Pigeon voyageur : bien administrer la médication et les traitements collectifs

Les cures, préventives ou non, que les pigeons modernes reçoivent plus ou moins fréquemment au cours de l’année, sont diversement tolérées. La voie « eau de boisson », en particulier, peut poser certains problèmes.
En effet, si l’on diminue la dose prescrite par litre d’eau, la concentration devient insuffisante, rendant le traitement inefficace — et aggravant encore les choses, cela peut favoriser l’apparition de souches résistantes au médicament.
À l’inverse, si l’on augmente la dose, le goût ou l’odeur désagréable de certains produits provoquent parfois un refus de boire : certains pigeons préfèrent s’abstenir ou chercher une autre source d’eau plutôt que de consommer l’eau médicamentée.
Alors, que faire ?
1. L’eau de boisson : le vecteur le plus courant
L’eau de boisson reste le moyen le plus fréquemment utilisé pour un traitement collectif — c’est-à-dire pour tout le colombier. Elle présente l’avantage de la simplicité : l’eau fait partie de l’alimentation et tous les pigeons doivent boire.
Mais elle comporte aussi un inconvénient majeur : l’anonymat. Il est en effet difficile de vérifier si chaque pigeon a effectivement bu. Ce n’est souvent qu’après deux ou trois jours qu’un refus se manifeste, lorsque l’oiseau présente une attitude anormale qui attire l’attention de l’amateur.
Les doses absorbées varient également d’un individu à l’autre : un pigeonneau au plateau boit presque autant qu’un adulte, pourtant plus lourd. Cela peut entraîner un excès de médicament chez les plus petits.
La dose est généralement calculée sur la base de 1 litre d’eau pour 10 kg de poids vif, à une température extérieure ne dépassant pas 18 à 20 °C.
Au-delà, il faut diluer davantage le médicament, car les pigeons boivent plus. On mettra alors la dose prévue pour un litre dans 1,25 à 1,5 litre d’eau.
2. Masquer le goût des médicaments
Certains produits rebutent les pigeons par leur goût ou leur odeur. Il faut donc chercher à les masquer. On peut y parvenir en ajoutant à l’eau médicamentée un ingrédient au goût ou à l’odeur marquée, comme du sucre, du miel, de l’anis, de la cannelle ou un autre arôme familier.
Mais attention : il est essentiel que les pigeons connaissent déjà ce goût ou cette odeur.
La première fois qu’on sucre l’eau (ou qu’on y ajoute du miel), les pigeons hésitent, puis s’y habituent et finissent par l’apprécier. Il en va de même avec les complexes vitaminés, dont certaines vitamines (notamment la B) dégagent une forte odeur.
Après quelques administrations, les pigeons ne s’en soucient plus. Ainsi, pour qu’un médicament soit bien toléré, il doit être dissimulé sous une saveur familière. Si le goût ou l’odeur sont nouveaux, le résultat est nul. Voilà le véritable secret.
Lors de la première administration, il faut que les pigeons aient vraiment soif : on retirera donc l’abreuvoir quelques heures à l’avance, tout en empêchant tout accès à d’autres sources d’eau (ce qui pourrait être dangereux : mazout, produits phytosanitaires, etc.).
Il est aussi recommandé de supprimer les volées ou de les réduire au minimum, et de procéder à l’administration à jeun. Après tout, il ne s’agit que de quelques jours de traitement.
3. L’administration sur les graines
Certains produits sont insolubles dans l’eau. À défaut de pouvoir les donner sous forme de comprimés — tâche fastidieuse, surtout si elle doit être répétée matin et soir — on peut les administrer sur les graines.
Les graines sont alors préalablement huilées (huile d’arachide, de maïs ou de tournesol) puis soigneusement mélangées pour assurer une répartition homogène.
Elles sont ensuite distribuées comme nourriture unique pendant plusieurs jours. Cette méthode est généralement bien acceptée et ne provoque pas de réaction secondaire.
On l’utilise pour certains vermifuges ou antimycotiques (contre les champignons et levures : aspergillose, candidose), souvent peu odorants et de goût neutre.
Cette technique présente toutefois une limite : les pigeons malades, qui ne mangent plus ou presque plus, n’en bénéficieront pas.
Dans ce cas, il faut les isoler et les soigner individuellement, en leur administrant le produit pur sous forme de boulettes, par exemple.
4. Les comprimés, gélules et pilules
L’administration sous forme de comprimés ou gélules est plus complexe.
Certains produits sont mal tolérés : le pigeon les vomit facilement, comme il le fait pour nourrir ses jeunes. L’expulsion survient souvent quelques minutes après l’administration.
Pour limiter ce phénomène, on enrobe parfois les comprimés d’une pellicule neutre (cellulose, gomme arabique, etc.) résistante à l’eau et aux sucs digestifs jusqu’au broyage dans le gésier.
Mais ce refus semble être avant tout un réflexe de méfiance : le pigeon, tel un enfant devant un aliment inconnu, rejette ce qu’il ne connaît pas.
Curieusement, certains produits très mal tolérés en comprimés passent sans problème lorsqu’ils sont donnés dans l’eau.
Pour éviter le vomissement, on peut donner les comprimés à jeun, puis immédiatement après un léger repas (quelques grains de maïs). Il est également conseillé de laisser les pigeons voler aussitôt après.
À noter que seuls les adultes ou jeunes adultes vomissent ; les jeunes au nid ou récemment sevrés le font rarement.
Il est enfin utile d’ajouter simultanément dans l’abreuvoir un complexe vitaminé ou un élixir connu et apprécié, afin d’aider à la tolérance du traitement.
5. Le bain et l’habituation aux odeurs
Terminons par le problème du bain.
Beaucoup de sels ou poudres de bain sont parfumés, ce qui peut pousser certaines colonies à refuser de s’y baigner.
Pour éviter cela, il suffit d’habituer les pigeons à l’odeur en saupoudrant un peu de poudre ou de sel de bain dans la case ou sur le plateau.
Ainsi familiarisés à l’odeur, ils accepteront le bain sans réticence, pour le plus grand bien de leur plumage et de leur hygiène.
Dr. Vét. J.-P. Stosskopf
Notices importantes
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Respectez toujours la dose prescrite pour un traitement par voie d’eau de boisson.
Elle est calculée sur la base de 1 litre d’eau pour 10 kg de poids vif, soit environ 20 pigeons (chaque pigeon buvant entre 40 et 50 cl d’eau par jour à 18–20 °C). -
Par forte chaleur, diminuez la concentration du médicament en augmentant la quantité d’eau de 25 à 50 %.
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Lorsqu’un médicament est administré sous forme de comprimé ou gélule, surveillez tout risque de vomissement. Pour l’éviter, donnez le produit à jeun, suivi d’un léger repas, et laissez ensuite les pigeons voler librement.
[ Source: Article édité par Dr. J.P. Stosskopf – Revue PIGEON RIT ]
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