Pigeon Voyageur : Obscurité, Cortisone et Mue – La Vérité sur la Préparation des Pigeonneaux

Dans le monde du pigeon voyageur, il est clair qu’un changement majeur se prépare. Beaucoup d’amateurs conscients des dérives actuelles alertent sur l’urgence de prendre des mesures face au problème croissant de la cortisone dans les concours pour pigeonneaux. Ce phénomène touche particulièrement les compétitions nationales des mois d’août et de septembre, où de nombreux colombophiles refusant la cortisone “décrochent” complètement.
Il fut un temps où, pour participer aux grands concours de jeunes, il fallait chercher longuement quelques pigeonneaux encore en plumes, prêts à être enlogés. Aujourd’hui, la situation a radicalement changé. On voit désormais des amateurs engager 20, 40 ou même 100 jeunes femelles, parfaitement couvertes en plumes, issues des premières naissances de l’année, maintenues dans l’obscurité et parfois saturées de cortisone administrée via gouttes oculaires ou directement dans l’abreuvoir.
Nous sommes en train de nuire à l’image de notre sport du pigeon voyageur. Les dirigeants doivent intervenir, mais la tâche n’est pas simple : il est facile de dire que “quelque chose doit être fait”, mais bien plus difficile d’équilibrer la tradition, l’équité sportive et la réalité de terrain. Des rumeurs annoncent l’avancement des concours nationaux pour pigeonneaux de 3 à 4 semaines, avec un rythme hebdomadaire. Une idée qui plaît à certains, mais qui pourrait perturber le demi-fond et créer de nouveaux débats.
Obscurité : une alternative naturelle pour le pigeon voyageur
Vous connaissez déjà ma position sur la cortisone : je n’en veux pas, ni pour mes pigeonneaux, ni pour mes adultes. C’est pourquoi j’ai choisi de travailler mes jeunes pigeons voyageurs dans l’obscurité, comme méthode naturelle pour retarder la mue.
Le système était très simple : de 17h au lendemain matin (vers 8–9h), le pigeonnier était assombri à l’aide d’une pièce d’étoffe fixée avec quatre clous. Il ne faisait pas totalement noir, mais suffisamment sombre pour ralentir la mue. Les pigeonneaux avaient encore assez de lumière pour se percher et se déplacer.
Les résultats furent excellents jusqu’à la fin juillet : les premières pennes ne tombèrent qu’en juin, et jusqu’à fin juillet les pigeons restèrent bien en plumes, affichant une forme remarquable pour un pigeon voyageur en préparation de concours.
Mais dès le début août, les premières petites plumes commencèrent à tomber. Avec elles, la forme disparut. Les performances chutèrent nettement. Les jeunes mâles furent arrêtés après Bourges (8/8/93). Les femelles furent tentées encore quelques semaines, sans succès : la mue s’accélérait, les plumes jonchaient le sol, et il était évident que sans cortisone, impossible de suivre les pigeons artificiellement retardés.
J’ai donc choisi la seule option raisonnable : arrêter de jouer.
Contrairement à de nombreux témoignages, je n’ai pas perdu mes pigeonneaux à cause du système d’obscurité. Chez moi, les pertes eurent lieu uniquement pendant l’entraînement et les premiers concours, comme c’est souvent le cas chez tout pigeon voyageur en apprentissage.
Le système et son influence sur le pigeon voyageur
Mon impression générale : les pigeonneaux élevés dans l’obscurité se développent plus lentement sur le plan sexuel. Cela m’a permis de laisser mâles et femelles ensemble jusqu’au début du mois de mai, ce qui simplifie le travail et limite les confrontations.
Ensuite, ils furent joués au semi-veuvage traditionnel :
– 30 minutes avant l’enlogement, ouverture de la communication entre les sexes,
– mise à disposition de quelques nids,
– ajout de litière vers la fin de saison pour stimuler l’enthousiasme.
Tant que les jeunes pigeons voyageurs ne muent pas et volent vivement à l’entraînement, les performances sont bonnes. Le système d’obscurité ralentit la mue, prolongeant la période de compétition de quelques semaines. Mais retarder durablement la mue jusqu’à fin septembre n’est possible qu’avec l’utilisation de cortisone.
Ainsi, en fin de saison, aucun amateur “naturel” ne peut rivaliser avec les utilisateurs de cortisone. Même les pigeons sur nid, pourtant normalement avantagés en motivation, sont défavorisés face aux pigeons dopés. C’est la raison principale de la chute drastique du nombre de pigeonneaux engagés dans les derniers concours nationaux.
Conclusion : Quel avenir pour le pigeon voyageur ?
Le pigeon voyageur est un athlète naturel, et notre sport repose sur l’éthique, la passion et le respect de la nature. Mais si l’usage de cortisone se généralise, si les systèmes artificiels se multiplient, et si les concours ne s’adaptent pas, nous risquons de perdre l’essence même de la colombophilie.
L’obscurité reste une alternative naturelle valable, mais elle ne peut rivaliser avec les dérives chimiques. Une réflexion profonde est nécessaire pour préserver l’équité sportive et l’avenir du pigeon voyageur, véritable symbole d’endurance, de discipline et de tradition.
[ Source: Article édité par M. André Roodhooft – Revue PIGEON RIT ]
Pour vous abonner au Magazine PIGEON RIT – Cliquez sur le bouton ci-dessous !

