Que pouvons-nous connaitre des pigeons? (2)

C’est la vitesse pure, affirment certains spécialistes, qui constitue la base de toutes les performances sportives.
Pour appuyer leur propos, ils citent souvent la victoire de Cottereau, le “Scheerens” de son époque, lors de la fameuse course de fond Bordeaux–Paris. De là vient cette idée selon laquelle « la vitesse sur mille mètres est la même que celle sur mille kilomètres ».
Si cela était vrai, le meilleur pigeon de vitesse serait aussi le meilleur pigeon de fond.
Dans son ouvrage « Mes secrets », le célèbre champion bruxellois Reylandt soutenait une opinion similaire, ajoutant que tout, dans notre sport, dépend de la préparation.
Nous ne pouvons toutefois pas partager entièrement cette vision. Seuls quelques pigeons exceptionnels, dotés à la fois d’une puissance et d’une rapidité hors du commun, peuvent échapper à cette règle.
Vous nous demanderez sans doute, chers lecteurs :
« Mais quel rapport tout cela a-t-il avec la constitution du pigeon et la connaissance que nous pouvons en avoir ? »
Eh bien, tout se joue précisément là : dans la compréhension intime du pigeon, dans la connaissance de ses capacités et de ses limites. C’est là que réside le véritable secret du champion.
Avant de tirer le meilleur d’un pigeon, il faut savoir ce dont il est capable, le spécialiser selon ses aptitudes, sa constitution et ses dons naturels.
La vitesse et le fond représentent les deux pôles extrêmes d’une même ligne. Les dépasser, c’est risquer de “casser” le pigeon.
La vitesse pure est un ensemble de puissance musculaire, de tension extrême et d’effort maximal fourni sur une courte durée.
Tant que le travail des muscles ne dure pas assez longtemps pour épuiser les réserves d’énergie et provoquer une dépression, une prestation de tête est possible — même pour un sujet manquant d’endurance.
Mais dès que l’effort se prolonge au point que l’organisme doive mobiliser ses dernières réserves de sucre pour alimenter les muscles, la limite est atteinte.
Celui qui veut aller plus loin, même s’il est le plus rapide du monde, doit ralentir le rythme musculaire s’il veut éviter la destruction des fibres et l’usure irréversible. Sinon, il sera bientôt incapable d’atteindre la moindre performance.
Une dépression peut se résorber si les muscles reprennent un travail modéré, mais des efforts excessifs et répétés épuisent rapidement l’organisme. Le moteur finit par s’user, comme celui d’une voiture roulant sans huile ni eau.
Cette usure musculaire, causée par le surmenage, se constate aisément chez les pigeons. Nous exigeons parfois trop de nos braves voiliers : ils se surmènent pour rentrer, s’épuisent… et meurent parfois en plein vol.
On reconnaît immédiatement un pigeon “vidé” — il suffit de le tenir en main pour le sentir.
Comment reconnaître un pigeon “usé” :
On le sent :
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Quand le volume des muscles diminue : le pigeon paraît plus petit et “désuni”. C’est surtout au niveau de la poitrine, de part et d’autre du bréchet, que l’on sent la fonte musculaire. Lorsque les pectoraux disparaissent, l’oiseau est perdu pour le sport. Il en va de même quand les muscles des hanches s’affaiblissent et qu’il n’y a plus de continuité entre le dos et la queue.
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Quand la respiration devient rapide ou hachée.
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Quand le cœur bat plus vite, plus faiblement ou de manière irrégulière, surtout après une volée. On le perçoit en posant doucement le doigt sur le côté de la fourche.
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Quand le corps s’affaisse facilement sous une légère pression.
On le voit :
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Quand l’œil perd son éclat ou brille d’un feu humide.
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Quand les paupières s’amincissent et se couvrent de fines plumes. C’est comparable au vieillissement de la peau humaine : signe d’un relâchement des tissus et d’une mauvaise circulation. Au contraire, chez un pigeon en forme, les paupières s’élargissent, surtout à l’arrière de l’œil.
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Quand le plumage devient terne et sans lustre.
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Quand la gorge vire au rouge violacé, que la langue se soulève et que les voies respiratoires sont irritées.
Amis lecteurs, voici résumées les principales caractéristiques à observer. À vous de les étudier et de les approfondir.
Je pourrais écrire encore des pages sur ce sujet, mais ces éléments suffisent à attirer notre attention pour éviter, lors des concours de 1937, de gaspiller inutilement de l’argent sur des pigeons incapables de se classer honorablement.
Noël De Scheemaecker
Notice :
Depuis de nombreuses années, Quiévrain est considéré comme l’un des lieux de lâcher les plus réputés au monde.
Des millions de pigeons soigneusement préparés et motivés y ont été engagés par les spécialistes de la vitesse.
Très peu s’y perdent.
Ne faut-il pas en conclure que tous les pigeons possèdent un mystérieux système de navigation dont nous ne connaissons pas encore tous les secrets ?
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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