Le courrier des lecteurs n°5– pigeon voyageur

Question :
Thierry Motte, de Thorembais, a vacciné ses pigeons contre la paramyxovirose le 5 novembre 1989. Quelques jours plus tard, il a remarqué que quatre d’entre eux avaient des excréments très liquides et buvaient beaucoup. Tout semblait pourtant normal les premiers jours après la vaccination. Il se demande quoi faire et quelles peuvent être les conséquences sportives.
Deuxième problème : deux de ses pigeons ont perdu une rémige (la 7ᵉ) alors qu’elle était formée aux trois quarts. C’est la première fois qu’il constate ce phénomène. Les pigeons n’étaient pas accouplés. Quelle peut en être la cause ?
Troisième problème : les mauvaises prestations de ses pigeonneaux l’année précédente. Six mâles sur huit n’ont remporté aucun prix, les deux autres seulement quelques prix modestes. Thierry ne joue que la vitesse. Les parents de ces jeunes avaient pourtant bien voyagé en 1989. Faut-il éliminer ces huit jeunes mâles ?
Réponse :
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La morale de l’histoire est simple : vous avez vacciné alors que certains de vos pigeons étaient déjà en incubation. Un vaccin est un traitement préventif, non curatif. On vaccine contre la paramyxovirose au printemps, sur le premier couvage : les adultes et les premiers jeunes, puis les pigeonneaux au fur et à mesure des sevrages, avec un vaccin inactivé par injection — le seul fiable pour une durée de 7 à 12 mois.
Quand la maladie est déclarée, il faut s’armer de patience : la plupart des pigeons récupèrent leur potentiel. La diarrhée dure environ cinq semaines et les troubles nerveux peuvent persister trois mois. -
La perte prématurée de la rémige est due à une malformation des follicules plumifères de ces deux plumes. Les origines possibles sont :
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héréditaires, bien que les premières rémiges aient été normales ;
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parasitaires, en cas de gale (un seul examen microscopique ne suffit pas à l’exclure) ;
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bactériennes, notamment dues à un staphylocoque epidermidis, souvent responsable des « plumes de sang ».
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Concernant les jeunes mâles : les vitessiers sont généralement précoces, mais tout dépend de leur âge au moment des concours. Ont-ils été joués sur le nid ? Sinon, ils peuvent encore se révéler à un an, voire plus tard. Inutile donc de les éliminer trop vite.
Question :
Un lecteur de Profondeville rapporte qu’un ami lui a affirmé que le larynx (l’ouverture située derrière la langue) doit être le plus petit possible, de forme ovale, et que ses mouvements doivent être à peine perceptibles. Selon lui, un larynx largement ouvert, avec des bords gonflés ou enflammés, serait signe de faiblesse cardiaque et d’inflammation des sacs aériens. De même, des plaques blanchâtres sur les côtés de la fente palatine seraient des moisissures d’ordre diphtérique. Cet ami conseille d’éliminer tous les pigeons présentant ces anomalies.
Notre lecteur, dont la saison 1989 fut décevante malgré des analyses vétérinaires négatives, envisage de désinfecter ses colombiers avec des cartouches de soufre, suivant le conseil de son ami. Il entretient déjà la gorge de ses pigeons deux fois par semaine à l’aide d’une poudre « anti-glairol ». Il demande s’il doit suivre ces conseils.
Réponse :
L’opinion de votre ami mélange des notions justes et d’autres erronées. Il est vrai qu’un larynx largement ouvert laisse passer plus d’air : un pigeon dont l’appareil respiratoire est affaibli « cherche son air » en ouvrant largement le larynx, voire le bec lorsque les narines sont enflammées.
On peut parfois observer des plaques de Candida albicans (levures facilement détachables), mais c’est rare chez les adultes. Le terme de « diphtérie » est inapproprié ici.
Quant à dire qu’il n’y a pas de microbes, c’est inexact : les analyses de sang ou de fientes ne permettent pas toujours de les détecter.
Le soufre, en revanche, est à proscrire formellement : il est dangereux et n’a qu’une efficacité limitée (sur les levures et insectes). Il vaut mieux pulvériser, après un nettoyage minutieux, un désinfectant inodore tel qu’un ammonium quaternaire ou des amines amphotères.
Les poudres ou gouttes irritantes censées « dégager » les voies respiratoires sont inutiles. Il faut au contraire calmer et désinfecter.
Enfin, il ne sert à rien de supprimer vos pigeons et de désinfecter si vos colombiers ne respectent pas les règles fondamentales d’une aération dynamique et bien conçue.
Question :
Alain Boitte, d’Ellezelles, a fait analyser l’eau de son puits par l’Institut Agricole et Technique d’Ath. Le résultat indique que cette eau est non potable sur le plan bactériologique. Peut-il néanmoins la donner à ses pigeons ?
Réponse :
Je vous le déconseille formellement : ni pour vous, ni pour vos pigeons, ni même pour arroser vos légumes. Vous risqueriez de provoquer une colibacillose.
Chez les pigeons, cela entraîne diarrhée chronique, troubles hépatiques et rénaux, et, à long terme, des problèmes de reproduction (œufs clairs, ralentissement de croissance).
J’ai observé un cas similaire dans un grand élevage de 4 000 pigeons de chair, victime d’une eau de puits contaminée.
Utilisez de préférence l’eau de la ville ou, à défaut, ajoutez 1 cuillère à soupe d’eau de Javel par litre d’eau de source.
Question :
Gustave Elis, de Temploux, a accouplé une dizaine de couples de reproducteurs en décembre. Trois femelles n’ont pondu qu’un seul œuf. En dix ans d’élevage, il n’avait jamais connu cela. Comment expliquer ce phénomène ?
Réponse :
Vos femelles n’étaient pas prêtes physiologiquement. En hiver, avec une luminosité faible, les glandes génitales nécessitent une stimulation psychologique : il faut par exemple laisser les femelles voir les mâles quelques minutes chaque jour, sans contact.
L’alimentation joue aussi un rôle essentiel : elle doit être riche en protéines, graisses, minéraux et vitamines, et cela au moins deux semaines avant l’accouplement, après la période de repos hivernal.
Enfin, une santé irréprochable est indispensable : la moindre infection (salmonelle, colibacille, staphylocoque, mycoplasme) peut perturber la reproduction.
Question :
Robert Mayière, de La Roche-Pasay, possède un pigeon de 1978 qui boîte depuis quelque temps. Il a remarqué des excroissances à la patte, ressemblant à des verrues. Que faire ?
Réponse :
Il s’agit effectivement d’une verrue, souvent à racine profonde. Si on y touche, elle saigne abondamment et nécessite un garrot.
Inspectez d’abord soigneusement la lésion :
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si elle est superficielle, faites prendre à l’oiseau un bain prolongé (pigeon placé dans un seau contenant 5 cm d’eau tiède, recouvert d’un treillage, pendant au moins deux heures), séchez-le puis cautérisez la verrue au nitrate d’argent ;
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si elle a un pied profond, répétez les bains quotidiens, cette fois en ajoutant du Mercryl ou de l’Hextril, jusqu’à dessèchement complet.
Dans certains cas, un traitement antibiotique s’avère nécessaire, car un staphylocoque est souvent à l’origine de ce type de furoncles.
Docteur Vétérinaire J.-P. Stosskopf
Notices :
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Lorsqu’on a la peste, il faut s’armer de patience : la plupart des pigeons retrouvent leur potentiel après plusieurs semaines.
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La diarrhée dure environ cinq semaines, les troubles nerveux jusqu’à trois mois.
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Beaucoup d’amateurs utilisant l’eau de puits doivent s’assurer qu’elle est réellement potable : une eau contaminée peut nuire gravement à la santé de leurs pigeons.
[ Source: Article édité par Doct. Vét. J.P.Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]
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