Pigeon Voyageur : Les Secrets d’Ernest Duray pour Nourrir, Sélectionner et Former des Champions
Introduction : l’intelligence colombophile selon Ernest Duray
Dans l’histoire de la colombophilie belge, peu de figures ont marqué durablement la mémoire collective comme Ernest Duray. Ses performances hors du commun avec le pigeon voyageur ont façonné une véritable philosophie : pour gagner, il n’existe aucune vérité absolue. Tout doit être observé, analysé, adapté et corrigé.
Pour Duray, la clé de la réussite d’un pigeon voyageur ne réside ni dans les médicaments, ni dans la chance, mais dans l’intelligence pratique du colombophile. Une intelligence fondée non sur la théorie, mais sur l’observation quotidienne du pigeon voyageur. Selon lui, le colombophile intelligent n’est pas celui qui connaît tout, mais celui qui continue d’apprendre, qui corrige, adapte, et invente ses propres solutions.
Cette vision moderne, presque scientifique, constitue encore aujourd’hui un modèle pour tout amateur souhaitant comprendre et optimiser les performances du pigeon voyageur.
L’observation : le fondement de toute réussite avec le pigeon voyageur
Pour Ernest Duray, l’observation représente l’outil le plus puissant du colombophile. Observer un pigeon voyageur, c’est détecter :
-
sa forme réelle,
-
ses besoins alimentaires,
-
sa réaction à l’entraînement,
-
son comportement au casier,
-
son tempérament et sa résistance.
La théorie ne suffit jamais. Deux pigeons voyageurs élevés dans des conditions identiques peuvent réagir différemment à l’alimentation, au veuvage, à la volée ou à la météo. L’observation quotidienne permet d’ajuster finement chaque détail et d’obtenir la meilleure forme possible.
La méthode Duray : nourrir le pigeon voyageur avec précision et logique
La force d’Ernest Duray résidait dans une approche très précise de l’alimentation du pigeon voyageur. À son époque, aucun mélange commercial n’existait; il fallait composer soi-même les rations avec des graines séparées : maïs, pois, vesces, féveroles, froment, dari, orge…
Mais Duray introduit un principe révolutionnaire : la mesure par la pinte.
La fameuse “pinte Duray”
-
Une pinte = 1 litre, soit environ 800 g de mélanges riches (élevage/sport).
-
Une demi-pinte = 400 g.
-
Un mélange dépuratif tourne autour de 700 g par pinte.
Pourquoi cette mesure ?
Parce qu’un pigeon voyageur consomme 30 g par jour au repos.
S’il fait froid, s’il s’entraîne, s’il revient de concours, la ration doit monter proportionnellement.
La pinte permet :
-
de ne pas suralimenter,
-
de ne pas fatiguer l’organisme,
-
d’éviter les excès responsables de mauvaise forme,
-
de maintenir les pigeons constamment prêts pour la saison sportive.
Pour Duray, un pigeon voyageur doit être nourri pour performer sans être écrasé par une ration trop riche. Le ventre léger favorise le vol, la vitesse et la récupération.
Le système de nourrissage des veufs : une discipline exemplaire
Pour son pigeon voyageur veuf, Ernest Duray utilisait une méthode extrêmement stricte. Chaque volée durait une heure matin et soir. Après la volée du matin, il attendait encore une heure avant de nourrir.
Puis commençait un nourrissage par étapes :
-
Féveroles à volonté, mais sans laisser une seule graine au sol.
-
Pois jusqu’à complète satiété.
-
Vesces.
-
Maïs.
-
Froment.
-
Dari.
Chaque type de graine jouait un rôle précis dans l’énergie et la récupération du pigeon voyageur.
Et le soir, chaque veuf recevait une cuillerée à café de navettes rouges.
Un apport riche, mais contrôlé, permettant de reconstituer les réserves musculaires sans surcharger l’organisme.
L’élevage selon Duray : la patience avant tout
Contrairement à ce qui se fait aujourd’hui, Ernest Duray n’accouplait pas pour obtenir des jeunes au Nouvel An. Les concours de pigeonneaux ne l’intéressaient pas. Pour lui, un jeune pigeon voyageur ne devait pas effectuer trop d’efforts avant sa maturité sous peine de ruiner sa carrière.
Pourquoi éviter les jeunes trop précoces ?
Parce que l’objectif de Duray était clair :
performer sur les concours de fond, avec des pigeons voyageurs de 3 ans et plus.
Pour lui :
-
un pigeon voyageur gagne en endurance avec l’âge,
-
la maturité musculaire est plus complète,
-
la résistance mentale est plus solide,
-
la patience produit des champions durables.
Accoupler tard : la stratégie moderne validée par les meilleurs
Des champions contemporains comme Devooght confirment la justesse de cette approche. Ils accouplent vers le 10 janvier, séparent les sexes fin février, et mettent les mâles au veuvage mi-mars, obtenant :
-
des jeunes semi-précoces,
-
une mue maîtrisée,
-
plusieurs semaines de veuvage avant les concours,
-
une excellente forme générale.
Cette préparation progressive optimise le potentiel du pigeon voyageur.
Zero drogue : l’honnêteté sportive de Duray
Ernest Duray, comme le Dr. Bricoux, refusait absolument les excitants chimiques. Il se contentait d’ajouter un morceau de sucre dans l’eau pour stimuler légèrement le métabolisme — sans créer de dépendance ni d’effets secondaires.
Ses résultats monstrueux aux concours nationaux prouvent que :
➡️ La forme naturelle surpasse toujours les produits artificiels.
Le pigeon voyageur gagne grâce à :
-
l’entraînement régulier,
-
une bonne alimentation,
-
le repos,
-
la maturité,
-
et la constance.
Les champions de fond : la spécialisation comme clé du succès
Duray se focalisait uniquement sur les concours de fond. Il savait que la polyvalence affaiblit le colombier. Pour atteindre le sommet :
➡️ il faut se spécialiser.
Ses pigeons voyageurs étaient :
-
rapides,
-
endurants,
-
mentalement solides,
-
parfaitement construits pour les distances longues.
Son légendaire Plume Blanche, 1er national Pau 1930 et 1931, prouve la justesse de cette approche.
La philosophie Duray : la patience est payante
Au-dessus du colombier du grand champion Pierre Dordin, on pouvait lire :
“Villa Patience”.
Cette valeur est aussi le cœur de la méthode Duray.
Dans un monde où tout va vite, où l’on veut des résultats immédiats, la réussite reste entre les mains de ceux qui savent attendre et préparer leur pigeon voyageur sur la durée.
Conclusion : que retenir de l’enseignement d’Ernest Duray ?
L’héritage d’Ernest Duray offre aux colombophiles modernes une base exceptionnelle pour comprendre et sublimer le pigeon voyageur :
-
Observer avant d’agir
-
Nourrir juste et intelligemment
-
Refuser les drogues
-
Éviter les excès
-
Préparer sur le long terme
-
Spécialiser son colombier
-
Respecter la maturité du pigeon voyageur
-
Miser sur la régularité et la patience
En appliquant ces principes simples et puissants, tout colombophile peut transformer son colombier et développer des pigeons voyageurs performants, résistants et capables de rivaliser sur les plus grandes distances.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
Pour vous abonner au Magazine PIGEON RIT – Cliquez sur le bouton ci-dessous !


