Orientation des pigeons voyageurs le GPS au service de la recherche
1 novembre 2025 Par admin

Orientation des pigeons voyageurs : le GPS au service de la recherche

Orientation des pigeons voyageurs le GPS au service de la recherche

1. Introduction — Pourquoi étudier l’orientation du pigeon avec un GPS ?

Depuis plus d’un siècle, le mystère de l’orientation du pigeon voyageur fascine les scientifiques.
Malgré d’innombrables études, les mécanismes précis permettant à ces oiseaux de retrouver leur colombier à des centaines de kilomètres restent encore partiellement inexpliqués.

On sait aujourd’hui que le soleil, combiné à une horloge interne, joue un rôle essentiel dans leur navigation.
Mais d’autres hypothèses plus controversées subsistent : certains chercheurs évoquent la perception du champ magnétique terrestre, d’autres la reconnaissance olfactive de zones géographiques.

Jusqu’à présent, la plupart des recherches reposaient sur l’analyse des temps de retour au colombier. On savait quand les pigeons rentraient, mais on ignorait par où ils étaient passés. Le parcours exact entre le point de lâcher et le pigeonnier restait un véritable mystère.

Plusieurs tentatives de suivi ont été menées au fil du temps :

  • Des chercheurs ont essayé de les suivre en avion, sans grand succès, car les vols se dispersent rapidement et les oiseaux deviennent indétectables.

  • Des expériences plus récentes ont utilisé des balises Argos, mais les données restaient fragmentaires : seules quelques positions espacées étaient enregistrées, laissant de larges zones d’incertitude.

L’arrivée du GPS (Global Positioning System) a profondément changé la donne. Ce système de géolocalisation par satellite, d’abord développé à des fins militaires, permet d’enregistrer les coordonnées précises d’un récepteur en mouvement, en temps réel.
L’idée est donc simple : si un pigeon transporte un mini GPS, on peut retracer exactement le trajet qu’il a suivi, ainsi que son altitude de vol.

Mais ce principe se heurte à deux défis majeurs :

  1. Le poids : un pigeon ne peut voler efficacement avec un dispositif pesant plus de 5 % de sa masse corporelle, soit environ 25 grammes pour un oiseau de 500 g.

  2. L’aérodynamisme : l’appareil doit être compact, bien fixé et profilé pour ne pas perturber le vol ni déséquilibrer l’oiseau.

Si ces contraintes sont respectées, les données recueillies ouvrent des perspectives fascinantes. Grâce au GPS, il devient possible de savoir :

  • à quelle fréquence l’oiseau vérifie sa direction,

  • comment il réagit aux obstacles naturels (montagnes, vallées),

  • et surtout, comment différents protocoles expérimentaux influencent son comportement.

Par exemple, certains chercheurs ont remis en cause le rôle de l’odorat dans l’orientation. En comparant le trajet de pigeons témoins avec celui d’oiseaux dont le sens olfactif est temporairement perturbé, il serait enfin possible de trancher ce débat de longue date.


2. Mise au point d’un GPS adapté au pigeon voyageur

L’un des premiers laboratoires à avoir concrètement travaillé sur ce concept est celui du Professeur Lipp, à l’Université de Zurich (Institut d’anatomie).
Sous sa direction, Clemens Bürgi a conçu un prototype de GPS miniature spécialement étudié pour les pigeons voyageurs, conciliant légèreté et fiabilité.

Nous avons eu l’opportunité de collaborer avec cette équipe et d’obtenir deux appareils expérimentaux afin de mener nos propres tests.
Chaque dispositif, d’une valeur d’environ 2 500 €, demeure encore perfectible : le poids reste élevé et l’antenne, mesurant environ 4 × 6 cm, doit être réduite.

Malgré ces limites, les premiers essais réalisés en été 2001 sur des distances inférieures à 50 km se sont révélés prometteurs.
Les trajectoires enregistrées ont permis d’observer la cohérence du vol et de confirmer la faisabilité technique d’un suivi GPS sur pigeon voyageur.

Ces résultats représentent une avancée importante vers une compréhension directe du comportement en vol, jusque-là uniquement supposé par déduction.


3. Perspectives de recherche et applications

La recherche sur l’orientation du pigeon souffre parfois d’une approche partielle.
Beaucoup d’articles destinés aux colombophiles évoquent surtout une “boussole magnétique” ou un mystérieux “sixième sens”. Ces explications séduisent l’imagination, mais négligent les avancées récentes des laboratoires spécialisés dans l’olfaction animale, notamment en Italie.

Le GPS offre désormais la possibilité de corréler les conditions atmosphériques et les trajectoires réelles.
Nous pourrons ainsi déterminer si les vents — comme le Mistral ou la Tramontane, qui agitent fortement la vallée du Rhône — perturbent ou modifient la navigation des pigeons.
Si les odeurs de l’environnement participent à l’orientation, on peut s’attendre à des différences notables selon que le vent souffle plusieurs jours du nord ou du sud.

Cette approche ouvre la voie à une analyse fine de l’interaction entre l’atmosphère, le relief et la stratégie de vol.
Certaines colonies situées derrière des chaînes montagneuses de plus de 2 000 mètres offrent, par exemple, un terrain d’étude idéal :
le GPS permettra de savoir si les pigeons choisissent de contourner ces reliefs ou de les franchir, et à quelle altitude.

Ces observations permettront d’évaluer :

  • à partir de quelle hauteur un pigeon préfère entamer un contournement,

  • s’il accepte de modifier son cap ou de revenir légèrement en arrière,

  • et comment il gère ces changements sans perdre le sens du retour.

En somme, l’utilisation du GPS ouvre une nouvelle ère pour la recherche sur le vol et l’orientation des pigeons voyageurs, permettant enfin d’associer les connaissances comportementales, physiologiques et environnementales dans une approche scientifique complète.


ping gauche - pigeonGrégarité et orientation – pigeon voyageur

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