La théorie lunaire chez les pigeons voyageurs : mythe ou réalité scientifique ?

Dans le courant de l’année 1988, j’ai été confronté pour la première fois, au fil de mes lectures provenant de deux sources différentes, à ce que l’on appelait alors la théorie lunaire. Il semblait que le sport colombophile venait de s’enrichir d’une nouvelle idée, bien que je découvris plus tard que le livre Le Pigeon Voyageur de B. Parasie (1925) en faisait déjà mention.
Cette théorie repose sur l’idée que la position de la lune au moment de la naissance du pigeon serait déterminante pour son avenir. Mais dès le départ, cette hypothèse a divisé les colombophiles : une école (Para Astra) recommande la naissance des pigeonneaux pendant le premier quartier de lune, tandis qu’une autre (soutenue par l’Anglais Belding) privilégie la pleine lune ou le dernier quartier. On peut affirmer en toute sérénité qu’aucune de ces deux tendances n’est réellement fondée.
Il est connu depuis toujours que la lune exerce une force d’attraction sur la Terre, visible à travers les marées et les légers mouvements ascendants et descendants de vastes zones terrestres. Mais au-delà de ces phénomènes physiques, rien ne prouve que la lune ait une quelconque influence sur les êtres vivants — ni sur les plantes, ni sur les animaux. Concernant les végétaux, certains évoquent une possible influence, notamment à travers la fameuse “lune rousse”, mais cette interprétation est largement erronée.
Pendant le mois d’avril, il arrive que les bourgeons des arbres fruitiers soient brûlés par les gelées nocturnes et deviennent roux. Comme ce phénomène coïncide souvent avec une lune rougeâtre, beaucoup en ont conclu, à tort, que la lune en était responsable. En réalité, la cause est tout autre : la lune ne produit pas sa propre lumière et ne dégage aucun rayonnement rougeoyant. Ce sont nos météorologues qui nous rappellent régulièrement l’explication véritable. Par ciel dégagé, lorsque la lune est bien visible, le rayonnement de chaleur du sol est intense, ce qui provoque un fort refroidissement nocturne et donc le gel des bourgeons. À l’inverse, lorsque la lune est invisible parce que cachée par les nuages, la perte de chaleur est limitée grâce à l’effet de serre, réduisant ainsi le risque de gel.
La théorie lunaire n’a pas davantage de fondement lorsqu’il s’agit des animaux ou des êtres humains. Notre destin, tout comme celui des animaux, n’est pas écrit dans les étoiles, ni influencé par la position de la lune ou le signe zodiacal au moment de la naissance. Une telle croyance contredit tout ce que nous enseigne la génétique.
En réalité, deux grands groupes de facteurs déterminent l’aspect et les capacités d’un être vivant :
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Les caractères héréditaires (les gènes)
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Le milieu, c’est-à-dire l’environnement dans lequel l’animal vit
Les caractères génétiques sont transmis par les parents à leur progéniture lors de la fécondation, au moment où un ovule est fécondé par un spermatozoïde. Ces gènes constituent la base de ce que l’animal sera — ou pourra devenir. Les circonstances extérieures n’ont aucune influence sur les gènes, et la transmission de l’hérédité n’est pas affectée par l’époque de l’année.
Tout bien considéré, la théorie lunaire n’est qu’une superstition. Ses défenseurs s’appuient sur des arguments empruntés à l’astrologie — une pseudo-science sans aucun rapport avec l’astronomie, l’étude véritable des astres.
Dans le domaine colombophile, cette croyance peut paraître charmante : celui qui y croit y trouve peut-être du plaisir, comme on s’adonne à un passe-temps inoffensif. Mais dès que l’on tente d’appliquer ces idées aux êtres humains, le sujet devient autrement plus sérieux. Imaginons un instant que certaines entreprises recrutent leur personnel en fonction de la position de la lune ou des étoiles au moment de la naissance, de la lecture des lignes de la main ou d’autres combinaisons farfelues : la situation deviendrait absurde.
C’est d’ailleurs face à cette dérive que deux cents Prix Nobel ont décidé de réagir. Inquiets de l’essor de l’astrologie dans le monde, ces savants ont déclaré :
« À ceux qui veulent croire en l’astrologie, nous rappelons qu’il n’existe aucun fondement scientifique à ces études. Il est faux de penser que la position des astres peut influencer notre avenir. Les corps célestes n’affectent en rien nos activités, ni la réussite ou l’échec de nos entreprises, et les constellations sous lesquelles nous naissons n’ont aucune incidence sur nos relations humaines. »
Difficile d’être plus clair !
Prof. Dr. G. Van Grembergen
Notices :
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Les caractères héréditaires (gènes) sont transmis à toute nouvelle créature par ses parents au moment de la fécondation.
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Les circonstances extérieures ou l’époque de l’année n’ont aucune influence sur la transmission des caractères héréditaires.
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Notre destin, comme celui des animaux, n’est pas inscrit dans les étoiles. Il n’a rien à voir avec la position de la lune ni avec le signe zodiacal sous lequel nous sommes nés.
[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen– Revue PIGEON RIT ]
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