Pigeons voyageurs lapprentissage individuel plus efficace que le vol collectif
1 novembre 2025 Par admin

Pigeons voyageurs : l’apprentissage individuel plus efficace que le vol collectif

Pigeons voyageurs lapprentissage individuel plus efficace que le vol collectif

Depuis plusieurs décennies, les chercheurs du monde entier s’efforcent de percer le mystère de l’orientation des pigeons voyageurs. Ces oiseaux, capables de regagner leur colombier à des centaines de kilomètres, continuent de fasciner autant les scientifiques que les colombophiles.
Malgré la richesse des études menées, le dialogue entre les laboratoires de recherche et le monde colombophile demeure très limité. En effet, la plupart des travaux portent avant tout sur les mécanismes physiologiques de l’orientation — perception du champ magnétique, repérage solaire, signaux olfactifs ou encore mémoire visuelle — sans se traduire directement en conseils pratiques pour les éleveurs.
Les résultats restent souvent fragmentaires, parfois contradictoires, et ne permettent pas toujours d’expliquer pourquoi certains concours se soldent par des pertes massives, même par beau temps.

C’est dans ce contexte qu’une étude britannique, publiée par A. N. Banks et T. Guilford dans les Proceedings of the Royal Society of London B (2000, vol. 267, p. 2301-2306), a attiré l’attention du milieu colombophile. Les auteurs y examinent une question essentielle : un pigeon inexpérimenté peut-il apprendre à s’orienter simplement en suivant un congénère expérimenté ? Autrement dit, existe-t-il une véritable transmission de savoir entre pigeons ?

Méthodologie expérimentale

Les chercheurs ont travaillé avec un effectif total de 100 pigeons.
Soixante d’entre eux ont d’abord été habitués à leur environnement par des vols libres autour du colombier, puis soumis à un entraînement initial : un lâcher collectif et deux lâchers individuels depuis deux points situés à 4 km du colombier.
Les quarante autres pigeons ont ensuite été divisés en deux groupes distincts :

  • Lot 1, entraîné à partir d’un point A, distant de 10 km ;

  • Lot 2, entraîné depuis un point B, situé à 13 km mais dans la direction opposée au point A.

Chaque lot a réalisé cinq lâchers collectifs et quatre lâchers individuels, totalisant ainsi neuf expériences de vol avant le début de l’étude principale.

Étape 1 : Lâchers par paires

Les chercheurs ont formé des couples de pigeons selon trois combinaisons :

  • E + E : deux pigeons expérimentés du lot 1 (ayant déjà volé depuis le point A) ;

  • E + N : un pigeon expérimenté du lot 1 associé à un pigeon « naïf » du lot 2 (n’ayant jamais volé depuis le point A) ;

  • N + N : deux pigeons naïfs du lot 2.

Chaque paire a été relâchée du point A. Les chercheurs ont mesuré trois paramètres :

  1. La direction prise au moment où les oiseaux disparaissaient à l’horizon (à l’aide d’un compas) ;

  2. La vitesse moyenne de vol (mètres/minute) ;

  3. Le comportement social, c’est-à-dire s’ils restaient ensemble ou non jusqu’au retour.

Les résultats obtenus sont particulièrement révélateurs :

Type de paire Direction prise Vitesse moyenne (m/min) Départ ensemble Arrivée ensemble
E + E Vers le colombier 915 100 % 100 %
E + N Vers le colombier 831 100 % 90 %
N + N Opposée au colombier (180°) 142 100 % 0 %

Analyse

Les paires E + E et E + N se comportent globalement de manière similaire : toutes s’orientent correctement vers le colombier. En revanche, les N + N se montrent complètement désorientés, prenant une direction inverse.

Le pigeon naïf associé à un expérimenté semble simplement suivre ce dernier par instinct grégaire, sans réelle acquisition d’expérience personnelle. Le vol étant court (environ 15 minutes), il atteint le colombier « par hasard », sans avoir développé de repères. Les chercheurs suggèrent d’ailleurs de répéter l’expérience sur des distances plus longues pour déterminer à quel moment le pigeon naïf cesserait de suivre son partenaire.

Le comportement des paires N + N est particulièrement instructif : leur trajectoire laisse penser qu’ils confondent le lieu de lâcher avec celui d’un entraînement précédent (le point B). Autrement dit, leur mémoire topographique les trompe — preuve qu’un entraînement cohérent, effectué le long d’une même ligne de vol, est déterminant dans la formation du sens de l’orientation.

Les chercheurs soulignent également qu’à l’avenir, l’usage de balises GPS miniaturisées permettra d’observer en détail ces interactions : moment précis où les paires se séparent, trajectoires de retour, et comportement individuel du pigeon naïf.

Étape 2 : Lâchers individuels

Les pigeons ayant participé à l’étape précédente ont ensuite été relâchés seuls, toujours depuis le point A. Les mesures de direction et de vitesse ont été reprises :

Type de pigeon Direction moyenne Vitesse moyenne (m/min)
E (expérimenté) Vers le colombier 915
N (ex-paire E+N) Aléatoire 228
N (ex-paire N+N) Aléatoire 240

Les résultats sont sans équivoque : les pigeons expérimentés retrouvent le colombier sans difficulté, tandis que les pigeons naïfs — qu’ils aient volé avec ou sans mentor — demeurent désorientés. Le simple fait de suivre un congénère expérimenté n’a donc pas favorisé l’apprentissage de l’orientation.

Enseignements et perspectives

Ces observations invitent à reconsidérer certaines pratiques colombophiles :

  1. Les entraînements mixtes (vieux + jeunes) n’ont pas de réelle valeur éducative pour les jeunes pigeons. Le vol en groupe masque leurs faiblesses d’orientation et limite leur apprentissage individuel.

  2. Les lâchers collectifs, souvent privilégiés pour des raisons pratiques, ne développent pas le sens de l’autonomie : certains pigeons suivent passivement le groupe sans mémoriser la trajectoire.

  3. L’isolement progressif est bénéfique : un pigeon habitué à voler seul résiste mieux au stress et apprend à s’orienter par ses propres moyens.

  4. Enfin, la familiarité avec le lieu de lâcher joue un rôle crucial : plus un pigeon a déjà volé depuis un point donné, plus sa performance en concours s’en trouve améliorée.

En conclusion, cette étude démontre que l’apprentissage de l’orientation chez le pigeon voyageur ne repose pas sur l’imitation ou le transfert direct d’expérience, mais sur l’accumulation individuelle de repères spatiaux et sensoriels.
Les technologies modernes, notamment les systèmes GPS ultra-légers, ouvrent aujourd’hui la voie à une compréhension fine des trajectoires et du comportement spatial des pigeons — une avancée prometteuse pour rapprocher enfin la science et la pratique colombophile.


ping gauche - pigeon - colombophilieL’orientation du Pigeon Voyageur. Etat actuel des connaissances – 1

ping gauche - pigeon - colombophilieL’orientation du Pigeon Voyageur. Etat actuel des connaissances – 2

ping gauche - pigeon - colombophilieSens de l’orientation – pigeon voyageur


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