La perte de bons pigeons voyageurs

S’il y a bien une chose que je ne puisse accepter en colombophilie, c’est la perte d’un bon pigeon auquel je tiens tout particulièrement. Un mauvais résultat, cela, je peux encore le digérer.
C’est la glorieuse incertitude du sport. Toutefois, cela ne doit pas nous empêcher d’essayer de découvrir les causes d’un échec. Il en va de même pour la perte d’un bon pigeon : parfois, l’explication saute aux yeux ; parfois, elle demeure un mystère.
Combien de fois n’entend-on pas la sempiternelle réflexion : « Encore un coup de poisse ! »
La perte d’un bon pigeon me préoccupe pendant des mois — non pas parce que je ne l’ai pas digérée, mais parce que je trouve passionnant d’apprendre à mieux connaître un pigeon ou une lignée, dans l’espoir de ne plus reproduire la même erreur.
L’année précédente, nous avons perdu deux bons pigeons : le 43 et le Play Boy. Mais je commencerai par l’histoire de notre Perpignan.
Recueillie à Ibiza, aux Baléares
Notre Perpignan est une excellente femelle de fond, née en 1989. Elle remporta, entre autres, en 1992 un deuxième interprovincial de Perpignan (245 p.) et, en 1993, un deuxième provincial de Barcelone (439 p.).
En 1994, nous avions décidé de ne pas l’enloger pour l’étape catalane, car elle n’avait pondu qu’un seul petit œuf. Ma réflexion fut simple : si elle avait été en parfaite condition, elle aurait pondu normalement.
Elle resta donc tranquillement à la maison et pondit deux œufs normaux lors de son élevage hivernal 1994-1995.
Pour le Brive national, elle n’avait de nouveau pondu qu’un seul petit œuf. Elle revint le lendemain matin, hors des prix, mais en parfaite condition. Ensuite, elle fut réaccouplée en prévision de Barcelone. Après une huitaine de jours, un premier œuf fut pondu.
Le couple accepta les œufs sans problème, et tout se déroula à souhait, jusqu’au moment où, une semaine avant l’enlogement de Barcelone, un oiseau de proie enleva le mâle de la Perpignan.
Nos projets tombaient à l’eau… quoique la femelle continua de couver, à notre grand étonnement. Voyant cela, mon père fit en sorte qu’elle ne reste pas en permanence sur ses œufs, et parfois, il la prenait pour la relâcher à quelques kilomètres du colombier. À chaque fois, elle rentrait comme une fusée.
Elle était réellement motivée, et la tentation était grande de l’enloger malgré tout pour cette fameuse étape catalane.
Une expérience… oui, j’allais tenter une expérience, bien que je n’aime guère ces circonstances un peu forcées.
Barcelone fut libéré comme prévu et le déroulement de la course fut rapide, malgré les fortes chaleurs.
Mais la Perpignan ne revint pas !
Je ne m’en fis pas trop de mauvais sang, puisqu’elle ne pondait ni normalement ni régulièrement.
Au début du mois d’octobre, je reçus un coup de téléphone : la Perpignan avait été recueillie à… Ibiza, aux Baléares !
Ibiza se situe à environ 300 km de mer, au sud-est de Barcelone. Il ne fut pas aisé de la faire revenir, mais, finalement, cela fut possible. À la fin du mois de décembre, Perpignan retrouva donc ses chères pénates.
Elle était aux anges, mais visiblement, elle ne s’était pas amusée durant son séjour à Ibiza : il lui restait encore deux grands couteaux de chaque côté à muer, ainsi que quatre plumes de la queue.
Malgré le changement de climat et les gelées de fin décembre en Belgique, Perpignan se mit rapidement à muer. En huit jours, elle était presque chauve ! Elle avait jeté l’avant-dernière plume de chaque aile, les quatre plumes de la queue et un tas de petites plumes. Les dixièmes rémiges repoussèrent quelques semaines plus tard.
Bien que ce phénomène soit connu chez un pigeon ayant vagabondé pendant des mois, je ne m’attendais pas à pareille chose. Elle était restée cinq bons mois dans un autre colombier où elle aurait pu muer normalement, et ici, l’hiver battait son plein !
Elle aurait pu souffrir du froid avec son vieux plumage, alors qu’il gelait à pierre fendre. C’est peut-être ce qui l’a poussée à se procurer rapidement un nouveau manteau plus chaud…
Nous l’avons simplement laissée au colombier, tout en veillant à ce qu’elle soit bien nourrie avec un bon mélange.
Elle n’a connu aucun problème malgré l’hiver.
Actuellement, elle se présente fort joliment. À la mi-avril, elle a même pondu deux œufs normaux après une injection d’hormone gonadotrope (Folligon d’Intervet).
Un caractère spécial
Un autre épisode marquant fut celui du Play Boy.
C’était un pigeon particulièrement séduisant, un vrai play-boy. Déjà pipant, il était notre favori.
Comme yearling, il remporta huit prix sur quinze et décrocha le titre de 1er as-pigeon de l’Olympia Cup de La Vie Colombophile.
C’était un pigeon au caractère facile et agréable.
Apparemment, Play Boy prit la grosse tête durant l’hiver, car l’année suivante, lors de la remise en route, il commença à se comporter étrangement.
Lors du premier entraînement (30 km), monsieur rentra trois bonnes heures après tous les autres veufs.
Nous l’examinâmes sous toutes les coutures sans rien trouver d’anormal.
Quelques jours plus tard, second lâcher sur 50 km : tous les veufs, y compris les yearlings, revinrent rapidement.
Mais Play Boy trouva bon de déloger complètement pour ne se présenter que le lendemain matin, vers 11 h, fier comme un paon.
Ce fut pourtant l’un de mes plus beaux jours de la saison 1995 !
Je ne l’oublierai jamais : il vola à son casier, rond comme une balle, et plein de vie.
Les deux entraînements suivants (70 km) avec le club se déroulèrent parfaitement : il rentra dans les temps.
Nous pensions alors qu’un bon pigeon, c’est parfois un enfant terrible.
Il se classa dans les prix sur Crépy (266 km), vola en tête sur Marne-la-Vallée (5e/722 p.), puis enchaîna Orléans (1er/829 p.) et Vierzon (14e/449 p.).
Lors du Châteauroux semi-national, il fit prix par cinq et quinze jours plus tard se classa 32e sur 1 185 p. à Clermont-Ferrand (586 km).
Cette étape, disputée avec un vent du nord, fut sélective. Pourtant, Play Boy ne montra aucun signe de fatigue et n’était jamais revenu marqué d’un concours.
Deux semaines plus tard, il fut enlogé pour le Derby de Limoges (641 km)… et ne revint jamais.
Nous n’avons trouvé aucune explication à cette perte, si ce n’est qu’il avait peut-être reproduit son comportement erratique du début de saison.
Un vrai bon pigeon possède toujours un caractère spécial.
Montauban et Narbonne
Tombé au champ d’honneur… quelle belle expression !
Notre 43 a dû, lui aussi, s’en convaincre.
C’était un veuf de cinq ans, fort de douze concours de fond, dont huit prix par dix.
Jusque-là, il n’avait jamais failli.
L’année précédente, nous avions prévu de le verser à l’élevage après sa dernière campagne sportive.
Tout marcha comme sur des roulettes :
il se classa 24e/829 p. à Orléans régional, 23e/2 205 p. à Brive, puis 29e/5 553 p. au Montauban national.
Narbonne fut toujours sa meilleure étape, même s’il lâchait systématiquement sa quatrième plume juste avant l’enlogement ou durant son séjour au panier.
D’ordinaire, nous n’enlogions jamais un pigeon ayant perdu sa quatrième rémige, mais avec le 43, on pouvait se le permettre.
Comme à l’accoutumée, il perdit sa plume quelques jours avant l’enlogement.
Nous l’observâmes attentivement : aucune petite plume dans le casier, aucune baisse de forme.
Et pourtant, il ne revint jamais de son dernier concours.
Quelle en fut la cause ?
En comparant tous nos pointeurs de Montauban et de Narbonne, nous avons constaté que nos vrais pigeons de tête du national de Montauban se classaient rarement prix par dix à Narbonne.
Souvent, ils rataient leur prix et parfois ne revenaient jamais.
Inversement, les meilleurs de Narbonne s’étaient souvent annoncés en deuxième moitié de classement à Montauban.
Quand nous parlons de « vrais pointeurs », nous désignons des pigeons capables de se classer prix par cinquante.
Comme chacun le sait, quatre semaines séparent le national de Montauban (début juillet) de celui de Narbonne (fin juillet).
Je pense que cet intervalle est idéal pour les pigeons dont la forme doit encore monter, mais trop long pour un pigeon déjà au sommet.
Nous pouvons en conclure qu’un pigeon ayant volé Montauban en tête doit être réenlogé plus rapidement — dans un délai de deux à trois semaines — sur un autre national de fond.
Voilà encore une chose que nous aurons apprise…
Patrick Philippens
[ Source: Article édité par M. Patrick Philippens – Revue PIGEON RIT ]
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Les pertes des pigeons voyageurs

