Les furoncles chez le pigeon voyageur : un signal à ne pas néglige

Chez le pigeon, les microbismes chroniques — ces infections discrètes qui persistent sans provoquer immédiatement de troubles aigus — ont tendance à se localiser dans les zones du corps soumises à des irritations, même minimes mais répétées.
Ce phénomène est universel dans le règne animal : on a observé jadis chez l’homme l’apparition de furoncles à la base de la nuque à l’endroit où frottait le col rigide des anciens « bureaucrates », ou encore dans la région fessière des cyclistes et cavaliers. Chez le chien de chasse, il s’agit souvent d’abcès interdigités ; chez les bovins, de panaris ; et chez le cheval, d’abcès du garrot. Pourquoi le pigeon échapperait-il à cette loi biologique ?
Au début des campagnes de vaccination contre la paramyxovirose, on observait déjà des nodules à la base du cou, à l’endroit de l’injection sous-cutanée. Ces boules disgracieuses étaient sans gravité lorsqu’elles ne touchaient qu’un ou deux sujets. En revanche, lorsque 30 à 50 % de la colonie étaient atteints, cela révélait la présence d’un microbisme latent dans le colombier.
Le sol du colombier peut aussi être en cause : un béton rugueux, du sable grossier ou un revêtement en mâchefer peuvent irriter en permanence la plante des pieds, favorisant l’apparition de furoncles plantaires. Le poids du pigeon joue également un rôle : les races lourdes comme les Mondains ou les Romains y sont plus sensibles. Cependant, un cas récent observé chez une petite femelle de 350 g montre que le poids n’est qu’un facteur aggravant.
Le pigeon atteint garde souvent une patte en l’air lorsqu’il se repose. À la prise en main, rien n’est visible, si ce n’est une sensibilité accrue du coussinet plantaire. Progressivement, le coussinet gonfle et devient douloureux. La peau s’épaissit, se fissure, déborde vers l’extérieur, et une petite plaque sombre apparaît, se desséchant peu à peu. L’amateur, croyant bien faire, tente parfois d’arracher cette croûte noirâtre — erreur grave : il s’agit de la partie apparente d’un bourbillon profond (3 à 4 mm) dont l’arrachement provoque une forte hémorragie.
Le seul geste d’urgence utile consiste à appliquer une poudre désinfectante (une pommade épaisse ne tient pas sur la zone plantaire) et à poser un pansement légèrement compressif pendant quelques heures. Cependant, cela ne résout pas le problème, car le furoncle se reforme : la cause est systémique.
Un traitement antimicrobien général s’impose alors. Des analyses bactériologiques réalisées sur plusieurs cas ont mis en évidence la présence constante d’un staphylocoque doré (Staphylococcus aureus).
La pénicilline reste le traitement de choix, souvent efficace sous forme d’injections intramusculaires. On peut aussi l’associer à la dihydrostreptomycine (à raison d’un tiers de centimètre cube, administré trois à quatre jours consécutifs).
Lorsque certaines souches résistent, il convient d’utiliser des pénicillines semi-synthétiques (comme l’amoxicilline sodique ou la cloxacilline), administrées par voie orale dans le bec ou via l’eau de boisson, sur une durée équivalente.
La réapparition fréquente de furoncles dans une colonie doit alerter l’éleveur : elle signale souvent une infection latente généralisée. Ce microbisme peut se manifester sous d’autres formes, parfois déroutantes, qui évoquent à tort la paratyphose. On observe alors des arthrites au niveau des articulations des pattes, mais les symptômes diffèrent : absence d’œufs « noirs », mortalité embryonnaire précoce (le jeune perce la coquille mais ne peut en sortir) ou décès dans les deux premiers jours après l’éclosion.
Chez certains pigeons, une patte entière enfle, sans lien avec la bague. D’autres présentent, sous l’aile ou sur le flanc, une petite masse rose qui brunit, durcit, puis devient noirâtre avant de se détacher facilement : là encore, le staphylocoque est responsable, et le traitement reste identique.
Ces symptômes, souvent considérés comme mineurs, sont trop fréquemment négligés. Il est certes facile d’éliminer un pigeon malade, mais il faut comprendre que chaque signe est un signal biologique précieux. Le véritable danger vient du microbisme sous-jacent : même sans symptômes visibles, il compromet les performances sportives, parfois de manière dramatique.
Le germe peut se retrouver dans le foie, les intestins, les ovaires ou les testicules. Ainsi, ces affections apparemment bénignes prennent une importance capitale pour le colombophile soucieux de la santé et du rendement de ses pigeons.
Par Dr. J.-P. Stosskopf
Notice complémentaire
Il peut arriver qu’une vaccination contre la paramyxovirose, réalisée avec un vaccin huileux sous la peau de la nuque, provoque chez certains pigeons de petits nodules. Ces boules, bien que disgracieuses, sont sans danger isolément.
Cependant, si 30 à 50 % des sujets vaccinés présentent ces réactions, cela indique la présence d’un microbisme latent dans le colombier. Dans ce cas, il est essentiel de consulter un vétérinaire spécialisé afin d’identifier et de traiter l’infection à sa source.
[ Source: Article édité par Dr. J.P. Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]
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