Comment operent certains trieurs de pigeons
29 octobre 2025 Par admin

Comment opèrent certains trieurs de pigeons?

Comment operent certains trieurs de pigeons

En janvier 1937, une exposition colombophile internationale fut organisée à Cologne. De nombreux champions étrangers y furent invités pour trier les pigeons.
Sur la photo, de gauche à droite : Adolf Holz (Cologne), Franz Bonfigt (Cologne), Henry Landercy (Bruxelles), Carl Kratz (Amsterdam), Knud Holten (Copenhague), Noël De Scheemaecker (Anvers), Victor Van Sande (Herentals) et le Dr Weismantel (Cologne).

Chaque année, lorsque la mue touche à sa fin, les colombophiles se trouvent confrontés à un problème difficile dont la solution revêt une importance capitale pour l’avenir de leur colonie. On a trop de pigeons et il devient difficile de tous les garder durant l’hiver, car le risque de surpopulation est grand. Mais la grande question demeure : quels pigeons faut-il supprimer ? C’est tout l’enjeu. Tentons d’y répondre ensemble, tout en profitant de l’occasion pour en apprendre davantage.

Il faut d’abord se rappeler que les beaux pigeons ne sont pas nécessairement les bons, tout comme Miss Belgique, considérée comme la plus belle femme du pays, n’est pas pour autant la plus forte, la plus souple ou la plus saine ! Ne l’oublions jamais lorsque nous trions nos pigeons.
Chacun sait que le panier est le juge le plus sûr, et qu’il est infiniment plus facile de trier après avoir consulté les résultats. Pourtant, nous restons d’une faiblesse déconcertante lorsqu’il s’agit d’éliminer un pigeon qui est beau, ou qui provient de nos meilleures lignées.
Et parce que tous les oiseaux sont magnifiques après la mue, et que nous aimons conserver les jeunes issus de nos as, nous n’avons souvent pas le courage d’y aller franchement avec le couteau. C’est pourquoi il vaut mieux trier pendant la saison de concours : c’est à ce moment-là qu’on est le plus lucide, sans risquer d’être séduit plus tard par des apparences trompeuses.

Cependant, après la mue, il reste toujours toute une série d’oiseaux dont on ignore la véritable valeur sportive, soit parce qu’ils n’ont pas été joués, soit parce qu’ils ont été achetés récemment. D’autres, plus âgés, montrent des signes d’usure et ne sont plus en mesure de participer efficacement à la colonie.

Pour la sélection de tels pigeons, les connaissances de certains spécialistes peuvent s’avérer très utiles. C’est alors qu’interviennent les fameux trieurs — ces hommes courageux, car il en faut du courage pour risquer de déclasser un bon pigeon ! Et que n’ont-ils pas à entendre, parfois, après leurs jugements !
Je trouve d’ailleurs risible que certains trieurs se déclarent infaillibles : même les meilleurs se trompent souvent. Mais lorsqu’ils accompagnent leur jugement d’observations fines que l’amateur n’avait pas perçues lui-même, ils rendent alors un service réellement utile.

Les trieurs professionnels donnent leur avis sur la colonie dans son ensemble, mais aussi sur chaque pigeon examiné individuellement.
Malheureusement, tous ne prennent pas leur tâche à cœur. Certains travaillent à la va-vite, uniquement motivés par le désir d’examiner le plus grand nombre de pigeons dans un minimum de temps. Leur unique but est le profit immédiat, sans se soucier de savoir si leur travail mérite la rémunération demandée.
Heureusement, d’autres opèrent avec sérieux, comme s’ils se trouvaient dans leur propre colombier. Parmi ces travailleurs consciencieux, je citerai volontiers mon ami Jean Christiaens de Tongres, non pas parce qu’il est mon ami, mais parce qu’il peut servir d’exemple : il préfère refuser d’examiner des pigeons plutôt que de bâcler son travail.

Curieux de nature, les colombophiles observent les trieurs à l’œuvre, comme s’ils voulaient leur dérober leur secret du regard. Pour les lecteurs du Sport Colombophile, je souhaite mettre en lumière quelques points auxquels certains trieurs accordent une attention particulière.

Jean Christiaens se fie avant tout à la première impression qu’un pigeon lui laisse lorsqu’il le prend en main. Cette impression découle de la forme générale du sujet, de la tonicité des muscles et de la qualité du plumage.
Il accorde une importance majeure à la souplesse et à la forme de l’aile, ainsi qu’à l’expression du regard, où se reflète la personnalité du pigeon : un regard clair, vif et rayonnant de vitalité, signe distinctif de l’as par rapport au pigeon ordinaire.
Oui, il est agréable de converser avec Christiaens : il est sincère et exprime franchement ses opinions, ce que beaucoup de trieurs n’osent pas faire.
Le “Witten Boer” (le Blanc Paysan) de Borgerhout est lui aussi un connaisseur exceptionnel. Il possède une mémoire colombophile sans égale et un regard de véritable expert : lorsqu’il a vu un pigeon une seule fois, son image reste à jamais gravée dans sa mémoire. Cela demande une longue expérience et un don particulier.

On a connu d’excellents pigeons parmi les longs, les courts, les petits, les grands, les gros et même les maigres. Mais jamais un bon pigeon sans un regard clair et intelligent. Ce regard trahit la vivacité et un instinct fortement développé.
Savoir lire dans les yeux est un don rare, mais on peut progresser en observant attentivement les champions que l’on a la chance de rencontrer.
Il y aurait sans doute bien plus d’as-pigeons si on pouvait leur donner des lunettes et une carte géographique, car nombre de nos favoris manquent de bonne vue, même parmi les plus costauds !

On s’étonne parfois de voir certains pigeons ne jamais revenir de la bonne direction, ou arriver parmi les retardataires. Selon le Witten Boer, cela s’explique souvent par une vue défectueuse : l’oiseau, ne voyant pas assez loin, est désavantagé sur les quarante derniers kilomètres, lorsque la vision devient décisive.
C’est pourquoi, par temps sombre, il arrive que des pigeons de second ordre se classent en tête. Beaucoup de temps se perd sur ces derniers kilomètres lorsque le pigeon hésite ou suit des congénères égarés.
Sans bonne vue, pas de victoire. Les yeux ternes, sans éclat, sont le signe d’une faible valeur sportive. Quant aux yeux bruns où flotte une teinte de deuil, ils annoncent la décadence certaine de la lignée. Méfiez-vous-en comme de la peste !

Notre attention doit aussi se porter sur les plumes fendues. Il ne faut pas hésiter à écarter les femelles gravement atteintes, car ce défaut entraîne une perte de valeur génétique. Chez le mâle, c’est moins grave, mais il faut rester vigilant : le fendillement réduit la souplesse des rémiges, surtout si le dessous de l’aile est pauvre en plumes longues et larges.

Les organes de la gorge sont également d’une grande importance. Ils doivent présenter une teinte saine, sans signe d’inflammation. Une gorge rouge vif, une langue gonflée ou une respiration bruyante indiquent des troubles internes.
La respiration doit être lente, régulière, et à peine perceptible. De même, la solidité du dos et des reins est un indicateur essentiel : lorsque ces muscles deviennent mous ou affaiblis, l’oiseau est déjà un “vieillard”.

La forme de la tête est aussi révélatrice. Attention aux têtes séduisantes mais sans expression ! Ceux qui ont tenu en main de véritables champions savent ce que cela signifie.
On doit également accorder la plus grande importance à la largeur du bréchet, proportionnelle à la taille du pigeon. Plus le bréchet est large, plus l’ossature est solide. Et sans ossature solide, il n’y a pas de bon pigeon.

L’œil doit être vif et mobile : quand la pupille se contracte et se dilate régulièrement, c’est le signe d’un excellent système nerveux. L’arrière de la prunelle doit être bien éclairé — plus il l’est, plus la forme du pigeon est grande. Les bordures de l’œil doivent être nettes et bien dessinées.

Selon le “professeur” Frans Van Linden, auteur du célèbre ouvrage Le Recueil des secrets du sport colombophile, les organes de la gorge et de la respiration sont les meilleurs indicateurs — voire les seuls — pour juger de la valeur d’un pigeon.
Dès que ces organes sont enflammés, que la langue ne repose plus calmement dans la valve inférieure du bec, que le larynx s’élargit et que la gorge devient rouge vif, le moteur ne tourne plus à plein régime — pour reprendre ses mots, “il y a de la crasse aux soupapes, et le moteur perd de sa puissance.”

Il y a là beaucoup de vérité, mais il faut aussi tenir compte de l’état général du pigeon et des conditions saisonnières, qui influencent souvent ces observations. Frans Van Linden reste toutefois trop partial dans ses jugements. Ce n’est pas parce qu’un colombier regorge de pigeons à la gorge impeccable qu’il remportera des prix !
C’est une qualité importante, certes, mais non déterminante, surtout pour les concours de vitesse. Van Linden, trop focalisé sur cet aspect, en oublie d’autres, peut-être tout aussi essentiels — raison pour laquelle il n’a jamais réussi à se constituer un grand colombier.
Mais reconnaissons-lui le mérite d’avoir attiré l’attention des amateurs sur ce point, même si l’honneur d’en avoir parlé le premier revient à feu Sylvain Wittouck.


[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ] 

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