Pigeon voyageur : comprendre et limiter les pertes de pigeonneaux pendant les entraînements

Après ce début de saison difficile que nous avons connu jusqu’au 15 juin, la plupart des amateurs avaient laissé leurs pigeonneaux au colombier. Avec le retour du beau temps, tout le monde s’est empressé de remettre ce jeune contingent au travail. Mais cette reprise ne va pas sans quelques grincements de dents. Pourquoi tant de pertes ?
Les pigeonneaux sont, par nature, inexpérimentés. Leur instinct d’orientation est encore rudimentaire, leur fougue très grande, leur résistance physique et physiologique faible, et leur expérience quasi nulle. De cette disproportion naissent bien des désillusions.
Première cause : une éducation de l’orientation mal adaptée
L’éducation à l’orientation débute souvent lorsque les pigeonneaux volent déjà une à deux heures autour du colombier. Ils sont donc capables de parcourir 100 km sans difficulté. Cependant, sous l’effet de leur instinct grégaire, il arrive qu’ils suivent des pigeons de passage et se retrouvent à plusieurs dizaines de kilomètres, sans être encore capables de retrouver seuls le chemin du retour.
Deuxième cause : l’inexpérience au panier et la soif
Leur manque d’expérience lors des transports est une cause majeure de pertes. Beaucoup de jeunes pigeons ne savent pas encore boire au panier. En période de fortes chaleurs, la soif devient l’un des principaux dangers. À la recherche d’eau, le pigeonneau quitte le groupe, se retrouve isolé, et a souvent du mal à retrouver sa route.
L’apprentissage du séjour au panier, avec un abreuvoir disponible en permanence, est donc essentiel avant tout entraînement sérieux.
Troisième cause : la fragilité physique et la sensibilité aux maladies
Les pigeonneaux sont extrêmement sensibles aux parasitoses, notamment à la trichomonose et à la coccidiose. La trichomonose, lorsqu’elle se complique d’un coryza, devient redoutable. Il suffit d’écouter les camions de transport pour se rendre compte de l’état moyen de santé des jeunes pigeons enlogés.
Beaucoup sont engagés alors que leurs volées diminuent et s’abaissent, signe évident de fatigue et de malaise. Après quelques minutes de vol, certains retombent sur le toit, le bec ouvert, car leurs voies respiratoires sont enflammées par les parasites, les microbes ou parfois les virus et mycoplasmes. Durant le vol du retour, ces oiseaux déshydratés s’épuisent rapidement et périssent.
On estime d’ailleurs qu’environ 20 % des pigeons atteints de coryza hébergent les microbes non seulement dans les sinus, mais aussi dans le cerveau, expliquant les véritables hécatombes observées dans certains colombiers après quelques entraînements.
Par fortes chaleurs, comme celles de fin juin, le coryza sévit partout. Contagieux, il frappe d’innombrables colonies. Règle d’or : jamais de pigeonneaux atteints de coryza au panier !
Alimentation : éviter les excès
Un pigeonneau apte au voyage doit être rond et ferme, mais non obèse. Lorsque les volées se raccourcissent, les besoins énergétiques diminuent également. Continuer à nourrir aussi richement qu’en période d’activité intense revient à favoriser l’obésité et la méforme.
Comment limiter les pertes ?
Tout d’abord, relativisons : dans les colonies où la sélection n’est pas très rigoureuse, certains pigeonneaux dépourvus de sens d’orientation se perdront inévitablement — et c’est, au fond, une sélection naturelle.
Les premiers entraînements sont cruciaux. Ils doivent être précoces et progressifs : dès que les jeunes volent autour du colombier quelques minutes, on peut les emmener à un kilomètre.
La distance d’entraînement doit croître proportionnellement à la durée des volées. Ainsi, on commence tôt et on allonge les distances progressivement, selon les aptitudes physiques et mentales des pigeons.
Les conditions de transport sont également capitales. Beaucoup d’amateurs commettent l’erreur d’emmener les pigeons à grande vitesse dans le coffre de la voiture et de les lâcher immédiatement à l’arrivée. Les oiseaux n’ont alors ni le temps de s’habituer à la lumière ni de « régler leur boussole » avant le lâcher. Mon ami Y. de Mauduit a bien expliqué ce phénomène dans un article récent : c’est ce qui provoque ces longs tours désordonnés autour du point de lâcher. Il vaut mieux attendre calmement une demi-heure avant l’envol.
Apprentissage de l’abreuvement au panier
Quand les séjours au panier s’allongent, il devient indispensable d’apprendre aux pigeonneaux à boire dans ces conditions.
Deux méthodes :
-
Les enfermer plusieurs jours au panier, en les nourrissant puis en les abreuvant à l’extérieur.
-
Ou bien bricoler au colombier des barreaux identiques à ceux des paniers de voyage, derrière lesquels on place un abreuvoir long, comme ceux utilisés par les convoyeurs.
Une fois cette habitude acquise, seuls les aléas atmosphériques pourront encore menacer les jeunes, au même titre que les adultes.
La santé avant tout
Tant que les pigeonneaux ne sont pas en parfaite condition, ils doivent rester au colombier. Si l’on a commencé les entraînements tôt, il faut savoir les interrompre dès que la santé devient fragile. On ne reprend qu’après un traitement complet et une récupération totale de la forme : volées hautes, vivacité et joie de vivre doivent être retrouvées.
Le plus souvent, il s’agit d’un coryza résultant d’une trichomonose chronique. Un traitement complet, soigné et bien ciblé est indispensable.
Par temps chaud et lourd, les affections respiratoires se multiplient. Des rappels antitrichomonoses doivent être administrés toutes les trois semaines, car la chaleur réduit l’efficacité des traitements via l’eau de boisson.
Les produits polyvalents combinant antitrichomonas et antimicrobiens sont souvent les plus efficaces pour « nettoyer » les pigeons en profondeur.
Le rôle du colombier
J’ai souvent insisté sur ce point : le colombier joue un rôle déterminant dans la prévention des affections respiratoires.
Sécheresse, aération et stabilité thermique sont les conditions essentielles.
On ajoutera : absence de poussière, de gaz nocifs (ammoniac, vapeurs de produits ménagers, désinfectants trop odorants comme le carbonyl ou le fermol, etc.).
Ces précautions sont valables pour tous les pigeons, mais les jeunes y sont encore plus sensibles, comme tous les organismes en croissance.
Dr. J.-P. Stosskopf
Notices pratiques
-
Les entraînements doivent se faire à une distance progressive, proportionnelle à la durée des volées.
-
Les pigeonneaux sont inexpérimentés : leur orientation est rudimentaire, leur fougue élevée, mais leur résistance faible.
-
Tant qu’ils ne sont pas en parfaite condition, ils restent au colombier.
-
Une colonie touchée par une maladie chronique doit être soignée d’abord, jouée ensuite. Jamais l’inverse.
[ Source: Article édité par Dr. J.P. Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]
Pour vous abonner au Magazine PIGEON RIT – Cliquez sur le bouton ci-dessous !
Les symptômes de la paramyxovirose des pigeonneaux
Les nez sales chez les pigeonneaux

