Pigeon Voyageur et Theorie de la Sensibilite Comprendre lOrientation la Vitesse et le Role du Veuvage
16 octobre 2025 Par admin

Pigeon Voyageur et Théorie de la Sensibilité : Comprendre l’Orientation, la Vitesse et le Rôle du Veuvage

Pigeon Voyageur et Theorie de la Sensibilite Comprendre lOrientation la Vitesse et le Role du Veuvage

Introduction : une théorie qui bouscule la colombophilie

Depuis toujours, le pigeon voyageur fascine les amateurs par son incroyable sens d’orientation.
Certains y voient un instinct naturel, d’autres une sensibilité encore mal comprise. Parmi ces visions, la théorie de la sensibilité — considérant le pigeon comme un véritable « engin téléguidé » doté d’une réceptivité exceptionnelle — suscite débats et controverses.

De nombreux colombophiles m’ont écrit à ce sujet, confirmant ou contestant cette approche. Si les témoignages favorables sont flatteurs, les objections sont souvent plus stimulantes.
Commençons par l’un des arguments les plus éclairants, exprimé par R. Desmet de Villers-le-Bel.


Le pigeon voyageur, un athlète sans motivation consciente

R. Desmet posait une question essentielle :

« Pourquoi la colombophilie n’est-elle pas un sport à record ? »

Sa réponse mérite réflexion :

« À l’inverse de l’homme, orgueilleux et calculateur, le pigeon ne sait pas qu’il doit vaincre. Sa lutte est simplement celle de la vie : trouver sa nourriture et regagner son pigeonnier. Un athlète humain cherche les médailles et la gloire ; le pigeon, lui, n’a aucune conscience du défi. »

Ces mots résument le cœur de la théorie : le pigeon n’a aucune motivation psychologique pour voler plus vite que son concurrent.
L’homme, au contraire, possède le désir de dépasser ses limites ; le pigeon, lui, vole pour rentrer, pas pour gagner.


Le veuvage : une fausse motivation ou un avantage physique ?

Beaucoup pensent que la pratique du veuvage — où le pigeon retrouve sa compagne après le concours — sert à motiver le pigeon à rentrer plus vite.
Je crois que cette interprétation est fausse.
La supériorité du veuvage sur la méthode naturelle ne découle pas d’un sentiment, mais d’avantages physiques : meilleure santé, plus grand calme, récupération nerveuse optimale.

Certains, comme M. Van Hecke de Bosselaere-Merelbeke, soutiennent que les pigeons « au naturel » sont plus stables et rarement malades, et que ceux avec nid sont plus calmes que les veufs.
Mais la majorité des veuvagistes n’iraient pas jusque-là. La vérité se situe sans doute entre les deux approches.


Sens d’orientation et théorie de la vitesse : un débat toujours vivant

Un autre correspondant, Win A. Malfait de Dilzen, apporte une contribution passionnante.
Il reconnaît que le pigeon battu de peu et celui rentrant deux heures trop tard ont souvent parcouru plus de kilomètres que le vainqueur, mais il conteste l’idée que le retard soit lié à la fatigue.

Je soutiens au contraire que si deux pigeons volent à la même vitesse, celui qui fait plus de détours se fatigue davantage.
Le bon pigeon n’est pas forcément le plus rapide, mais celui qui suit le chemin le plus direct.
Voilà une distinction essentielle pour comprendre la véritable orientation du pigeon voyageur.


Le pigeon d’hier et d’aujourd’hui : la vitesse a-t-elle vraiment augmenté ?

À la question de savoir si le pigeon de 1980 vole plus vite que celui de 1930, M. Malfait répond par l’affirmative, comparant cette progression à celle des athlètes humains.
Je réfute catégoriquement cette idée.
Les pigeons d’antan atteignaient déjà des vitesses comparables, compte tenu des conditions météorologiques.
Pourquoi ? Parce que le pigeon ne sait pas qu’il doit voler plus vite.
Son comportement n’a pas changé : il vole pour rentrer, pas pour battre un record.

En revanche, les conditions de colombophilie se sont grandement améliorées : meilleure alimentation, hygiène accrue, préparation plus rigoureuse.
Ainsi, les concours se terminent plus vite, non pas parce que les pigeons sont plus rapides, mais parce qu’ils sont mieux préparés.


Courte ou longue distance : comprendre la vraie cause des écarts de vitesse

Un pigeon lâché à Quiévrain ne vole pas plus vite qu’un pigeon lâché à Bordeaux ; il ignore totalement la distance à parcourir.
Si les vitesses moyennes diminuent sur les longues distances, ce n’est pas la fatigue qui l’explique, mais l’accumulation des détours possibles.

Un détour de 75 km représente 100 % du parcours d’un vol court comme Quiévrain, mais à peine 10 % sur un vol long comme Cahors.
Plus la distance augmente, plus le risque d’erreur ou de dérive croît. C’est une réalité mathématique et naturelle.


Supprimer la fausse notion de vitesse : pour un classement plus juste

Tous les correspondants, même sceptiques, s’accordent sur un point : la vitesse en mètre par minute n’a aucune valeur absolue.
Elle ne reflète pas la performance réelle.

Je propose donc un système plus logique : le classement au temps.
Plutôt que de comparer des vitesses, il s’agirait de calculer le temps que chaque pigeon mettrait pour atteindre une ligne d’arrivée imaginaire située au point le plus éloigné du rayon.

Exemple concret :

Pigeon Distance (m) Temps de vol Vitesse (m/min)
A 89 450 1 h 08′45″ 1301,09
B 88 640 1 h 07′59″ 1303,84

Résultat actuel : le pigeon B est classé avant le A.
Si l’on fixe une ligne d’arrivée à 90 000 m, le B l’atteint en 4 142 s contre 4 150 s pour le A ; le classement reste identique, mais la mesure devient plus cohérente.

Ce système aurait le mérite de supprimer une illusion statistique et de corriger les écarts artificiels sur les vitesses inférieures à 800 m/min.


Avant-main, arrière-main : un faux débat

M. Malfait avance que les colombiers d’avant-main sont favorisés dans les concours.
Je conteste cette théorie : un retard au départ pénalise bien davantage l’avant-main, car la perte de quelques secondes représente proportionnellement un handicap plus lourd.
Les calculs le prouvent : tout temps perdu dès le lâcher se répercute plus sévèrement sur les colombiers proches du point de départ que sur ceux situés plus loin.


Théorie de la sensibilité ou théorie de la vitesse : que faut-il retenir ?

Comme le dit mon collègue Jan Aerts :

« Peu importe la théorie : ce que l’amateur veut, c’est que ses pigeons rentrent le plus rapidement possible. »

C’est vrai. Mais il y a aussi le plaisir de comprendre.
Explorer la théorie de la sensibilité, c’est chercher à mieux saisir ce mystérieux lien entre le pigeon et son orientation, cette faculté qui défie parfois la logique humaine.
Peut-être qu’un jour, cette approche permettra d’éviter les retours difficiles ou certains désastres en concours.

Mais comme le disait Rudyard Kipling :

« Ceci est une autre histoire. »


Conclusion : le vrai défi du colombophile moderne

La colombophilie est bien plus qu’un sport : c’est une quête de compréhension entre l’homme et l’oiseau.
Les progrès techniques n’effacent pas les mystères de la nature.
Entre instinct, orientation, veuvage et sensibilité, le pigeon voyageur demeure un symbole d’intelligence naturelle et de fidélité.
Et c’est sans doute cette part d’inexplicable qui continue de nourrir notre passion.


[ Source: Article édité par Dr. Georges De Paduwa – Revue PIGEON RIT ] 

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