Pol Bostyn et le pigeon voyageur le secret de lobscurite
9 décembre 2025 Par admin

Pol Bostyn et le pigeon voyageur : le secret de l’obscurité

Pol Bostyn et le pigeon voyageur le secret de lobscurite

Dans l’histoire de la colombophilie belge, certains noms traversent les décennies sans jamais perdre leur aura. Pol Bostyn, de Morslede, fait incontestablement partie de ces figures tutélaires dont l’influence dépasse largement les résultats bruts inscrits dans les palmarès. Champion discret, homme de réflexion et d’observation, il a façonné une approche du pigeon voyageur fondée sur le respect du rythme naturel, de la physiologie et de la psychologie de l’oiseau.

Ma dernière conversation avec Noël De Scheemaecker, survenue le mardi 22 janvier, quatre jours avant son décès, a ravivé cette mémoire. Nous évoquions la pratique de l’obscurité au colombier, sujet sensible et souvent mal compris. Noël rappela alors que Pol Bostyn tamisait fortement la lumière dans ses colombiers de veuvage, sans jamais tomber dans les excès dogmatiques que l’on observe parfois aujourd’hui.

Une question surgit naturellement : comment expliquer que les spécialistes du système d’obscurité observent souvent un pic de forme six semaines après l’arrêt du régime, alors que Pol Bostyn brillait dès les premières confrontations nationales, tout en restant performant jusqu’au cœur de l’été ?

C’est cette interrogation, profondément colombophile, qui constitue le fil conducteur de cet article.


1. Pol Bostyn : un champion ancré dans la constance et la durée

1.1 Une carrière bâtie sur les concours nationaux exigeants

Pol Bostyn ne fut pas un homme de coups d’éclat isolés. Il s’est illustré sur la durée, et surtout sur les concours les plus sélectifs. Le concours national de Pau, disputé dans la seconde moitié du mois de juin, figure parmi les plus emblématiques de son palmarès. Le fait qu’il y ait triomphé à maintes reprises est loin d’être anodin.

Le pigeon voyageur performant sur Pau doit réunir :

  • une maturité physiologique complète,

  • une stabilité nerveuse exceptionnelle,

  • une capacité de récupération rapide,

  • et une mue parfaitement maîtrisée.

Ces qualités ne s’improvisent pas et ne sont pas compatibles avec une dérégulation brutale du rythme biologique.

1.2 Une vision anti-dogmatique du système d’obscurité

Contrairement à certaines idées reçues, Pol Bostyn n’a jamais été un adepte aveugle de l’obscurité stricte appliquée mécaniquement tout au long de la saison. La phrase rapportée par Noël De Scheemaecker est à ce titre révélatrice :

« Celui qui prolonge le plus longtemps son sommeil d’hiver s’épanouira le mieux lorsque l’été sera venu. »

Cette affirmation, simple en apparence, traduit une compréhension fine de la biologie du pigeon voyageur. Il ne s’agit pas de plonger l’oiseau dans une nuit artificielle prolongée, mais de retarder intelligemment l’usure saisonnière, sans jamais bloquer totalement les signaux naturels.


2. L’obscurité au colombier : principe, dérives et réalités biologiques

2.1 Ce que vise réellement l’obscurité chez le pigeon voyageur

À l’origine, la pratique de l’obscurité a un objectif précis :
retarder la mue, préserver la fraîcheur musculaire et maintenir une couverture plumage optimale pour les grandes échéances estivales.

Chez le pigeon voyageur, la lumière agit directement sur :

  • l’axe hypothalamo-hypophysaire,

  • la production hormonale,

  • le déclenchement de la mue,

  • le comportement alimentaire,

  • et la qualité du sommeil.

Mal maîtrisée, l’obscurité devient un facteur de stress chronique.

2.2 Les limites des systèmes à obscurité fixe

L’obscurcissement strict de 14 heures quotidiennes à heures fixes (par exemple de 18 h à 8 h) pose plusieurs problèmes majeurs :

  • Altération de l’aération du colombier,

  • Accumulation d’humidité et de gaz nocifs,

  • Rupture du rythme circadien naturel,

  • Désorientation hormonale,

  • Fatigue nerveuse latente,

  • Augmentation possible des pertes en concours.

Ces dérives sont aujourd’hui bien connues, mais elles étaient déjà intuitivement perçues par des hommes comme Pol Bostyn.


3. La leçon de Bostyn : obscurcir sans contrarier la nature

3.1 Une obscurité progressive et respectueuse

Tout indique que Pol Bostyn acceptait davantage de lumière qu’on ne le pense, surtout à l’approche des concours. Cette approche graduelle permettait au pigeon voyageur de :

  • conserver une lecture naturelle du jour,

  • maintenir une stabilité hormonale,

  • préparer progressivement l’organisme à l’intensité estivale.

Il ne cherchait pas à figer le pigeon dans un hiver artificiel, mais à prolonger doucement l’état de repos physiologique.

3.2 Briller tôt sans s’effondrer tard

C’est ici que réside toute la subtilité de sa méthode. Là où certains colombophiles sacrifient les premiers concours pour viser un pic tardif, Pol Bostyn réussissait dès le début tout en restant redoutable jusqu’à la fin.

Cela prouve que le pigeon voyageur, lorsqu’il est préparé sans brutalité, peut exprimer sa forme sans délai de latence artificiel.


4. Application pratique moderne : retour d’expérience à la maison

4.1 Une approche prudente et empirique

À la maison, nous ne prétendons pas détenir un système supérieur. D’autres méthodes sont sans doute plus sophistiquées. Nous avons simplement choisi d’appliquer une obscurité inspirée de principes éprouvés, en observant attentivement les réactions de nos pigeons voyageurs.

Ces deux dernières années, une trentaine de pigeonnes ont été mises à l’obscurité.

4.2 Première saison : prudence dans les conclusions

La première année n’a pas permis de tirer des conclusions définitives. Un quart des pigeonnes furent perdues au premier concours, mais les pertes furent équivalentes chez les pigeonneaux non obscurcis. La participation s’en trouva réduite.

Onze pigeons seulement furent engagés dans les quatre nationaux de la saison 2000, avec neuf prix par dix, dont une femelle réalisant un quatre sur quatre. Résultat excellent, mais statistiquement insuffisant pour conclure.

4.3 Seconde saison : confirmation par la régularité

L’année suivante, 58 pigeonneaux furent engagés dans les mêmes nationaux.
37 se classèrent, dont 22 dans les prix par dix.

L’élément le plus satisfaisant fut la possibilité d’engager l’ensemble de l’équipe à chaque concours, sans devoir trier par manque de forme ou de santé.


5. Aérage et rythme biologique : piliers souvent négligés

5.1 Pourquoi l’aération ne doit jamais être sacrifiée

Chez le pigeon voyageur, l’appareil respiratoire est d’une extrême sensibilité. Une mauvaise aération entraîne :

  • baisse d’oxygénation,

  • fatigue musculaire précoce,

  • altération de la récupération,

  • augmentation du stress.

Un système d’obscurité mal conçu compromet ces équilibres fondamentaux.

5.2 Adoption du système des frères Herbots

Le soulagement fut réel en découvrant la méthode pratiquée par les frères Herbots, que nous avons adoptée sans hésiter.

Le principe est simple :

  • obscurité à partir de 15–16 h,

  • uniquement lorsque le soleil n’est plus au zénith,

  • jusqu’à la tombée naturelle de la nuit.

Ainsi, l’aération n’est réduite que 8 heures au maximum, et devient parfaite durant la nuit.

5.3 Respect du réveil naturel

Les pigeonneaux se réveillent à la lumière du jour, parfois accompagnée du soleil. Ce détail est capital : il garantit le bon fonctionnement du rythme circadien, fondement de l’équilibre du pigeon voyageur.


6. Résultats sportifs et observations physiologiques

6.1 Une montée en puissance progressive

Les pigeonnes obscurcies de cette manière ne brillèrent pas particulièrement en vitesse en juin, mais cela n’était pas l’objectif. Elles étaient destinées aux nationaux de fin juillet à début septembre.

L’obscurité fut arrêtée au 21 juin.

6.2 Des résultats cohérents avec la théorie

  • Salbris provincial (459 km) le 15 juillet : 9 classées sur 17 engagées

  • Bourges et Argenton : résultats solides après 5 à 7 semaines

  • La Souterraine : plus difficile, probablement par manque de motivation

  • Guéret deux semaines plus tard : nette amélioration

Le 9 septembre, les huit pigeonnes classées étaient encore parfaitement en plumes, conservant 5 à 7 rémiges intactes.


7. Mue, reproduction et continuité biologique

7.1 Une mue complète et régulière

Les pigeonnes firent une mue parfaite, sans rupture ni désordre. Ce point est fondamental : une mue bien conduite conditionne la saison suivante du pigeon voyageur.

7.2 Accouplement et fertilité

Accouplées le 20 décembre à nos meilleurs veufs, les pigeonnes pondirent sans difficulté. Aucun retard, aucune faiblesse, preuve que le système n’avait pas épuisé leur potentiel reproducteur.


Conclusion – Pol Bostyn, ou l’art de préparer sans forcer

Pol Bostyn n’était pas un théoricien dogmatique. Il était un observateur patient, convaincu que la réussite du pigeon voyageur repose avant tout sur l’harmonie entre :

  • lumière,

  • repos,

  • aération,

  • motivation,

  • et respect du rythme naturel.

Son approche de l’obscurité n’était ni rigide ni excessive. Elle visait à protéger l’avenir, sans sacrifier le présent. À l’heure où la colombophilie cherche parfois des raccourcis techniques, son héritage rappelle une vérité essentielle :

On ne commande durablement au pigeon voyageur qu’en obéissant à sa nature.

Cet enseignement, transmis par Noël De Scheemaecker et illustré par les faits, mérite plus que jamais d’être médité.


[ Source: Article édité par M. Patrick Philippens – Revue PIGEON RIT ] 

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