Le courrier des lecteurs n°4– pigeon voyageur
Question :
Un lecteur bruxellois m’a adressé un courrier que je ne puis publier tant il est volumineux. Étant indépendant, il travaille le samedi et en partie le dimanche. Ses pigeonneaux ne se comportent pas mal. Les seniors et les yearlings pourraient mieux faire. Il possède douze « veufs », une cinquantaine de pigeonneaux et quelques reproducteurs. Il dispose du temps requis pour leur accorder une volée d’une heure, matin et soir.
Comme il est trop occupé le samedi, il doit se contenter de jouer Noyon le dimanche, soit environ 170 kilomètres pour Bruxelles.
Notre ami se sent frustré, estimant ne pas disposer d’assez de temps pour s’occuper pleinement de ses pigeons. Il écrit :
« Je ne côtoie que des retraités et des chômeurs de longue durée au local du club, des gens qui passent tout leur temps avec leurs pigeons et qui peuvent les porter chaque jour à de petites étapes d’entraînement. Peut-on encore rivaliser lorsqu’on ne peut pas faire ces petits entraînements ? Et dois-je conclure que je ne suis pas fait pour m’adapter au programme colombophile ? »
Mon correspondant ajoute de nombreux détails concernant sa manière de soigner et de nourrir ses pigeons, et se demande s’il doit corriger son système.
Tel est le résumé d’un long message, bourré de questions que je résumerais en une seule interrogation essentielle :
« L’amateur qui ne dispose que de peu de temps libre peut-il rivaliser avec ceux qui passent leurs journées entières au colombier ? »
Réponse :
J’ai pris le temps de réfléchir avant de formuler ma réponse.
En parcourant vos classements dans les concours, je constate que vos seniors et vos yearlings pourraient effectivement mieux faire, mais vous n’avez nullement à vous plaindre de vos pigeonneaux. Comme vous jouez depuis trois ans à peine, vous êtes encore un débutant.
N’oubliez pas que vos concurrents désirent autant que vous remporter de beaux prix, et que leurs pigeons ont des ailes comme les vôtres pour y parvenir. Les résultats de vos yearlings ne sont pas exceptionnels, mais ils restent honorables. Les yearlings forment une catégorie déjà sélectionnée plus sévèrement que celle des pigeonneaux, et il devient encore plus difficile de se classer parmi les seniors.
Former une bonne équipe de « veufs » en trois ans n’est pas chose facile — loin s’en faut. Beaucoup d’amateurs n’y parviennent même pas au cours de toute leur carrière colombophile. Il faut donc élever beaucoup et sélectionner avec rigueur : les bons pigeons sont rares. Si tous les bons pigeonneaux devenaient de bons yearlings, puis de bons seniors, il n’existerait plus de mauvais pigeons !
Mais venons-en au cœur du sujet.
Le temps disponible
Celui qui ne peut soigner ses pigeons comme il faut ne peut espérer récolter des succès dans le sport colombophile. Cela demande du temps, sans pour autant signifier qu’il faille être au colombier toute la journée.
Celui qui dispose d’un temps libre limité peut jouer avec succès, à condition de bien s’organiser.
De nombreux amateurs encore en activité professionnelle se distinguent dans les concours. Arrivés à la retraite, disposant de plus de temps, ils s’efforcent souvent de faire encore mieux. Mais parfois, tout se dégrade : ils construisent un nouveau colombier pour garder davantage de pigeons, et soudain plus rien ne va ! Pourquoi ?
Trop de pigeons, un manque de vision, une sélection insuffisante, ou simplement un programme mal réfléchi ?
Certains amateurs mériteraient de réussir tant ils consacrent de temps à leurs pigeons, jour et nuit… mais ils n’y arrivent pas. Comme beaucoup d’autres, j’ai moi-même été esclave de mes pigeons : je leur consacrais tout mon temps libre, et l’été, je ne terminais jamais avant 21 h ou 21 h 30.
Ces dernières années, j’ai beaucoup évolué, et mes pigeons n’en souffrent pas. J’essaie désormais de travailler de manière rationnelle et simple.
Mes colombiers de concours sont munis de caillebotis sous lesquels les fientes ne sont retirées qu’une fois par an.
Au colombier d’élevage et dans les volières, un treillis est posé à quarante centimètres du sol, et les casiers sont équipés d’une petite grille métallique, ce qui permet de ne nettoyer qu’une fois par semaine.
J’en ai fini depuis longtemps avec les petites fantaisies : poser un peu de dessert ou quelques cacahuètes dans les casiers après la volée, ou abreuver dans de petits pots individuels.
Les « veufs » volent régulièrement avec les jeunes mâles, et les femelles de concours avec les jeunes femelles.
Je ne respecte plus d’heures fixes pour ces exercices : si je n’ai pas le temps ou si cela ne m’arrange pas, les pigeons ne volent pas ce jour-là — et cela n’a aucune importance.
Il y a quelques années, je n’aurais jamais osé faire cela, persuadé que tout changement pouvait nuire à la forme des pigeons. Il n’en est rien, bien sûr.
Il m’a fallu du temps pour le comprendre.
J’ai également réduit au minimum la présentation des femelles avant la mise au panier. Le « veuf » qui rentre du concours alors que les femelles ont déjà été retirées ne verra pas la sienne : il n’avait qu’à revenir plus tôt !
Je pourrais citer mille et un exemples prouvant qu’il n’est pas nécessaire de disposer d’un temps illimité pour bien jouer.
Mais attention : cela ne veut pas dire qu’il suffit de travailler peu pour réussir. Les beaux classements ne tombent pas du ciel.
Peut-être faut-il avoir été esclave de ses pigeons pour apprendre à relativiser et trouver, enfin, le système qui convient le mieux.
Pigeonneaux à l’entraînement
Les pigeonneaux qui effectuent de bonnes volées et s’éloignent suffisamment n’ont pas besoin d’être entraînés à de petites étapes.
S’ils partent deux heures, ils travailleront plus intensément que lors d’un lâcher à 30 kilomètres.
Ce n’est toutefois pas mauvais de leur faire faire, de temps à autre, de petits entraînements.
Je suis convaincu que des pigeonneaux traités ainsi rentreront mieux des concours de vitesse, notamment lors de leurs premières participations. Une fois la saison lancée, ces petits entraînements contribuent toujours à leur bon comportement, à condition qu’ils continuent à bien voler à la maison.
Par petites étapes répétées, j’entends une ou deux fois par semaine sur 30 à 40 kilomètres.
Les pigeons ainsi entraînés rentrent vite : si l’on lâche deux groupes à cinq minutes d’intervalle, ils mettront presque le même temps pour rentrer après quelques étapes.
Si un groupe rejoint l’autre, c’est que la condition n’est pas bonne, estime l’ami Ad Schaerlaeckens.
Certains amateurs engagent leurs pigeonneaux une fois par semaine à un entraînement organisé par la société : c’est une bonne alternative pour ceux qui manquent de temps.
Concluons : les entraînements ne font pas de mal et peuvent même améliorer la forme des pigeonneaux, mais ils ne sont pas indispensables.
A. Roodhooft
Notice :
Pour participer avec succès aux concours, il faut soigner soigneusement ses pigeons.
Cela demande du temps, mais n’oblige pas à passer des journées entières au colombier.
Avec une bonne organisation, on peut obtenir d’excellents résultats, même en disposant de peu de temps libre.
[ Source: Article édité par M. André Roodhooft – Revue PIGEON RIT ]
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