Les pertes massives de pigeonneaux : causes et réflexions

Depuis quelques années, de nombreux colombophiles se plaignent de pertes massives de pigeonneaux au début de la saison. Beaucoup cherchent à en comprendre les causes. Peut-être est-ce un réflexe professionnel, mais je pense d’abord aux maladies telles que la trichomonose et la coccidiose. Toutefois, si l’on considère que la plupart des colombophiles accordent aujourd’hui une grande importance aux concours de jeunes, il faut écarter cette hypothèse : les soins médicaux prodigués aux pigeons sont devenus une pratique courante, et la santé générale des jeunes sujets est bien meilleure qu’autrefois.
Concernant la maladie de la membrane de l’œil, j’ai toujours estimé qu’elle apparaissait à la suite d’un affaiblissement, le plus souvent comme conséquence des deux fléaux mentionnés ci-dessus. Pour les prévenir, je pratiquais régulièrement, pendant la saison, des cures préventives de deux jours chacune : après chaque concours, les pigeons étaient traités, par exemple contre la trichomonose, puis la semaine suivante contre la coccidiose, et ainsi de suite, de manière alternée.
Il faut ajouter qu’il n’était jamais question de courants d’air froids et humides dans le colombier. Ma méthode n’était donc pas mauvaise, puisque je n’ai jamais eu à subir la moindre atteinte de cette inflammation oculaire, et cela malgré une participation intensive aux concours.
La pratique généralisée de l’élevage hivernal est sans doute un facteur essentiel à prendre en compte dans ces pertes. Les jeunes destinés aux grands concours de fin de saison naissent presque tous avant le 1er janvier. Ils sont donc sevrés à une période tout à fait contre nature, où ils doivent pourtant déjà être éduqués. Si le temps est défavorable — froid, neigeux ou humide —, les entraînements doivent être reportés, et l’on perd ainsi la période la plus favorable à leur apprentissage et à l’acquisition de nouvelles impressions. Ils débutent alors plus tard, à un âge où ils sont déjà trop robustes, trop caractériels et trop occupés à roucouler… mais encore bien naïfs.
Depuis quelques années, un phénomène nouveau est apparu : le souci, souvent mal fondé, de vouloir absolument participer aux grandes épreuves nationales de fin d’année avec des jeunes « en frappe complète ». Cela a conduit à des manipulations artificielles de la durée d’éclairement : certains allongent la lumière du jour, d’autres maintiennent leurs pigeons dans l’obscurité. Ces pratiques perturbent profondément le rythme biologique et l’horloge interne des jeunes pigeons, entraînant des troubles du sens d’orientation.
On sait aujourd’hui, même si le problème de l’orientation n’est pas totalement élucidé, que le compas solaire joue un rôle central dans le retour au colombier. Ainsi, toute modification du schéma lumineux, surtout au début de ces manipulations, brouille la perception du soleil et dérègle ce mécanisme d’orientation.
Le week-end noir du 23 au 25 juin 1995
Tout ce qui précède concerne les pertes survenues avant ou pendant la période d’éducation des pigeonneaux. Mais il y a plus grave : des pertes massives ont également été enregistrées lors des concours.
Voler sans interruption pendant cinq ou six heures, sous une chaleur accablante, dépasse les capacités de la plupart des jeunes pigeons. Cela reflète en partie l’évolution du sport colombophile. Les concours de jeunes se sont développés au fil des ans jusqu’à devenir une spécialité à part entière, surtout pour les amateurs de demi-fond. La sélection repose désormais sur des critères tels que la précocité et la performance immédiate, souvent au détriment de la robustesse naturelle. La majorité des jeunes pigeons n’ont tout simplement pas hérité de qualités physiques suffisantes pour affronter les conditions actuelles de vol.
Les journaux ont rapporté des pertes catastrophiques lors des concours de Dourdan le week-end du 23 au 25 juin. On parle même de véritables désastres. Il est difficile d’en tirer des conclusions précises, mais il semble que, dans de nombreuses régions du nord de la France — que les pigeons de Dourdan devaient traverser —, le temps ait été particulièrement mauvais : brumes, brouillards, averses… À midi, presque aucun lâcher n’avait eu lieu dans cette zone (Cambrai, Arras, etc.).
Le concours s’est un peu mieux déroulé pour les vieux pigeons, ce qui est logique, mais il resta tout de même laborieux. À l’inverse, le concours d’Anvers sur Châteauroux se déroula normalement. Ce même week-end avaient également lieu deux concours internationaux : Pau (organisé par la Belgique) et San Sebastian (par les Hollandais).
Selon un article hollandais, celui de Pau s’est bien passé (premier prix à 930 m/min), alors que celui de San Sebastian tourna au désastre. Sur les 6 800 pigeons lâchés le vendredi, seuls 200 furent constatés le samedi soir et 565 le dimanche soir. Après deux jours de vol, il restait encore plus de 1 000 prix à attribuer ! L’auteur se demandait même si tous seraient remportés tant les conditions atmosphériques étaient mauvaises.
Différences et enseignements
Les pigeons de San Sebastian ont été lâchés le vendredi à 11 h, ceux de Pau le samedi à 9 h, pour une distance à peine différente (environ 30 km). Ces deux paramètres ne suffisent pas à expliquer un tel écart de résultats. Faut-il incriminer uniquement le vent, le brouillard ou les averses ? Peut-être, mais pas seulement.
Une seule personne me semble capable d’éclaircir scientifiquement la situation : le colonel Tamboreyn, auteur du remarquable travail Influences naturelles sur les concours de pigeons. Espérons qu’il soit encore actif dans ce domaine. Sinon, quelqu’un d’autre devra poursuivre ces recherches.
Les drames de ce week-end sont regrettables, d’autant plus s’ils ne nous apprennent rien. Il faut aussi interroger les moyens de transport. Par fortes chaleurs, les cabines express sont bien inférieures aux anciens wagons de train pour le bien-être des pigeons. Les études menées aux Pays-Bas ont été réalisées dans des conditions météorologiques normales ; elles ne valent donc pas pour des températures extrêmes.
Je suis convaincu qu’un problème de ventilation s’est ajouté à celui de l’agitation due à l’enlogement et à la rapidité du trajet — parfois 800 à 1 000 km d’une seule traite. Ces déplacements à vive allure provoquent un stress considérable pour les pigeons. Comme dit le proverbe : hâte et précipitation ne sont jamais bonnes conseillères.
Vive donc le transport par train, surtout pour les longues distances estivales ! La qualité de ce mode de transport a encore été confirmée lors du concours international de Barcelone 1995, où, malgré la chaleur, le vent et la distance, le concours s’est déroulé normalement (premier prix à 1 024 m/min, second à 1 015 m/min).
Quelques remarques finales
Le lâcher de San Sebastian, effectué à 11 h (et non l’après-midi), montre que les Hollandais semblent vouloir abandonner les lâchers tardifs auxquels je me suis souvent opposé. Le rapport évoque aussi la question de la division en secteurs : on constate que les pigeons de tête des courtes distances sont parfois battus par ceux des longues distances. J’ai déjà démontré, chiffres à l’appui, que ces tentatives d’égalisation artificielle sont inutiles.
En Belgique, la limite de classement est fixée à 800 m/min, conformément aux données scientifiques sur la vitesse minimale du pigeon. Aux Pays-Bas, au contraire, on continue de diviser la distance par la durée totale du vol, ce qui fait chuter les vitesses jusqu’à 700 voire 600 m/min — donnant une image totalement faussée du classement et un avantage démesuré aux longues distances.
Notice
D’après le professeur Van Grembergen, les grandes pertes de pigeonneaux en début d’année s’expliquent principalement par deux facteurs :
-
L’élevage hivernal, qui contraint les jeunes à voler et s’entraîner en plein hiver, dans des conditions contraires à leur nature.
-
Les manipulations artificielles de la lumière (allongement ou obscurcissement), qui perturbent leur horloge biologique et provoquent des troubles d’orientation.
[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen – Revue PIGEON RIT ]
Pour vous abonner au Magazine PIGEON RIT – Cliquez sur le bouton ci-dessous !

