Pigeon Voyageur : Influence du Vent et de la Masse sur les Résultats en Concours Colombophile

La masse a certainement une influence lorsqu’il s’agit de gagner des prix. Le pigeon qui dispose de la plus grande force, d’une meilleure endurance et d’une capacité d’orientation supérieure sera toujours avantagé : c’est lui qui quittera le premier cette « masse » lorsque celle-ci dévie de la ligne de vol.
Débutant :
Au local colombophile, j’ai assisté à une discussion très animée entre amateurs. Certains prétendaient être fortement désavantagés parce qu’ils habitent dans la partie Ouest du rayon.
Ils disaient : « Nos pigeons, au lieu d’arriver de la bonne direction, nous viennent toujours de l’Est ! »
Les amateurs de l’Est du rayon répliquaient aussitôt : « Les nôtres aussi, donc les nôtres sont meilleurs ! »
Que penses-tu de cette discussion ?
Victor :
Ma longue expérience m’a appris qu’il existe plusieurs facteurs qui peuvent influencer les résultats dans le rayon d’une société :
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Le vent
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La masse
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L’heure du lâcher
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Les soins et l’hygiène dans les locaux d’enlogement
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La topographie du terrain
Débutant :
Parlons d’abord du vent — qui, neuf fois sur dix cette année, a soufflé de l’Ouest — et qui est à l’origine des temps pluvieux que nous avons connus durant cet « été » !
Victor :
J’ai un ami, Frits De Winter, qui habite à Saint-Amands-sur-l’Escaut, à une trentaine de kilomètres d’Anvers, exactement sur la ligne de vol de Quiévrain à Anvers. C’est un excellent colombophile, sage, expérimenté et pondéré dans ses jugements. Voici ce qu’il a observé :
« Certains dimanches, nous voyons passer les milliers de pigeons d’Anvers lâchés à Quiévrain à 8 heures. Ils volent en grosses bandes — un pigeon isolé est rare. Ces masses groupées ont alors parcouru les deux tiers du vol, soit environ 70 km. Nous observons ce phénomène lorsque le temps est calme, sans vent latéral. Mais lorsque le vent souffle de côté, nous ne voyons aucun pigeon : ils sont déjà déviés de plusieurs kilomètres de leur ligne de vol. »
Débutant :
Comment expliquer cela ? Pourquoi quittent-ils leur ligne de vol ?
Victor :
Je pars du principe que ce que fait le pigeon est toujours bien fait. Il ne quitte pas sa ligne de vol pour « faire du tourisme » ! Il la quitte pour arriver plus vite et avec moins de fatigue. Car je crois qu’un pigeon souffre lorsqu’il doit constamment forcer davantage d’une aile que de l’autre.
Débutant :
Cela me semble très logique.
Victor :
En partant de ce principe, on peut expliquer la déviation de la ligne de vol — déviation d’autant plus grande que le vent pousse fort d’un côté. Sur 100 km, par vent latéral, la masse des pigeons peut dévier de 5 à 10 km selon la force du vent. Sur 300 km, elle peut dévier de 30 km, et bien davantage sur des parcours plus longs.
C’est, à mon sens, la seule explication au fait que même les colombophiles situés dans la partie favorisée du rayon voient leurs pigeons arriver de la direction opposée au vent dominant.
Débutant :
Mais il est évident que le pigeon le plus puissant, le plus endurant et doté de la meilleure faculté d’orientation sera le premier à quitter cette masse déviée de sa trajectoire.
Victor :
En effet. Mais il est tout aussi évident que le pigeon qui devra parcourir la plus grande distance pour rejoindre la ligne de vol menant à son colombier sera désavantagé.
Supposons un concours de 300 km par vent d’Ouest. Les pigeons font une vitesse moyenne de 1400 m/min. En réalité, ils ont volé à 1500 m/min pendant une partie du trajet, puis terminent à 1100 m/min contre le vent. Qu’en penses-tu ?
Débutant :
Cela me paraît irréfutable. Il faudrait demander à notre ami Georges De Paduwa s’il existe une solution à ce problème — si tant est qu’il y en ait une !
Victor :
Je pense que la subdivision du rayon en zones pourrait, dans certains cas, réduire les frictions entre colombophiles à ce sujet. Mais passons maintenant à l’influence de la masse.
Débutant :
Je me souviens que ton ami Victor Torrekens disait que l’influence de la masse jouait souvent un rôle plus important que celle du vent dans la distribution des prix. Selon lui, l’instinct grégaire du pigeon constitue un handicap difficile à surmonter.
Victor :
Je crois que la précision de l’instinct d’orientation, la motivation et surtout l’entraînement peuvent partiellement contrer cette tendance naturelle à rester groupé.
Regarde William Geerts : ses prouesses à l’Union d’Anvers sont éblouissantes. Il entraîne ses pigeons en les lâchant individuellement, parfois jusqu’à plus de 150 km.
Je vais te citer un exemple qui illustre parfaitement l’influence de la masse.
Il y a bien des années, lorsque le regretté Félix Goris présidait l’Union d’Anvers, le premier concours — début mai — se jouait sur Saint-Denis. L’Union était la seule société à jouer cette étape : environ un millier de pigeons en concours. Le temps était calme sur toute la ligne de vol, mais les prix s’enlevaient aussi lentement que lors d’un vol désastreux.
Que s’était-il passé ?
Mon ami Gaston Sécretin, président de l’Indépendante de Liège, m’apprit que l’agglomération liégeoise avait lâché plus de 10 000 pigeons à Saint-Denis, à la même heure que ceux de l’Union d’Anvers !
Félix Goris et le convoyeur furent sévèrement critiqués pour ce lâcher mal coordonné — même si le président n’y était pour rien, ayant simplement demandé un lâcher à 7 heures.
L’influence de la masse fut ici la cause d’un concours extrêmement irrégulier.
Débutant :
Tout cela montre combien il est important que nos dirigeants de sociétés se consultent dans un esprit de collaboration, afin de résoudre au mieux les problèmes que peuvent causer, dans leur rayon, le vent et la masse.
Victor :
Le déclin — et parfois la disparition — d’une société colombophile provient souvent du fait que ses dirigeants n’étudient pas à fond ces problèmes essentiels.
Nous avons vu qu’en dehors du vent et de la masse, d’autres facteurs peuvent encore désavantager certains colombiers :
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L’heure du lâcher
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Les soins et les conditions dans les locaux d’enlogement
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La topographie sur le chemin du retour
De tout cela, nous reparlerons une prochaine fois.
— Noël De Scheemaecker
Note complémentaire :
Gaston Sécretin est décédé juste avant la saison sportive 1980. Grand champion, personnalité marquante de la région liégeoise et pilier du monde colombophile wallon, il fut président de l’Indépendante de Liège durant trente ans et premier vice-président de la Fédération Colombophile Belge pendant seize ans.
Homme de cœur et de conviction, il a consacré sa vie à la colombophilie. Ceux qui l’ont connu se souviennent d’un grand ami des pigeons et d’un dirigeant exemplaire.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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Le sens d’orientation des pigeons voyageurs

