Pigeon Voyageur : La Méthode du Dr. Bricoux pour Sélectionner, Élever et Améliorer des Pigeons de Champion

L’hiver est toujours une période de réflexion pour tout colombophile. Mais pour un débutant qui souhaite comprendre le pigeon voyageur, il n’est pas toujours facile de savoir par où commencer. C’est pourquoi cette discussion entre un débutant et le colombophile Victor offre une leçon exceptionnelle sur l’élevage du pigeon voyageur, sur la sélection, sur l’influence du milieu, et sur la méthode du célèbre Dr. Bricoux, considéré comme un véritable maître dans l’histoire de la colombophilie moderne.
Pourquoi le Dr. Bricoux est une référence pour le pigeon voyageur
Le Dr. Bricoux reste un nom mythique dans le monde du pigeon voyageur. Bien qu’il ne possédait qu’un nombre limité de pigeons voyageurs, il rivalisait avec les plus grands champions de son époque. Sa force résidait dans la qualité de sa race et dans sa méthode d’élevage extrêmement réfléchie.
Dans ses notes, retrouvées par Victor, on découvre qu’il élevait plusieurs lignées prestigieuses de pigeons voyageurs : les Hirion de Solre-sur-Sambre, les André Sluys de Bruxelles, les Beeckman, les Carlier, les Baclène, les Rousseau, ainsi que les célèbres Sion de Tourcoing. Toutes ces lignées ont marqué la colombophilie et figurent encore aujourd’hui parmi les références pour quiconque veut améliorer la qualité de son pigeon voyageur.
La consanguinité selon Bricoux : une science maîtrisée
Selon le docteur, élever un pigeon voyageur en consanguinité est une méthode puissante… à condition d’être appliquée avec intelligence. Il insistait sur la nécessité d’introduire régulièrement “du sang neuf”, mais uniquement provenant d’un colombophile qui pratique lui-même la consanguinité.
Pourquoi ? Parce que croiser un pigeon voyageur consanguin avec une autre lignée elle-même consanguine stabilise les qualités, renforce les caractères recherchés et assure une homogénéité de haut niveau.
C’est exactement pour cette raison que croiser ses pigeons avec les fameux Janssen d’Arendonk, maîtres de la consanguinité depuis des décennies, donne souvent des résultats spectaculaires.
L’influence du milieu : le secret invisible derrière le pigeon voyageur performant
Pour Bricoux, la réussite d’un pigeon voyageur ne dépendait pas uniquement de sa génétique. L’environnement était un facteur essentiel. Il expliquait que le milieu pouvait accélérer ou dégrader les performances d’un pigeon voyageur, parfois de manière radicale.
Les facteurs défavorables sont bien connus :
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humidité excessive,
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courants d’air destructeurs,
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variations thermiques,
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mauvaise ventilation,
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accumulation d’ammoniac,
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manque de lumière naturelle.
Tous ces éléments obligent le pigeon voyageur à dépenser de l’énergie inutilement, affaiblissent son système respiratoire et diminuent ses performances sportives.
Le colombier du docteur était sec, lumineux et parfaitement aéré. Il se trouvait au-dessus de son habitation, ce qui garantissait une température stable. Selon lui, le milieu peut multiplier par deux le potentiel d’un pigeon voyageur… mais il peut aussi le réduire à néant.
Comment le Dr. Bricoux sélectionnait un vrai pigeon voyageur de fond
La méthode du docteur surprend encore aujourd’hui : il ne faisait pas voyager ses jeunes pigeons voyageurs. Jamais. Il les jugeait en main.
Pour lui, un bon pigeon voyageur devait impérativement présenter :
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Une fourche rigide : signe d’une ossature solide, indispensable pour les longues distances.
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Une musculature douce et ferme, en forme de poire, témoin d’une endurance remarquable.
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Un plumage soyeux, fin et souple, garantissant une pénétration fluide dans l’air.
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Une arrière-aile fournie, bien développée et puissante, essentielle pour les concours de fond.
En revanche, pour les concours de vitesse, une arrière-aile plus courte convenait mieux. Son expérience – et surtout ses résultats – confirmaient cette observation.
Pourquoi il ne jouait pas les yearlings
Un autre point important dans la philosophie du docteur : un pigeon voyageur yearling ne doit pas être joué au veuvage. Il estimait que cela “les tue”, car ils sont encore en croissance. Son programme était d’une logique scientifique :
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jeunes : pas de concours, seulement une sélection en main ;
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yearlings : entraînements de 100 à 250 km, pas plus ;
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deux ans : concours jusqu’à 600 km ;
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trois ans et plus : spécialisation dans les concours de fond.
Résultat : un pigeon voyageur équilibré, robuste, endurant et performant durant plusieurs années.
Un colombier simple mais parfaitement conçu
Contrairement aux colombiers modernes gigantesques, celui du docteur était simple : trois compartiments seulement. Mais chacun était sec, clair, bien ventilé, construit autour d’un escalier intérieur qui stabilisait la température.
Grâce à cette maîtrise du milieu, ses pigeons voyageurs tombaient rarement malades, récupéraient vite, et montaient en forme avec une régularité exceptionnelle.
La preuve : il jouait peu de pigeons voyageurs, mais remportait énormément de prix de tête.
La grande leçon de Bricoux : obéir à la nature pour la dépasser
Le débutant conclut qu’il faut sans doute “obéir à la nature pour mieux la commander”. Et c’est exactement ce que démontrait le Dr. Bricoux. Sa philosophie reposait sur trois fondations :
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Respecter la physiologie du pigeon voyageur
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Comprendre l’influence du milieu
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Sélectionner intelligemment, sans excès ni forcing
Le résultat ? Une souche légendaire de pigeons voyageurs, régulière, résistante et capable de briller sur les plus grandes distances.
Conclusion : le vrai champion n’enloge pas beaucoup, mais il connaît ses pigeons
Les colombiers du Dr. Bricoux n’avaient rien d’impressionnant. Pas de luxe, pas de superflu. Mais la qualité de ses pigeons voyageurs et la précision de sa méthode dépassaient largement celles de nombreux grands colombiers d’aujourd’hui.
Il le répétait souvent :
pas besoin d’enloger beaucoup si l’on connaît parfaitement ses pigeons voyageurs et que l’on respecte leur nature.
C’est là la marque du vrai champion.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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