Pigeon voyageur : orientation, vitesse et vérité sur les concours colombophiles
🕊️ Les concours colombophiles : épreuves d’orientation, non de vitesse
Il y a une quinzaine d’années, lorsque j’ai osé écrire que, dans un même concours, tous les pigeons volaient à la même vitesse, mon affirmation a suscité sarcasme et scepticisme. Depuis, je dois reconnaître que la mentalité des colombophiles a évolué : de plus en plus d’amateurs sont aujourd’hui convaincus que les pigeons remportant les premiers prix sont ceux qui trouvent le trajet le plus court pour rejoindre leur colombier, et non ceux qui volent le plus vite.
Je ne cesserai de répéter que les compétitions colombophiles ne sont pas des épreuves de vitesse, mais avant tout des épreuves d’orientation. La notion même de vitesse devrait, à mon sens, être éliminée du langage colombophile.
J’ai d’ailleurs proposé à plusieurs reprises de remplacer le classement basé sur la vitesse par un classement basé sur le temps de vol, mais sans succès jusqu’à présent.
Une autre de mes affirmations, qui a suscité bien des contestations, est que les pigeons modernes ne volent pas plus vite que leurs ancêtres d’il y a soixante ou soixante-dix ans, du moins dans des conditions climatiques identiques.
Alors que, dans les disciplines humaines comme l’athlétisme ou la natation, les records sont faits pour être battus, il n’en est rien en colombophilie. Même si le cyclisme bénéficie aujourd’hui de meilleurs équipements et de routes améliorées, cela ne change rien pour le pigeon voyageur : malgré les progrès du veuvage, les méthodes modernes d’entraînement, l’assistance vétérinaire et l’usage de produits pharmaceutiques, les vitesses des vainqueurs n’ont pratiquement pas évolué.
📜 L’exemple du concours de Barcelone
Je possède une documentation complète du concours de Barcelone, depuis sa première édition en 1924 jusqu’à nos jours.
Le vainqueur de 1924 — un pigeon d’Arlon — avait réalisé une vitesse de 906,6 m/min. Celui de 1990, un pigeon allemand issu d’un colombier ultramoderne, a volé à 952 m/min.
En soixante-dix ans, la vitesse du vainqueur n’a dépassé trois fois les 1.100 m/min, et six fois les 1.000 m/min, la première fois dès 1927. Toutes les autres éditions ont été remportées à des vitesses comprises entre 800 et 985 m/min.
On peut donc conclure que, malgré les perfectionnements techniques apportés aux pigeonniers et aux méthodes de préparation, la vitesse moyenne des vainqueurs est restée identique.
❓Pourquoi un pigeon volerait-il plus vite qu’un autre ?
Lorsque j’ai affirmé que tous les pigeons d’un même concours volaient à la même vitesse, j’ai posé la question suivante :
« Pourquoi un pigeon volerait-il plus vite qu’un autre ? »
Je n’ai jamais reçu de réponse satisfaisante.
Le pigeon libéré sait-il qu’il participe à une compétition ? Bien sûr que non.
Sait-il combien de kilomètres il doit parcourir ? Évidemment pas.
La seule explication souvent avancée est celle de la motivation. Un beau mot, certes, mais qu’est-ce que cela signifie réellement ? À la base de toute motivation, il faut un raisonnement. Or, un animal, quel qu’il soit, est-il capable de raisonner ? J’en doute fort.
On peut dresser un animal, mais le dressage repose sur des réflexes conditionnés, non sur le raisonnement. Sans raisonnement, il ne peut y avoir de motivation véritable.
⚡ Ce qui varie : la sensibilité
Ce que l’on peut en revanche faire varier chez un pigeon, c’est sa sensibilité. Un pigeon en forme est un pigeon dont la sensibilité est portée à son maximum.
C’est cette sensibilité accrue qui lui permettra de trouver le chemin le plus court pour regagner son pigeonnier.
Je considérerai toujours le pigeon voyageur comme un animal téléguidé, en communication constante avec son colombier.
Plus cette sensibilité est grande, plus la communication est fluide, et plus le retour est rapide.
Ainsi, ce n’est pas sa vitesse de vol qui augmente, mais bien la réduction du nombre de kilomètres volés inutilement.
🕰️ Pourquoi les concours se terminent-ils plus vite aujourd’hui ?
On constate que les concours se bouclent aujourd’hui beaucoup plus rapidement, même les grands fonds. Mais cela n’a rien à voir avec une augmentation de la vitesse de vol.
L’explication est simple :
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En 1924, le concours de Barcelone rassemblait 2.556 pigeons pour 639 prix. Parmi eux, une cinquantaine seulement pouvaient atteindre 800 à 900 m/min. Ils remportaient les premiers prix, mais il fallait plusieurs jours pour attribuer les 589 prix restants.
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En 1990, on comptait 28.167 pigeons, soit 7.029 prix. Parmi eux, près de 15.000 pigeons pouvaient atteindre la même vitesse de 800 à 900 m/min. Résultat : le concours s’est terminé en moins de deux jours.
Autrement dit, il y a aujourd’hui plus de pigeons capables de voler efficacement, pas des pigeons plus rapides.
Aucune méthode de jeu, aucun produit pharmaceutique, dopant ou non, ni aucun vétérinaire ne peut faire voler un pigeon plus vite.
On peut améliorer sa condition, renforcer sa sensibilité — oui.
Mais augmenter sa vitesse de vol — non.
🧭 Conclusion – Le véritable enjeu : l’orientation
Georges De Paduwa avait raison :
Les compétitions colombophiles ne sont pas des épreuves de vitesse, mais des épreuves d’orientation.
Ce qui compte, ce n’est pas la force physique ou la vitesse pure, mais la capacité du pigeon à voler du point de lâcher à son colombier par le trajet le plus direct.
C’est un travail de perception et d’équilibre intérieur, bien plus qu’une question de performance musculaire.
Aujourd’hui, s’il semble que les concours soient plus rapides, c’est simplement parce que le niveau général des pigeons est plus homogène et que la sélection a permis d’élever la proportion d’oiseaux en excellente condition.
Ce qui a changé, c’est la qualité de la concurrence, pas la vitesse de vol.
[ Source: Article édité par Dr. Georges De Paduwa – Revue PIGEON RIT ]
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