Raideur de laile du pigeon
25 octobre 2025 Par admin

Raideur de l’aile du pigeon

Raideur de laile du pigeon

J’ai reçu de la rédaction du « Pigeon Rit » un article paru en 1986. Il s’agit des remarques de différents colombophiles au sujet de la raideur musculaire, et principalement d’une lettre émanant d’un vétérinaire hollandais tentant d’expliquer ce symptôme.
Tout cela m’a été transmis par André Roodhooft.

La rédaction m’a demandé mon avis sur cette question, et c’est bien volontiers que j’y réponds.

Voici le texte en question : « La raideur musculaire ».

Le corps est soumis à des échanges constants (entrée et sortie). Les aliments sont absorbés et transformés en éléments de construction ou en combustibles. Les structures permettant ces processus sont très complexes, et les mécanismes de construction ou de dégradation extrêmement sophistiqués.
De manière admirable, le corps équilibre sans cesse la dégradation et la construction (élimination et absorption). De plus, l’organisme entraîné est « éduqué » pour construire, utiliser et dégrader les matières nutritives selon un rythme bien défini.

C’est nous, les colombophiles, qui imposons jour après jour ce rythme à nos pigeons : en les faisant voler à heures régulières, en leur donnant un mélange de grains approprié et en suivant une méthode d’alimentation adéquate afin de les amener en condition optimale pour les concours que nous avons programmés.

À partir du moment où nos pigeons se trouvent dans le panier et ne peuvent plus voler aux heures habituelles, ce rythme est rompu. Le transport du glucose vers les muscles continue, mais la dégradation – qui libère l’énergie nécessaire au travail musculaire – est interrompue.

Il est donc possible qu’après plusieurs nuits passées dans le panier de voyage, les muscles soient sursaturés de glucose. Lorsque le pigeon reprend son vol, la formation d’acide lactique en grande quantité pourrait entraîner une acidification musculaire telle que le corps, après un très court laps de temps, ne parviendrait plus à éliminer les déchets produits.
Ce que nous observons alors rappelle, selon ce vétérinaire, les phénomènes observés chez les animaux de boucherie après abattage : les muscles se raidissent, se contractent et présentent un degré d’acidité élevé. Chez les pigeons atteints, on constate de grandes difficultés à l’envol, certains étant même incapables de voler. Ils « tirent » l’aile, et, à la prise en main, leurs muscles paraissent durs et leurs ailes raides.

Lorsque j’ai lu cela, je n’en croyais pas mes yeux. Je regrette de devoir dire que je ne suis pas d’accord avec cette interprétation.
Il faut reconnaître que ce vétérinaire bénéficie de circonstances atténuantes : autrefois, les études vétérinaires étaient presque exclusivement consacrées aux gros animaux, notamment au cheval. Or, il est aujourd’hui bien démontré que les oiseaux diffèrent considérablement des mammifères, notamment en ce qui concerne la respiration, la production d’énergie et la régulation de la température.

Afin que l’on ne m’accuse pas de « démolir » un article de 1986 à la lumière des connaissances actuelles, je précise que tout ce qui suit était déjà connu dans les années 1970, voire bien avant.

Je présume que l’auteur de cet article s’est inspiré des idées du Professeur J. Wester (Université d’Utrecht), développées dans le chapitre consacré à la « dégénérescence musculaire » de son ouvrage Maladies organiques des gros animaux domestiques, publié il y a plus de cinquante ans.

La dégénérescence musculaire est une affection presque exclusive des chevaux de trait puissants, apparaissant dans des circonstances bien particulières. On la rencontre rarement de nos jours.
Cette maladie touchait des chevaux fortement nourris et travaillant régulièrement, qui, après quelques jours de repos (mais continuant à être richement alimentés), étaient remis au travail. On constatait alors une concentration anormale d’acide lactique dans les muscles.

Le Prof. Wester expliquait ce phénomène ainsi : la teneur en glycogène des muscles des chevaux est naturellement élevée. Si, pendant une période de repos, l’animal continue d’être fortement nourri, ce taux augmente encore. À la reprise du travail, les muscles libèrent rapidement une grande quantité d’acide lactique à partir du glycogène (via le glucose). Cet acide lactique n’étant pas éliminé assez vite, il en résulte une dégénérescence des fibres musculaires (le produit de cette dégradation passe dans le sang, atteint les reins et colore l’urine en rouge), provoquant raideur, douleur et chute de l’animal.
En raison de son apparition typique après le week-end, cette affection fut appelée « maladie du lundi ».

Le vétérinaire conseillait, pour les pigeons, un traitement analogue à celui prescrit pour les chevaux : combattre l’acidité musculaire avec du bicarbonate de soude.

Mais revenons à la raideur musculaire chez le pigeon.
Si le phénomène était identique à celui du cheval, aucun pigeon ne reviendrait de Barcelone après cinq à sept jours passés dans les paniers !
De plus, il est faux d’affirmer que les muscles se saturent de glucose pendant le séjour dans le panier : durant cette période, la nourriture est volontairement réduite au strict minimum, juste suffisante pour maintenir le métabolisme de base.

Le vétérinaire commet par ailleurs une erreur fondamentale : le glucose libéré lors de la digestion rejoint directement la circulation sanguine, mais cela ne provoque pas d’augmentation durable du glucose ni dans les muscles ni dans le sang, comme il le prétend.

Les mammifères et les oiseaux possèdent un mécanisme de régulation sophistiqué maintenant le taux de glucose sanguin dans des limites étroites :

  • l’excédent est stocké sous forme de glycogène,

  • le déficit est compensé par mobilisation des réserves.

Dans un autre paragraphe, l’auteur établit une analogie entre la contraction musculaire du pigeon en vol et ce que l’on observe chez les animaux abattus. Or, cette comparaison est scientifiquement fausse.

Chez un animal abattu, le cœur s’arrête, le sang est vidé : l’animal est mort, mais les tissus ne le sont pas encore. Pendant le refroidissement de la carcasse, des contractions musculaires résiduelles produisent de l’acide lactique.
Comme la circulation sanguine est interrompue, cet acide reste localement accumulé, sans apport d’oxygène pour l’oxyder. Les muscles se raidissent et deviennent acides — c’est la raideur cadavérique.

Rien de comparable n’existe chez un pigeon vivant en vol : lors de la contraction musculaire, l’acide lactique éventuellement formé est immédiatement emporté par le sang et, grâce à l’oxygène, transformé en glucose (glycogène) ou décomposé en gaz carbonique et eau.
Il n’y a donc pas d’acidification musculaire.

On sait d’ailleurs que les réserves en glycogène chez le pigeon sont faibles et n’interviennent qu’au début du vol, lors de manœuvres rapides ou de l’atterrissage. Pendant le vol de croisière et les efforts prolongés, ce sont essentiellement les graisses qui sont utilisées : leur oxydation libère de l’énergie sans produire d’acide lactique.

Ce qui n’était autrefois qu’une théorie a été démontré expérimentalement par deux chercheurs allemands, Bordel et Haase (1993), sur des pigeons voyageurs engagés dans de véritables concours, jusqu’à 620 km.
Ils n’ont observé aucune augmentation du glucose ni de l’acide lactique sanguin immédiatement après le vol.


Mon point de vue

Au vu de ces éléments, il est clair qu’un pigeon en bonne santé est parfaitement équipé pour éviter toute acidification musculaire en vol, grâce au bon fonctionnement de ses appareils respiratoire et cardiaque.

Nous savons également qu’il existe de grandes différences entre pigeons selon leur capacité de vol. On distingue généralement trois catégories :

  • vitesse (jusqu’à 200 km),

  • demi-fond (jusqu’à 550–600 km),

  • fond (au-delà).

Les conditions de vol particulièrement difficiles observées ces dernières années devraient nous pousser à revoir cette classification : il serait plus juste de classer les pigeons selon le nombre d’heures de vol consécutives qu’ils peuvent soutenir.

Le véritable pigeon de fond est capable de voler toute une journée, du lever au coucher du soleil, et de repartir dès l’aube s’il n’est pas encore rentré. Beaucoup de pigeons réputés de fond ne possèdent pas cette endurance.

Pourquoi ?
La réponse est complexe : elle dépend de la structure du corps, des ailes et des muscles, mais aussi de la quantité de réserves énergétiques et d’eau que le pigeon peut emporter au départ — des facteurs invisibles de l’extérieur.
Seule l’expérience, au retour d’un concours particulièrement dur, permet d’évaluer ces qualités.

Concernant les pigeons de demi-fond, beaucoup semblent capables de dépasser leurs distances habituelles, mais certaines années (comme 1995 ou 1996), de nombreux amateurs ont dû déchanter :
par temps calme (≈ 1300 m/m), leurs pigeons se classaient bien sur 550 km, mais échouaient sur la même distance avec 1000 m/m.
Deux heures de vol supplémentaires suffisaient à les épuiser — des conditions typiques entraînant la perte des oiseaux.


Que penser des ailes raides ?

Lorsqu’un pigeon, à son retour, a épuisé toutes ses réserves, il se produit au niveau des muscles une dégénérescence : les fibres musculaires sont endommagées, perdent leur élasticité et deviennent dures.
Cette rigidité ne concerne ni les tendons ni les articulations, mais bien les fibres musculaires elles-mêmes.

Faut-il conserver ces pigeons ?
À mon avis, non. Ils ne doivent plus être considérés comme voyageurs, car ils ne retrouveront jamais leur niveau antérieur.
Et surtout, pour qui souhaite constituer une lignée de fond, il serait une erreur de reproduire à partir de pigeons ayant présenté une raideur d’aile après un concours difficile.
Un tel défaut — capacité de vol limitée — risquerait de se transmettre génétiquement à la descendance et de contaminer toute la colonie.
Au mieux, ces pigeons peuvent encore servir à un joueur de vitesse.

Prof. G. Van Grembergen


Notices

Découvrir les véritables pigeons de fond est une tâche difficile. Leur structure corporelle, la forme des ailes, la qualité des muscles, ainsi que la quantité de réserves énergétiques et d’eau qu’ils peuvent emporter au moment du lâcher jouent un rôle essentiel.
Ces caractéristiques ne sont pas visibles de l’extérieur : elles ne se révèlent qu’au retour d’un concours de fond exigeant.

Selon le Prof. Van Grembergen, les raideurs de l’aile sont dues à une dégénérescence des fibres musculaires : celles-ci perdent leur souplesse et deviennent rigides.
Il ne s’agit donc pas d’une atteinte des tendons ou des articulations, mais bien d’une altération intramusculaire.


[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen – Revue PIGEON RIT ] 

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