Douve du foie chez le pigeon voyageur ?

J. Lavigne de Courtrai a fait parvenir la lettre suivante à la rédaction de Pigeon Rit :
« Un jeune pigeon était si faible que j’ai dû le supprimer. À l’autopsie, il présentait trois vers plats sur le foie : des douves. Ce constat a été confirmé par un vétérinaire. Ce dernier m’a rassuré quant au risque de transmission aux autres pigeons : pour cela, un bovin et un mollusque sont nécessaires, ce qui est presque impossible.
Mes jeunes pigeons s’éloignent du pigeonnier pendant une demi-heure et, lorsqu’ils reviennent, ils ne restent pas longtemps sur les toits. Cependant, ils sont “fous” des bains dans une gouttière ou dans une des flaques d’eau situées sur les nombreux toits plats du voisinage.
Voici mes questions :
Mes pigeons peuvent-ils être infectés par la douve du foie lorsqu’ils prennent un bain dans une gouttière, sans contact avec les vaches, mais bien avec des pigeons sauvages ?
Le jeune pigeon que j’ai dû supprimer avait été perdu pendant trois jours et avait certainement bu dans des flaques d’eau. Mais cela s’est produit neuf jours avant sa mort, et la douve mesurait plus de 20 mm. Une croissance aussi rapide est-elle possible ?
Comment puis-je savoir si mes autres pigeons sont infectés, sans les tuer ?
Comment puis-je les traiter ? »
Je dois dire que c’est une histoire pour le moins étrange…
Les dimensions citées (plus de 20 mm de long) du parasite trouvé correspondent, d’après les données de la littérature, à la grande douve du foie (Fasciola hepatica), qui mesure de 20 à 30 mm de long et de 8 à 13 mm de large.
Cette grande douve du foie peut parasiter tous les mammifères herbivores de nos contrées, plus particulièrement les bovins et les ovins. Les chèvres, les porcs et les chevaux peuvent également être touchés.
L’être humain n’échappe pas non plus à la contamination, principalement en consommant du cresson de fontaine sauvage.
Le premier cas en Belgique a d’ailleurs été diagnostiqué dans les années 1950 par mon laboratoire, chez un patient du V.Z. (Gand). Il s’agissait d’un immigré nord-africain.
Mais je dois dire que je n’ai jamais entendu parler d’une infestation chez les oiseaux.
Un deuxième point concerne la localisation du parasite. Normalement, ces derniers se trouvent à l’intérieur du foie, principalement dans les canaux biliaires. Or, l’auteur de la lettre parle de douves situées sur le foie.
Il me semble donc nécessaire de décrire brièvement le cycle de développement de la douve du foie chez les mammifères.
Les œufs sont expulsés à l’extérieur en même temps que les fèces et doivent nécessairement tomber dans un endroit humide pour poursuivre leur évolution. Dans certains cas, une larve ciliée se développe à l’intérieur de l’œuf et, après un certain temps, se libère de sa coquille. Cette larve erre dans l’eau à la recherche d’un mollusque.
Si cette rencontre a lieu, l’embryon pénètre dans le mollusque, s’y multiplie et donne naissance à une nouvelle forme larvaire (fort semblable à la forme adulte, la douve).
Cette dernière larve quitte ensuite les tissus du mollusque et nage jusqu’à une plante aquatique ou des végétaux temporairement immergés.
Certaines de ces larves, une fois fixées aux végétaux, s’entourent d’une coque protectrice et attendent d’être avalées par un herbivore lors de la consommation de ces végétaux.
Une fois dans le tube digestif, la jeune douve est libérée de son kyste protecteur par les sucs digestifs et commence son périple : en perçant la paroi intestinale, elle rejoint la cavité abdominale, puis gagne le foie où elle s’installe dans les canaux biliaires.
Ce parcours constitue le cycle classique, le plus fréquent.
Mais il arrive qu’un petit nombre de larves présentes dans la cavité abdominale se retrouvent directement dans l’appareil circulatoire : ce sont les parasites errants.
Il arrive donc, de temps en temps, qu’on en retrouve dans les poumons ou sous la peau (il s’agit de deux localisations où j’ai moi-même déjà eu l’occasion d’en observer).
Serait-ce là le chemin emprunté par la douve dans le cas du pigeon décrit par le lecteur ?
Je n’oserais pas l’affirmer, car, à ma connaissance, personne n’a jamais signalé la présence de la grande douve chez le pigeon.
Pour les autres questions posées par le lecteur, je serai bref :
-
La contamination n’est pas possible dans les gouttières.
Dans celles-ci, il existe certes un risque de coccidiose et de verminose (vers ronds), mais pas de vers plats suceurs, car la présence d’un mollusque comme hôte intermédiaire est indispensable. -
Chez un animal vivant, une éventuelle contamination ne peut être prouvée que par une analyse microscopique.
Pour conclure, je dirai quelques mots sur certains autres vers plats suceurs, de la même famille que la douve évoquée, que l’on rencontre parfois chez le pigeon.
Cela reste rare (un peu plus fréquent aux Pays-Bas).
Il s’agit de vers intestinaux beaucoup plus petits que la douve, dont l’orifice buccal est entouré d’une collerette céphalique pourvue de crochets, leur permettant d’adhérer et de pénétrer dans la paroi intestinale. Ils y provoquent des lésions et se nourrissent de sang, causant parfois de graves dégâts.
L’ampleur des dégâts dépend de l’âge des pigeons et du degré d’infestation.
Les pigeonneaux, dans les nids, peuvent souffrir de diarrhées sanglantes, entraînant un amaigrissement rapide et parfois la mort.
Les pigeons adultes sont beaucoup plus résistants à cette infestation et, le plus souvent, en guérissent spontanément.
Au cours de ma carrière, j’ai eu l’occasion d’observer un cas grave touchant des pigeons ayant des jeunes (il s’agissait de pigeonneaux du printemps).
Avant mon intervention, de nombreux jeunes étaient déjà morts.
À cette époque, nous ne disposions pas encore de médicaments efficaces ; seul un éclaircissement des causes pouvait apporter une solution.
Le colombophile fut donc chargé de découvrir où ses pigeons se contaminaient.
Grâce au fait qu’il habitait en périphérie de la ville, il découvrit rapidement que ses pigeons se rendaient chaque matin, juste après le lâcher, dans une zone humide d’un pré.
Nous y trouvâmes de grandes quantités de mollusques contaminés par des larves de vers plats suceurs : là se trouvait la cause du problème.
En effet, pour ces vers plats, le passage par un hôte intermédiaire mollusque est également nécessaire avant d’infecter un oiseau.
Les vieux pigeons ramenaient probablement ces mollusques à leurs jeunes, les infestant ainsi sévèrement.
Le colombophile monta la garde plusieurs jours dans la prairie et réussit à corriger cette mauvaise habitude, sauvant ainsi ses pigeons — des victimes innocentes.
Prof. G. Van Grembergen
[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen – Revue PIGEON RIT ]
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Le foie et les reins de pigeons
Problèmes de foie – pigeon voyageur

