Diarrhées chez les pigeons

La diarrhée chez les pigeons
Ce n’est pas un sujet nouveau en colombophilie, mais comme on rencontre encore de nombreux amateurs qui en parlent, il est utile de faire une sorte de récapitulatif du problème.
On entend d’ailleurs plus souvent parler d’un pigeon « qui fait des fientes liquides » que d’une colonie entière présentant la même anomalie. Cela s’explique par le fait que les causes peuvent être multiples, et que tout le sens de l’observation de l’amateur doit être mis à contribution.
Qu’est-ce que la diarrhée ?
C’est toujours une proportion excessive d’eau dans les fientes — tout le monde le sait. Mais il existe différentes formes de diarrhée.
Le transit de l’eau absorbée (le « voyage » de l’eau, du bec à l’anus) est très rapide chez le pigeon : une à deux heures seulement.
Lorsqu’un pigeon, pour diverses raisons, absorbe trop d’eau à la fois — forte chaleur, soif intense après privation d’abreuvement, ou encore inflammation des premières voies digestives (notamment du jabot) —, l’excès d’eau est rejeté sous forme de flaque au milieu d’une fiente normale, ferme, en « boudins ».
C’est le cas individuel le plus fréquent.
Hormis la trichomonose des premières voies digestives, la nervosité constitue souvent une explication simple de ce phénomène.
Notons au passage que lorsqu’il s’agit d’une trichomonose chez les adultes, le phénomène tend à se propager à travers toute l’équipe, et d’autres cas apparaissent progressivement, accompagnés d’autres symptômes : mouvements du bec, bâillements, appétit augmenté, puis fientes très vertes, etc.
Puisque nous évoquons les fientes dues à un excès d’abreuvement, citons le cas de ces pipants d’une dizaine de jours qui inondent le pourtour du plateau. L’amateur pense alors immédiatement à une crise de coccidiose.
En effet, c’est à cet âge que ce parasitisme atteint souvent son stade aigu. Mais dans le cas d’une coccidiose, il y a amaigrissement très rapide du jeune. Or, si l’état du corps reste excellent, il ne s’agit pas de coccidiose : ce sont les effets d’une consommation excessive d’eau des parents, assoiffés par un excès de sel ou de grit salé. Ces éleveurs gavent donc leurs jeunes avec trop d’eau, d’où la diarrhée observée.
Il suffit alors d’enlever la cause (le sel) pendant quelques jours pour que tout rentre dans l’ordre, sans aucune suite fâcheuse.
Les diarrhées d’origine intestinale
Lorsque l’origine de la diarrhée est intestinale, l’affaire se complique, car les causes peuvent être multiples.
Elles résultent toujours d’une atteinte directe ou indirecte de la paroi intestinale, entraînant deux conséquences :
-
Une diminution de la perméabilité intestinale, ce qui provoque une mauvaise assimilation des nutriments et une fermentation accrue.
-
Une déshydratation progressive de l’organisme due à la mauvaise absorption de l’eau.
La fiente devient alors homogène, molle, en « bouse » : c’est la vraie entérite, c’est-à-dire une inflammation intestinale.
Cette inflammation peut avoir des causes variées : alimentaires, parasitaires, mycosiques (champignons inférieurs), microbiennes ou virales.
Quelle qu’en soit la cause, elle provoque un afflux anormal de sang dans la paroi intestinale et l’émission d’un mucus, donnant à la fiente un aspect et une texture gélatineuse, ou parfois fibrineuse (filaments semblables au blanc d’œuf cuit).
Dans certains cas spécifiques, l’atteinte du foie entraîne la sécrétion d’un excès de bile, colorant les fientes en vert foncé.
C’est typiquement le cas dans les diarrhées chroniques ou aiguës dues aux trichomonas, aux vers capillaires ou aux colibacilles.
Ces diarrhées s’accompagnent alors de symptômes caractéristiques permettant d’affiner le diagnostic.
Par exemple :
-
Avec les vers capillaires, la diarrhée s’installe progressivement, devient très glaireuse et s’accompagne d’un amaigrissement général de la colonie, jeunes puis vieux.
-
Avec les colibacilles, elle accompagne souvent l’adénovirose de type I, qui frappe les pigeonneaux de 2 à 3 mois, provoquant vomissements, indigestion, tristesse et une mortalité pouvant atteindre 30 %.
Les erreurs de traitement
Nous disposons aujourd’hui de moyens suffisants pour lutter contre ces troubles, à condition d’avoir fait établir un diagnostic précis et complet par un vétérinaire compétent.
J’insiste sur ce point, car un nombre croissant de diarrhées constatées sont en réalité le résultat logique de traitements aveugles et souvent inutiles.
Certains amateurs croient qu’un bon traitement antibiotique mettra leurs pigeons à l’abri de toute maladie pendant la saison sportive.
Or, c’est une erreur.
La vaccination contre la paramyxovirose est absolument indispensable : elle seule prévient la maladie (torticolis, diarrhée intense et prolongée pendant un mois chez les non-vaccinés, souvent fatale).
La vaccination contre la paratyphose, si elle est bien réalisée, offre également une protection solide pour toute la saison.
Mais les traitements antibiotiques, eux, n’ont qu’un effet ponctuel : quelques jours après le traitement, les oiseaux peuvent être recontaminés.
Pire encore : un antibiotique, même polyvalent, n’est jamais efficace contre tous les microbes.
Son emploi, même bien conduit (dose correcte et durée suffisante), détruit les germes sensibles mais favorise le développement de ceux qui lui résistent — ils « prennent la place » des germes détruits.
De plus, il peut encourager la prolifération de virus jusque-là contenus par la flore bactérienne normale.
Si l’on y ajoute l’usage abusif de corticoïdes, qui affaiblissent les défenses naturelles, on comprend pourquoi les virus (adénoviroses I et II, paramyxovirose) et les germes opportunistes (mycoplasmose, ornithose, candidose, colibacillose aiguë) se multiplient aujourd’hui, alors qu’ils étaient presque inconnus il y a 30 ou 40 ans.
Ah… une bonne vieille coccidiose, c’était plus simple !
Quelle attitude adopter ?
Face à une diarrhée, individuelle ou collective, la première règle est de ne jamais priver les pigeons d’eau.
La diarrhée est une réaction de défense de l’organisme : la soif qu’elle provoque répond à un besoin vital en eau.
Couper l’eau, c’est aggraver la déshydratation et précipiter l’affaiblissement du malade.
Le traitement spécifique (antiparasitaire, antibiotique ou antiseptique) doit être administré le plus tôt possible, et complété dès la disparition des symptômes par une cure de minéraux (électrolytes) et d’acidifiants intestinaux, afin de favoriser une récupération complète.
Docteur vétérinaire J.-P. Stosskopf
Notices :
Il arrive que des pipants d’une dizaine de jours inondent le pourtour du plateau. L’amateur pense alors à une crise de coccidiose. Or, dans ce cas, il y aurait amaigrissement rapide du jeune. Si l’état du corps reste bon, il s’agit en réalité d’une consommation excessive d’eau due à des parents assoiffés par un excès de sel ou de grit salé. Il suffit de supprimer la cause pendant quelques jours pour que tout rentre dans l’ordre, sans suite fâcheuse.
De façon absolue, il faut toujours laisser l’eau de boisson à volonté aux pigeons atteints de diarrhée. La priver aggraverait immédiatement la déshydratation. Le traitement spécifique doit être administré rapidement, puis complété par des minéraux et acidifiants intestinaux pour favoriser la récupération complète.
[ Source: Article édité par Dr. J.P. Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]
Pour vous abonner au Magazine PIGEON RIT – Cliquez sur le bouton ci-dessous !
Vaccin colombovac PMV/PDX contre la variole et la paramyxovirose.
Elevage précoce – n°10 – diarrhée – pigeon voyageur

