Pigeon voyageur : le système du Dr. Bricoux est-il encore d’actualité ?

Le Dr. Bricoux de Jolimont fut l’un des plus grands champions de l’histoire du pigeon voyageur. Ses résultats exceptionnels dans les concours de fond ont marqué la colombophilie belge et inspirent encore aujourd’hui de nombreux amateurs.
Mais une question persiste : le système du Dr. Bricoux est-il encore actuel dans le contexte moderne du sport colombophile ?
Les origines du système Bricoux
Le Dr. Bricoux fut l’un des premiers à appliquer le système du veuvage chez les pigeons voyageurs. En tant que médecin, il maîtrisait parfaitement les bases de la santé et de la physiologie des oiseaux. Il savait traiter les maladies courantes et adapter l’entraînement à chaque période de l’année.
Certains estiment qu’il bénéficiait d’un avantage à une époque où la concurrence était moins rude. Pourtant, ses principes reposaient sur une observation minutieuse et une gestion intelligente de la forme.
Comparer ses résultats à ceux d’aujourd’hui reste difficile : les conditions de vol, la densité des participants et les méthodes d’élevage ont radicalement évolué. Mais l’esprit de son approche demeure d’une actualité étonnante.
Un système fondé sur la patience et la progressivité
Le Dr. Bricoux n’éduquait pas ses pigeonneaux. À l’époque, c’était une pratique courante : les jeunes n’étaient presque jamais joués avant l’âge d’un an.
Son système reposait sur une progression lente et réfléchie :
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Les pigeonneaux n’étaient pas entraînés avant leur première mue.
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Les yearlings étaient joués sur des distances de 200 à 250 km, en position de nid, jamais au veuvage.
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Les deux ans participaient à des concours de 400 à 600 km.
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À trois ans, les pigeons entraient dans la catégorie fond et grand fond.
Grâce à cette méthode, les pigeons du Dr. Bricoux pouvaient encore performer à six ou sept ans, preuve de leur robustesse et de leur endurance.
Ce principe d’épargne de la jeunesse est l’un des piliers de son système.
Le parallèle avec la méthode moderne
Aujourd’hui, rares sont les colombophiles capables d’une telle patience. Pourtant, ce modèle reste pertinent.
Dans nos colombiers modernes, nous éduquons les pigeonneaux dès leur première année, mais sans les surmener :
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Six concours entre 100 et 200 km suffisent à forger l’expérience sans “brûler” les jeunes.
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Les yearlings, joués au veuvage, disputent dix concours jusqu’à 400 km.
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À deux ans, après quelques vols d’entraînement, ils participent à des concours de 400 à 600 km.
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De trois à six ans, ils sont engagés sur les concours de fond et de grand fond, avant de rejoindre le pigeonnier d’élevage.
Ainsi, notre méthode s’inspire du système Bricoux, tout en l’adaptant aux réalités actuelles.
Des exemples concrets de réussite
Le célèbre “Bordeaux” illustre parfaitement cette philosophie :
Entraîné jusqu’à 150 km comme jeune et 260 km comme yearling, il s’est classé sept fois dans les 31 premiers Nationaux et fut encore cinquième as-pigeon national de fond à six ans.
Ses fils “Cahors” et “Flori” ont suivi la même formation, totalisant onze classements dans les 30 premiers provinciaux et sept dans les 100 premiers nationaux.
Cette lignée prouve que l’épargne, la discipline et la progressivité demeurent les clés du succès durable.
Le système Bricoux et la connaissance des pigeons
Le Dr. Bricoux possédait un sens exceptionnel de l’observation. Il connaissait intimement chacun de ses pigeons, leur caractère, leur résistance et leur comportement au vol.
Il n’avait pas besoin d’évaluer leurs performances avant trois ans pour savoir lesquels étaient prometteurs.
Pour les colombophiles d’aujourd’hui, il est conseillé de tester les pigeonnes pour estimer indirectement la valeur des jeunes mâles.
Les yearlings peuvent ensuite être jugés sur leurs résultats, tout en gardant à l’esprit qu’un futur champion peut se montrer irrégulier à cet âge.
Un système adaptable à la vitesse et au demi-fond
Le système Bricoux ne se limite pas au fond.
Il reste valable pour la vitesse et le demi-fond, à condition d’éduquer les jeunes progressivement jusqu’à 150 km et de les ménager avant deux ans.
Même si les pigeons de vitesse perdent un peu de rapidité avec l’âge, cela peut être compensé en augmentant légèrement les distances.
Un pigeon épargné peut rester compétitif jusqu’à 6 ou 7 ans, tout comme au temps du Dr. Bricoux.
Conclusion : un héritage toujours vivant
Le système du Dr. Bricoux n’est pas une méthode du passé, mais une leçon intemporelle de patience, de respect et de connaissance du pigeon voyageur.
Il nous enseigne que la réussite durable ne repose pas sur les traitements chimiques ni sur la sursollicitation, mais sur une gestion naturelle, progressive et intelligente de la forme.
En adaptant ses principes à nos conditions modernes, chaque colombophile peut prolonger la carrière et les performances de ses pigeons — exactement comme le faisait le grand maître de Jolimont.
À retenir :
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Le système Bricoux repose sur la patience, l’épargne et la connaissance du pigeon.
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L’éducation progressive des jeunes pigeons assure leur longévité sportive.
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Les principes de Bricoux s’appliquent encore à la vitesse, au demi-fond et au fond.
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La clé du succès reste la modération et la régularité dans l’entraînement.
[ Source: Article édité par M. Patrick Philippens – Revue PIGEON RIT ]
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