soumis à de grands efforts constitue un facteur capital. Mais il faut rappeler que si l’organisme ne peut utiliser que ce que la ration alimentaire lui apporte, il ne peut aussi assimiler que ce que son intestin laisse passer. Cela nous conduit à une véritable loi biologique : « L’important n’est pas ce que le pigeon mange, mais ce qu’il assimile. »
L’intestin est un organe très fragile. Une inflammation prolongée provoque un épaississement de la paroi, une dégénérescence de la muqueuse et une diminution de son pouvoir de filtration des nutriments issus de la digestion. Lorsque « le filtre est encrassé », l’eau en excès et une partie des nutriments non assimilés sont rejetées dans les fientes : c’est la diarrhée.
L’inflammation entraîne également une soif accrue, ce qui accentue encore la diarrhée tout en aggravant la déshydratation. Cet ensemble de phénomènes explique la diarrhée, l’amaigrissement et l’apparition de chairs bleuâtres.
Mais ce n’est pas la seule cause possible. Les reins jouent aussi un rôle déterminant : ils éliminent du sang les déchets (acide urique, urée, etc.) et l’eau. Si leur fonction de filtration est altérée, comme après un empoisonnement par engrais, l’organisme se charge d’eau et le pigeon paraît « soufflé ». L’eau, non éliminée par les reins, perturbe la digestion et provoque également la diarrhée, accompagnée de chairs bleues dues à la mauvaise épuration sanguine.
Un foie malade ou irrité (par intoxication ou trichomonose) réagit en produisant un excès de bile — d’où les fientes vertes — et en remplissant mal ses fonctions de détoxication, de désamination et de stockage du glucose. Cela retentit rapidement sur les reins et provoque une hépatonéphrite.
À ces causes s’ajoute parfois une inflammation de la bouche, de l’œsophage ou du jabot, due à un toxique ou au trichomonas, qui engendre une forte soif : l’excès d’eau absorbée ressort alors par les fientes, entraînant une diarrhée passagère.
Les aspects de la diarrhée sont multiples : ils varient selon l’intensité de la soif, la production biliaire et les complications microbiennes intestinales (fermentations).
Une fiente normale doit être ferme sans être dure. Le pigeon au repos émet souvent de petites fientes de la taille d’une févérole, recouvertes d’un peu d’urine blanche (riche en urates). La taille des fientes dépend de la fréquence d’émission.
Tous les amateurs connaissent les grandes fientes émises par les femelles couveuses lorsqu’elles quittent le nid pour se nourrir.
La couleur varie selon la composition de la ration :
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une alimentation riche en graines noires (légumineuses, colza, navette, etc.) donne des fientes vert bouteille ou brun foncé ;
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une ration à base de maïs, froment, orge, dari, millet ou riz produit des fientes jaunâtres à grisâtres.
Un pigeon tenu à la diète émet de petites fientes noires, très collantes, riches en bile mais pauvres en débris alimentaires — ce qui est tout à fait normal.
De même, un pigeon resté longtemps sans boire émet des fientes liquides peu après s’être abreuvé : c’est une réaction physiologique passagère.
Types de diarrhée et causes possibles
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Fientes homogènes : elles apparaissent quand la masse fécale est diluée dans un excès d’eau à cause d’une infection intestinale ou de fermentations.
Cela se produit souvent lors de lésions intestinales provoquées par des parasites (trichomonas, vers capillaires, coccidies). On observe alors des fientes huileuses, vertes ou brunes, typiques des trichomonoses intestinales ou de la capillariose. -
Fientes non homogènes : elles sont associées à un transit trop rapide. L’intestin irrité se contracte violemment, expulsant la matière fécale au milieu d’une flaque d’eau. Ce cas est fréquent lors de coccidioses (notamment chez les jeunes pigeonneaux) ou de trichomonoses localisées dans les premières voies digestives (bec, œsophage, jabot).
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Autres formes caractéristiques :
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fientes très blanches et croûteuses : riches en urates, souvent observées chez les pigeons atteints de paratyphose ;
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fientes claires : dues à un blocage de la sécrétion biliaire provoqué par des vers (ascaridies) ;
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fientes sanguinolentes : rares, mais signalant une hémorragie intestinale.
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L’observation des fientes et leur classification selon leur aspect peuvent orienter le diagnostic et permettre une intervention plus rapide. Cependant, elles ne suffisent pas à elles seules pour établir un diagnostic précis.
Le microscope demeure un outil indispensable, de même que l’analyse des symptômes associés.
Conclusion
L’observation quotidienne des excréments de vos pigeons fournit des renseignements précieux sur leur santé. En cas d’anomalie, n’entreprenez jamais de traitement à l’aveugle : faites appel à un vétérinaire spécialisé en colombophilie, seul habilité à poser un diagnostic fiable et à prescrire le traitement approprié.
[ Source: Article édité par Doct. Vét. J.P.Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]
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Un microscope pour les fientes des pigeon
La prévention des maladies au pigeonnier

