Pigeon voyageur : santé, cortisone et hygiène à l’épreuve du temps
Quel a été le grand changement dans le sport colombophile (pigeon voyageur) au cours de ces dernières années, et quelle différence avec autrefois ?
Sans aucun doute : la cortisone. Aujourd’hui, un amateur qui n’utilise pas la cortisone n’a pratiquement plus la possibilité de se classer dans les concours de pigeonneaux en fin de saison. L’amateur, et même les pigeons eux-mêmes, jouent parfois un rôle secondaire.
Autrefois, l’homme, les bons pigeons, les soins et la motivation étaient des éléments essentiels. Aujourd’hui, avec les méthodes modernes, les pigeons naturellement soignés arrivent souvent bien après ceux qui sont « préparés ».
Il paraît même que certains amateurs vont jusqu’à baguer leurs jeunes avec de vieilles bagues afin de briller dans les concours de fin de saison réservés aux yearlings. Ce genre de pratiques n’existait pas autrefois.
Qu’en est-il de la résistance naturelle du pigeon d’aujourd’hui ?
En l’absence de traitements exagérés, la résistance naturelle du pigeon voyageur reste comparable à celle d’autrefois. Les colombophiles qui administrent n’importe quel produit à tout moment réduisent la résistance de leurs pigeons. C’est souvent le cas dans les grands colombiers, où certains amateurs sont assez malins pour garder quelques pigeons totalement « naturels », afin de préserver une lignée résistante.
Les pigeons recevaient-ils moins de médicaments autrefois ?
Autrefois, mes pigeons ne recevaient jamais rien, et je n’ai jamais eu de pigeons malades. En 1954, j’ai remporté un premier prix avec un pigeon âgé de neuf ans ! Ce serait impensable aujourd’hui. Essayez de trouver un pigeon de plus de trois ans classé dans les résultats actuels !
De nos jours, il m’arrive d’administrer quelque chose lorsque je sens que les pigeons ne sont pas en ordre. Mais lorsqu’ils sont en bonne santé, ils se classent sans rien recevoir.
Y avait-il plus de pigeons malades autrefois ?
Non, beaucoup moins qu’aujourd’hui. Les pigeons sont devenus plus fragiles à cause de l’usage excessif de « drogues » et de produits chimiques. Cette dépendance les rend plus vulnérables aux maladies.
Un colombophile âgé de plus de 70 ans peut-il encore rester au sommet ?
L’ambition diminue beaucoup avec l’âge. J’ai, pour ainsi dire, déjà tout gagné. Je reste heureux quand je réussis un bon résultat, mais je n’ai plus ce besoin de victoire. Les efforts sont devenus trop exigeants, que ce soit pour le nettoyage ou les enlogements.
Les championnats ne m’intéressent plus : je ne jouerai pas un dimanche de plus ni n’enlogerai un pigeon supplémentaire pour cela, même si je continue à concourir par plaisir. Il faut préciser que je fais tout moi-même, sans soigneur.
Que pensez-vous de la relation entre le pigeon et le colombophile ?
Je n’ai jamais été du genre à passer mon temps avec mes pigeons. Ils ne montent pas sur mon épaule et ne mangent pas dans ma main. J’ai mes préférences, bien sûr, pour certains bons sujets, mais je ne crois pas qu’ils rentrent plus vite à cause de moi.
Un pigeon de vitesse ou de demi-fond revient-il pour son amateur ?
Non, il revient par motivation : pour son partenaire, son nid ou son jeune. C’est l’instinct qui le pousse, pas l’attachement à l’homme.
Pour Lou Wouters, qu’est-ce que l’hygiène ?
Nettoyer tous les jours, mais par temps sec, sauter un jour n’est pas dramatique. Les abreuvoirs doivent être lavés quotidiennement et désinfectés trois à quatre fois par semaine à l’eau de Javel.
J’utilise deux jeux d’abreuvoirs afin d’avoir le temps de bien les désinfecter. Les abreuvoirs en grès ou en terre cuite émaillée sont préférables au plastique. Faites l’essai : en été, les pigeons préfèrent clairement boire dans le grès.
Pour les jeunes, je dépose sur le sol du pigeonnier une litière d’aiguilles de pin, que je change chaque mois. C’est plus sain que la paille et cela me fait gagner du temps.
Une assistance médicale est-elle devenue nécessaire ?
Je pense qu’on peut encore se passer totalement de traitements, à condition d’avoir de bons pigeons. Pendant 50 ans, je n’ai rien donné. Aujourd’hui, j’administre parfois un peu de Ridzol et des vitamines, comme tout le monde. Mais je le fais le moins possible : trop de produits affaiblissent les pigeons.
N’exige-t-on pas trop des pigeonneaux aujourd’hui ?
Beaucoup trop. Mes meilleurs vieux pigeons avaient été très peu joués jeunes ; ils avaient été ménagés et ont ainsi volé pendant de longues années.
Les « spécialistes des jeunes » actuels se retrouvent parfois encore dans les classements des yearlings, mais jamais parmi les vieux.
Le meilleur colombophile n’est-il pas celui qui observe le mieux ses pigeons ?
Absolument. Sélection, observation et motivation : voilà les trois clés du succès. Sans sélection, pas de bons pigeons ; sans observation, pas de motivation.
Quand je travaillais, il m’est arrivé de perdre un bon pigeon parce que je manquais de temps pour observer le comportement du colombier. Aujourd’hui, dès qu’un pigeon vole moins volontiers ou semble anormal, je le garde à la maison.
À quoi Lou Wouters accorde-t-il le plus d’importance lors de l’examen d’un pigeon ?
J’aime un pigeon bien équilibré, issu d’une bonne souche. Je ne prétends rien « connaître » des pigeons : personne ne peut vraiment tout savoir. Les yeux ne m’intéressent guère, mais j’évite les yeux trop clairs ou ternes. Ce qui compte avant tout, c’est la santé et l’origine.
Que faites-vous aujourd’hui pour maintenir vos pigeons en bonne santé ?
J’accorde une grande importance à l’hygiène et je limite l’assistance médicale au strict nécessaire. Mes pigeons sont vaccinés contre la paramyxovirose, les poquettes et la diphtérie. J’administre parfois un traitement contre la trichomonose et des vitamines.
Je crois beaucoup aux vertus de la tanaisie et des orties blanches. Quand mes pigeons manquent un peu de forme, je leur donne du lait tourné : ce n’est pas un médicament, mais un excellent purgatif naturel.
Je le prépare ainsi : je fais bouillir du lait, puis j’ajoute le jus d’un citron. Le lait caille immédiatement. Je filtre la préparation à travers une étamine, j’ajoute une cuillerée de miel par litre, et je laisse refroidir. Ce breuvage est mis à disposition des pigeons pendant une journée.
Les pigeons doivent avoir soif pour en boire, mais le résultat est remarquable : le lendemain, les fientes sont magnifiques et la condition revient vite, surtout après un long transport ou un concours difficile.
A. Roodhooft
Notes :
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Lou Wouters préfère un abreuvoir en pierre au plastique : les pigeons y boivent plus volontiers.
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Autrefois, l’amateur, les bons pigeons, les soins et la motivation étaient les clés du succès.
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Les pigeons d’aujourd’hui sont devenus trop faibles à cause de l’usage excessif de produits chimiques.
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Selon Lou Wouters, les amateurs qui abusent des médicaments détruisent la résistance naturelle de leurs pigeons.
[ Source: Article édité par M. André Roodhooft – Revue PIGEON RIT ]
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Toujours ces pertes de Pigeonneaux


