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7 novembre 2025 Par admin

L’art de l’accouplement chez les pigeons voyageurs : consanguinité, croisement et jugement du colombophile

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Débutant :
Si les succès dépendent avant tout de la valeur individuelle du pigeon, ils reposent donc, en réalité, sur la qualité des parents, des grands-parents et de toute la lignée en tant que reproducteurs.
Je me demande alors si, en colombophilie, la base principale de la valeur d’un colombier ne réside pas dans l’art de bien accoupler ses pigeons.
Mais quelle est la meilleure méthode ? Faut-il pratiquer la consanguinité, le croisement, ou un accouplement intermédiaire, mi-consanguin, mi-croisé ?
Depuis plus d’un demi-siècle, tu as observé les méthodes des grands champions. Quelles conclusions en tires-tu ?

Victor :
Il faut d’abord distinguer le véritable champion de l’étoile filante.
Certains colombophiles connaissent quelques années de gloire avant de disparaître : souvent, c’est le hasard qui les a propulsés sur le devant de la scène.
Un accouplement fortuit entre un mâle et une femelle peut, parfois, produire une série exceptionnelle de pigeons de haut niveau. Ce fut le cas chez Fons Vissenberg de Brecht : un vieux mâle égaré, sans bague, accouplé par hasard à une femelle ordinaire, donna naissance à plusieurs cracks remarquables.

Je me souviens aussi de Jef Van Riel, qui venait de remporter un succès impressionnant à Libourne national (16 engagés, 16 prix, dont 6 dans les 10 premiers). Il me disait :

« Nous avons de bons pigeons, mais ils ne sont que des enfants à côté des as de Fons Vissenberg. »

Fons venait en effet de gagner, deux dimanches de suite, à Orléans et à Tours, les trois premiers prix avec une avance écrasante. Il n’avait pourtant que cinq veufs dans un petit colombier d’à peine un mètre carré !
Mais lorsque les parents, déjà âgés, disparurent, tout s’effondra. L’étoile s’éteignit, comme tant d’autres dans le monde colombophile.

Gust De Feyter, l’inoubliable manager du colombier Havenith, avait sans doute raison lorsqu’il disait :

« Un couple producteur exceptionnel est souvent, à brève échéance, la mort du colombophile. »

C’est pourquoi je suis partisan de changer chaque année les partenaires de mes reproducteurs et de mes voyageurs au naturel.


Débutant :
Crois-tu vraiment que ce soit une si bonne méthode pour se maintenir au sommet ?

Victor :
J’en suis absolument convaincu.
Mais cette méthode demande du courage et une grande discipline. Ce n’est pas chose aisée.
C’est pourquoi Pol Bostijn avait installé, dans un grand hangar, une vingtaine de loges individuelles : changer les couples dans un même colombier provoque souvent des bagarres !

Lorsqu’on procède à ces changements, il faut respecter certaines précautions.
Une bonne méthode consiste à être deux :
– l’un passe les pigeons et note,
– l’autre, les yeux bandés, évalue le sujet sans voir son origine.

Ainsi, on peut indiquer : pigeon lourd, respiration trop rapide, sternum court, ossature molle, reins faibles, plumage rêche, musculature dure ou plate… bref, tous les défauts décelables au toucher.


Débutant :
Mais pourquoi les yeux bandés ?

Victor :
Parce que cela permet d’éviter les préjugés.
L’origine, la beauté, le prix payé pour un pigeon influencent souvent notre jugement.
L’absence de conditionnement nous rapproche davantage de la vérité… et donc de la perfection — comme l’enfant, pur dans son regard, avant d’être influencé par le monde.

En appliquant souvent cette méthode, j’ai remarqué que les défauts se retrouvent fréquemment dans une même lignée. C’est une observation capitale pour tout colombophile attentif.


Débutant :
Pour les accouplements, ce constat me semble d’une grande importance. Mais quel défaut faut-il redouter le plus ?

Victor :
Chaque défaut est un handicap, surtout pour le demi-fond et le fond.
Mais puisque le pigeon vole, le plumage reste primordial : il doit être soyeux et souple, gage d’un vol fluide et économe en énergie.

Il faut aussi observer la vitalité des souches : certains pigeons résistent mieux au jeûne et conservent leur tonus après plusieurs jours sans nourriture, signe d’une santé robuste.

Autres indices à surveiller :
– un œil mat et peu vivant traduit une faiblesse,
– une aile disproportionnée au poids du corps, avec des rémiges trop larges ou mal ventilées, nuit à la performance.


Débutant :
J’en conclus que, pour toi, consanguinité ou croisement importent moins que l’absence de défauts.
Toutes les théories du monde ne valent rien si le pigeon n’est pas bien formé. Tu as d’ailleurs dit un jour :

« Le pigeon ne vole pas avec une carte de pedigree sur lui ! »

Victor :
Exactement.
Le pedigree est la science de ceux qui sont victimes du conditionnement.
La main du colombophile, voilà le véritable pedigree d’un pigeon.
Si elle n’est pas sévère, alors le pedigree ne vaut rien.

Il est vrai que certaines lignées concentrent un maximum de qualités et un minimum de défauts : c’est cette épine dorsale génétique qu’il faut préserver au sein de sa colonie.


À retenir :

  • L’origine ou le prix d’un pigeon ne doivent jamais influencer le jugement.

  • Ce qui compte avant tout, c’est l’absence de défauts et la vitalité.

  • Le colombophile doit savoir observer, sentir, et rester objectif.

  • Changer les accouplements chaque année stimule la diversité et évite la dégénérescence.

  • Plus la main du colombophile sera juste et rigoureuse, plus la qualité de ses pigeons augmentera.


[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]

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