L’Art du Colombophile : Comment la Relation Homme-Pigeon Influence les Performances des Pigeons Voyageurs

Débutant :
Quand j’entends dire d’un colombophile : « C’est un véritable artiste pour les pigeons », je me pose la question : y a-t-il des colombophiles qui ne sont que de simples pratiquants, et d’autres qui sont aussi des artistes dans leur domaine ?
Y a-t-il du vrai là-dedans, ou faut-il croire Charles Van der Schelden, qui qualifiait « d’autres chosiens » ceux qui prétendaient qu’en dehors des qualités de l’aile, il existait encore autre chose pour déterminer la valeur d’un pigeon ? Il se moquait éperdument de ceux qui pensaient que le colombophile pouvait, lui aussi, influencer les prestations du pigeon.
Victor :
Je comprends très bien la réaction de Charles Van der Schelden envers ceux qui doutaient de l’exclusivité de la qualité de l’aile, qu’il avait d’ailleurs admirablement définie. C’est la réaction d’un savant convaincu d’avoir vu juste dans sa spécialité — et c’était bien le cas pour lui.
Quant à moi, je suis persuadé que le rapport entre le colombophile et son pigeon est primordial. Oui, il y a de véritables artistes en la matière.
Débutant :
Mais, cher maître, en quoi consiste leur art ?
Victor :
Il consiste tout simplement à faire à la perfection ce qu’ils font. C’est cela, être un artiste dans sa discipline. Le colombophile qui sait tirer le meilleur parti des ressources dont dispose le pigeon — physiques comme psychiques — mérite ce titre.
Débutant :
Hélas, cher maître… moi qui croyais que le pigeon n’avait ni âme ni intelligence, et donc pas de psychisme !
Victor :
Tu te trompes ! Et les instincts, alors, qui interviennent dans la vie psychologique du pigeon, n’y crois-tu pas ?
Nous avons remporté tant de premiers prix avec des pigeons dont nous avions « éveillé » un certain instinct, qu’il faut bien admettre qu’il y a autre chose que le simple physique du pigeon.
Débutant :
De quels instincts veux-tu parler ? Et comment le colombophile peut-il en tirer profit pour améliorer les performances de ses pigeons ?
Victor :
Par exemple, il y a l’instinct de la peur. Le pigeon s’enfuit au moindre geste brusque du colombophile — c’est un réflexe de survie. À partir de là, il appartient à l’éleveur d’en tirer les conclusions : il doit être doux avec ses pigeons, et ce dès leur plus jeune âge.
On constate alors que le pigeon s’attache à son maître. Il cherche la sécurité, aime se réfugier sous un abri protecteur, surtout s’il devient méfiant. Le comportement du colombophile peut corriger cette tendance.
René Michielsen, l’un des plus fins colombophiles que j’aie connus, me montra un jour ses casiers de veufs :
« Vois-tu, me dit-il, ils sont à moitié fermés à l’avant ; le pigeon s’y sent en sécurité. De plus, cela me dispense de faire l’obscurité dans le colombier, car pour le mien, ce serait préjudiciable à la forme de mes pigeons. »
René n’avait que quelques pigeons, mais c’était un tout grand.
Débutant :
Je suppose que le monde mystérieux des instincts est infini, mais que le colombophile peut, comme tu dis, tirer profit de certains. Lesquels en particulier ?
Victor :
Il y a, par exemple, l’instinct paternel et maternel, que le colombophile peut exploiter à profusion.
On sait qu’un veuf à qui l’on confie un jeune d’une semaine, la veille de l’enlogement — jeune qu’il accepte généralement — peut réaliser des prouesses.
Les femelles en veuvage acceptent presque toujours un jeune, et c’est particulièrement utile pour celles engagées sur les concours de grand fond.
Il y a aussi l’instinct sexuel et la jalousie qu’il engendre. Certains colombophiles profitent de cet instinct en utilisant une femelle pour deux mâles, placée dans des casiers à trois compartiments — la femelle au centre, entre deux rivaux.
Débutant :
Je comprends maintenant ce que tu voulais dire en parlant d’un colombophile « artiste ».
Victor :
Mais, mon cher ami, sais-tu que la plus grande satisfaction dans la vie, c’est de vouloir et de pouvoir faire quelque chose à la perfection ?
Débutant :
Peux-tu m’en raconter un peu plus encore ?
Victor :
Pas trop à la fois, sinon la forêt cacherait l’arbre. Une prochaine fois, si tu veux, nous poursuivrons notre promenade dans l’immense et fascinant monde des instincts.
— Noël De Scheemaecker
Notice
Il ne fait aucun doute que la relation entre le colombophile et ses pigeons est l’un des facteurs essentiels de réussite en colombophilie, parmi tant d’autres.
Les spécialistes de la vitesse et du demi-fond le savent bien : les véritables artistes sont ceux qui savent exactement quel instinct — parfois plusieurs — ils doivent éveiller chez chacun de leurs pigeons pour les motiver au maximum.
C’est là le propre du vrai champion.
Enfin, rappelons que la réussite de l’élevage tardif dépend en grande partie de la santé de vos pigeons.
Si vous avez le moindre doute, n’hésitez pas à consulter un vétérinaire.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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