Combattons avec forces – pigeon voyageur
Pigeons voyageurs : soyons philosophes, chers amis colombophiles !
Les pigeons voyageurs nous apprennent bien des choses, mais encore faut-il savoir les observer avec un brin de philosophie.
Oui, chers lecteurs, ce mois-ci, j’ai une folle envie de philosopher un peu avec vous ! Un mot bien étrange, qu’on entend rarement dans notre sport… Et pourtant, je suis convaincu que nous autres, colombophiles, manquons souvent de cette réflexion tranquille qui fait les grands champions. Nous voyons tant de choses, nous faisons tant d’expériences, mais quand vient le moment de trancher, beaucoup hésitent ou ne prennent pas la décision décisive, celle dont dépend souvent tout le succès d’une saison.
Je le sais : certains cas nous laissent songeurs. Il existe des amateurs qui, en laissant tout au hasard, réussissent par chance à bien jouer un temps. Mais ne les imitons pas !
Sous le régulateur qui me fait face pendant que j’écris ces lignes, une devise latine attire mon regard :
« Quid aspicis… jam fugit ! »
Autrement dit : « Que me regardes-tu ? Trop tard… je suis déjà passé ! »
Et c’est vrai : tout va si vite. Le monde est un tourbillon de va-et-vient. Tout a son temps, et tout n’a qu’un temps. Les anciens me comprendront : aujourd’hui, le monde file à vive allure, sans pitié pour ceux qui s’arrêtent. Le temps passe, sans répit, et nous devons suivre son rythme.
Et nous autres, éleveurs de pigeons voyageurs, ne faisons pas exception !
Nous devons, nous aussi, vivre avec notre époque et rajeunir chaque année nos colonies. Car désormais, seuls les jeunes pigeons, pleins de vitalité, peuvent rivaliser au plus haut niveau. Auguste De Feyter, le célèbre soigneur de Monsieur Havenith, me confiait récemment :
« D’année en année, le jeu de pigeons devient plus dur. Nous devons moderniser, coûte que coûte. Ce sont les jeunes forces qui défendront notre honneur, car elles seules peuvent suivre le rythme infernal d’aujourd’hui. Fini le temps où l’on gagnait avec des pigeons de cinq ans et plus. Je serai donc impitoyable dans ma sélection, et je garderai quelques jeunes de plus ! »
Ces paroles, venues d’un homme simple mais d’une grande expérience, sont précieuses. C’est grâce à une telle rigueur que le colombier Havenith demeure, depuis plus de trente-cinq ans, au sommet du sport colombophile anversois.
Décidons-nous donc à écarter sans regret les voyageurs fatigués ou usés. Cette année, ce sera facile, grâce au beau temps dont nous avons profité. Barrons sans pitié sur nos listes les bagues des pigeons qui n’ont pas brillé en concours. Quant à ceux qui ont encore réussi quelques prix, mais avec peine, considérons qu’ils ont tiré leurs dernières cartouches.
Apprenons à reconnaître les signes d’usure :
Le regard d’abord — il perd sa flamme, ce feu vital des grands jours. Les couleurs y sont, mais ternes, sans éclat. Les yeux s’enfoncent dans la tête, la flamme s’éteint.
Le corps ensuite — la fermeté s’en va sur les côtés du bréchet et à l’arrière, entre le dos et la queue. Le ressort vital est brisé. L’oiseau a dépensé ses meilleures forces dans les concours ou un élevage épuisant, voire à cause d’une maladie du foie.
Leur respiration devient trop rapide, leur gorge rouge et gonflée, comprimant les voies respiratoires. Lorsque la langue remonte trop haut dans le bec, c’est que le pigeon est épuisé. Le battement de cœur, trop rapide, confirme le diagnostic : l’organisme est à bout.
Éliminons sans regret ces vétérans, sauf quelques reproducteurs de valeur. Mais attention : les pigeons atteints à la gorge produisent rarement de bons jeunes.
Les mères disent souvent : « Avec les enfants, il faut de la patience. » Eh bien, nous aussi, amateurs, devons faire preuve de patience avec nos pigeonneaux. Ils méritent plus d’indulgence que les vieux, qui ont déjà eu leur temps de gloire.
Mais soyons aussi sévères avec ceux qui le méritent : les jeunes revenant fatigués des étapes, ceux à bréchet mince, aux ailes raides ou disproportionnées n’ont pas leur place dans le ciel.
Un jeune pigeon doit montrer des signes de vitalité : un œil vif, des teintes harmonieuses, un éclat progressif. S’il reste terne, sans vivacité… inutile d’hésiter.
Et lorsque nos jeunes sont sains, pleins de force et d’énergie, alors oui, nous pouvons leur faire confiance. Car c’est d’eux que viendra l’avenir du sport colombophile — un avenir prometteur et brillant.
Notices :
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Bien éduquer et tester les pigeonneaux est l’un des plus grands secrets du sport des pigeons voyageurs, surtout pour la vitesse et le demi-fond.
Pour les concours de fond, on peut parfois attendre que les pigeons aient un an. Le panier restera toujours le meilleur juge, même s’il vaut parfois la peine d’accorder une année de sursis à un bel oiseau. -
(1) À l’exception de quelques colonies liégeoises qui pratiquaient le veuvage, la plupart des colombophiles jouaient encore à nid, un système plus exigeant physiquement.
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(2) Noël De Scheemaecker jugeait peut-être un peu sévèrement les pigeons adultes : il est toujours utile d’examiner l’état général de santé d’un bon pigeon avant de l’écarter.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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Beaucoup d’appels, mais peu d’élus – pigeon voyageur
La Station d’Elevage – Descheemaecker PIGEON CENTER


