Pigeon Voyageur et Instinct Migrateur — Origines Evolution et Secrets de lOrientation
17 octobre 2025 Par admin

Pigeon Voyageur et Instinct Migrateur — Origines, Évolution et Secrets de l’Orientation

Pigeon Voyageur et Instinct Migrateur — Origines Evolution et Secrets de lOrientation

Le mythe de l’instinct migrateur chez le pigeon voyageur

On rapporte parfois dans la presse des cas spectaculaires de pigeons voyageurs égarés, retrouvés à des distances étonnantes de leur colombier. On se souvient, par exemple, d’un pigeon hollandais capturé en Arabie Saoudite, ou encore d’un pigeon belge aperçu jusqu’à Pékin. Ces récits extraordinaires alimentent souvent une confusion : certains pensent que le pigeon voyageur aurait conservé un instinct migrateur ancestral.

Un cas souvent cité est celui d’un pigeon belge retrouvé à Casablanca, au Maroc. Certains passionnés avaient alors émis l’idée qu’il s’agissait d’une résurgence de l’instinct migratoire, en rappelant que le Maroc se situe sur la route de migration du pigeon ramier, oiseau qui quitte chaque automne le nord de l’Europe pour rejoindre l’Afrique de l’Ouest.

Pourtant, cette hypothèse ne tient pas scientifiquement. Le vol du pigeon voyageur n’a rien à voir avec la migration des oiseaux sauvages. Les deux phénomènes sont certes mystérieux et comparables sur certains points, mais leurs origines biologiques sont totalement différentes. Chez les oiseaux migrateurs, la migration est un comportement cyclique programmé, contrôlé par des sécrétions hormonales — notamment celles de l’hypophyse — provoquant une accumulation de graisse et une agitation spécifique avant le départ.
Rien de tout cela n’existe chez le pigeon voyageur : son vol n’est pas dicté par des cycles biologiques, mais par une aptitude exceptionnelle à l’orientation, fruit de la sélection humaine au fil des millénaires.


Les origines du pigeon voyageur : entre nature et évolution

Pour comprendre l’évolution du pigeon voyageur (Columba livia domestica), il faut remonter à la formation même de la Terre. Les géologues estiment qu’il y a des millions d’années, notre planète était constituée d’un supercontinent unique qui s’est fragmenté par la dérive des continents. C’est dans la partie australo-asiatique du continent sud que l’on situe l’origine du genre Columba, ancêtre commun de tous les pigeons modernes.

De cette région, les différentes espèces de colombidés se sont répandues progressivement vers le nord. L’une d’entre elles, le pigeon de roche (Columba livia), s’est implantée dans le bassin méditerranéen, du nord-ouest de l’Afrique jusqu’au Moyen-Orient, en passant par les côtes de l’Angleterre, de l’Irlande et du Portugal.

Ce pigeon de roche sauvage est à l’origine de toutes les variétés domestiques connues aujourd’hui. Son processus de domestication remonte à environ 10 000 ans, probablement en Égypte ou au Moyen-Orient, mais certainement pas en Europe. C’est à partir de cet oiseau sédentaire que l’homme a créé, par sélection et reproduction, le pigeon voyageur, capable de retrouver son colombier sur des centaines de kilomètres.


La domestication : un tournant dans l’histoire du pigeon

Le processus de domestication du pigeon de roche reste un mystère fascinant. On suppose que certains individus, moins farouches, se sont laissés approcher et apprivoiser par l’homme. Ces oiseaux, naturellement curieux et dociles, furent les premiers à s’adapter à la présence humaine.

L’homme préhistorique, particulièrement observateur, sut exploiter ces différences naturelles. Par sélection dirigée, il choisit les individus les plus robustes, intelligents et fidèles, éliminant peu à peu la sélection naturelle. Cette démarche permit de fixer des caractères précis, donnant naissance à des races domestiques adaptées à différents usages : alimentation, messagerie, sport ou ornement.

Chez les pigeons, cette sélection a permis de développer des aptitudes extraordinaires : une mémoire spatiale hors norme, une endurance remarquable et un instinct de retour au colombier presque infaillible.
Des expériences scientifiques ont démontré que, dès que la distance dépasse 15 kilomètres, les pigeons voyageurs surpassent largement les pigeons de roche sauvages, preuve d’une adaptation génétique et comportementale profonde.


Les pigeons des villes : un retour à la nature, sans sélection

Les pigeons urbains, souvent appelés à tort « pigeons sauvages », sont en réalité des pigeons domestiques retournés à l’état libre, pour la plupart issus de pigeons voyageurs abandonnés ou échappés.
Ils vivent désormais sans sélection dirigée, ni véritable sélection naturelle. Dans les grandes villes, ils trouvent facilement de la nourriture distribuée par les humains, souvent de qualité médiocre.
Résultat : ils volent moins, s’affaiblissent et perdent leurs capacités d’orientation et de résistance. Leur état général est souvent médiocre. On peut dire qu’ils se situent, en termes d’aptitudes, entre le pigeon de roche et le pigeon voyageur.

Cette régression illustre la dépendance des espèces domestiquées à l’homme : sans sélection, leurs qualités physiques et cognitives déclinent rapidement.


Le pigeon migrateur : une espèce disparue

La confusion entre pigeon voyageur et instinct migratoire vient peut-être de l’existence passée du pigeon migrateur d’Amérique du Nord, Ectopistes migratorius.
Cette espèce formait autrefois des nuées gigantesques dans les États-Unis et au Canada, estimées à plusieurs milliards d’individus. Les témoignages de l’époque décrivent des ciels obscurcis pendant des heures lors de leurs migrations saisonnières.

Mais au XIXᵉ siècle, la chasse industrielle pour leur viande provoqua leur extinction rapide. En 1855, un seul marchand de New York pouvait recevoir jusqu’à 18 000 pigeons par jour !
Malgré quelques tentatives d’élevage en captivité, l’espèce disparut définitivement : le dernier mâle mourut en 1910, et la dernière femelle en 1914.

Aujourd’hui, il ne subsiste que quelques spécimens empaillés, notamment au musée zoologique de Nancy. Leur apparence gracile, leur tête fine et leur poitrine couleur rouille témoignent de la beauté perdue de cette espèce unique.
Le pigeon migrateur n’était apparenté ni à la tourterelle ni au pigeon domestique : il appartenait à une lignée totalement distincte, d’où son nom scientifique Ectopistes migratorius.


Conclusion : le pigeon voyageur, un maître de l’orientation, non de la migration

Le pigeon voyageur descend directement du pigeon de roche sauvage, un oiseau sédentaire. Il n’a jamais possédé d’instinct migrateur. Ses prouesses ne résultent pas d’un comportement programmé biologiquement, mais de capacités d’orientation exceptionnelles, affinées par des siècles de sélection.

Son vol n’est pas une fuite saisonnière, mais un acte de fidélité : un retour instinctif vers son colombier, guidé par la mémoire, le magnétisme terrestre et l’observation du paysage.
C’est cette combinaison unique de biologie et de sélection humaine qui a fait du pigeon voyageur un symbole d’endurance, d’intelligence et de loyauté.

De la préhistoire à la colombophilie moderne, le pigeon voyageur reste un exemple éloquent de la manière dont l’homme et la nature peuvent collaborer pour atteindre l’excellence.


Texte inspiré des travaux du Prof. Dr. G. Van Grembergen et d’un article paru dans Pigeon Rit (janvier 1989)


[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen – Revue PIGEON RIT ] 

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