Pigeon voyageur mue des ailes et methode Georges Fabry
10 décembre 2025 Par admin

Pigeon voyageur : mue des ailes et méthode Georges Fabry

Pigeon voyageur mue des ailes et methode Georges Fabry

Dans l’univers exigeant du pigeon voyageur, la réussite sportive ne repose jamais sur le hasard. Chaque détail compte : l’état de santé, la condition musculaire, le moral, l’alimentation, la récupération… et bien sûr la mue, phénomène naturel aussi incontournable que redouté par les colombophiles engagés en compétition.

Depuis toujours, la mue est perçue comme un obstacle à la performance. Un pigeon voyageur qui commence à muer ses plumes de vol perd instantanément une partie de son rendement aérodynamique, de sa stabilité et de sa capacité de récupération. Pourtant, certains grands champions ont osé aller plus loin que la simple observation passive de la nature. Ils ont cherché à comprendre la mue, à l’anticiper, et parfois même à la diriger intelligemment.

Parmi eux, un nom revient avec insistance : Georges Fabry, immense champion liégeois, dont l’approche pragmatique et audacieuse a profondément marqué la colombophilie moderne. À travers ses idées, reprises et approfondies par Victor et Noël De Scheemaecker, s’est développée une réflexion novatrice sur la gestion raisonnée de la mue chez le pigeon voyageur.

Cet article vous propose une analyse complète, structurée et documentée de cette approche. Il ne s’agit ni de recettes miracles ni de provocations gratuites, mais d’un savoir empirique, forgé par l’expérience, l’observation et le respect profond du pigeon voyageur en tant qu’athlète.


1. Le pigeon voyageur et la mue : un phénomène naturel aux conséquences sportives majeures

1.1 Comprendre la mue chez le pigeon voyageur

La mue est un processus biologique normal permettant au pigeon voyageur de renouveler son plumage. Les plumes usées sont progressivement remplacées par des plumes neuves, assurant une protection thermique optimale et une efficacité maximale en vol.

Chez le pigeon voyageur, la mue des rémiges primaires (plumes de l’aile) suit généralement un ordre précis. La première plume de l’aile joue un rôle capital dans la portance et la propulsion. Sa chute précoce peut affecter gravement les performances sportives, en particulier lors des concours de demi-fond et de fond.

1.2 Pourquoi la mue inquiète tant les colombophiles

Un pigeon voyageur en pleine mue présente souvent :

  • une diminution de la vitesse moyenne

  • une fatigue accrue

  • une récupération plus lente

  • une sensibilité accrue aux variations climatiques

Pour cette raison, de nombreux champions préfèrent ne pas engager un pigeon voyageur qui a déjà entamé la mue de ses premières plumes de vol. C’était précisément la position de Georges Fabry, dont la rigueur en matière de sélection et d’engagement était légendaire.


2. Georges Fabry : une philosophie pragmatique du pigeon voyageur

2.1 Le refus du dogmatisme

Georges Fabry ne croyait pas à une vision romantique consistant à « laisser faire la nature » sans réflexion. Pour lui, pratiquer le sport colombophile impliquait déjà une intervention humaine : élevage, sélection, entraînement, calendrier des concours… Rien de tout cela n’est « naturel ».

Son raisonnement était simple :
si nous acceptons de mettre des pigeons voyageurs en panier, nous acceptons déjà d’agir sur leur destin biologique.

2.2 Le respect de la nature par la compréhension

Contrairement à certaines idées reçues, Fabry ne cherchait pas à violenter la nature, mais à l’accompagner intelligemment. Il observait attentivement le pigeon voyageur, ses réactions, sa récupération, sa stabilité physiologique.

Son principe fondamental était clair :

« Pour bien commander à la nature, il faut d’abord la comprendre. »


3. Arracher la première plume : origine et logique de la méthode

3.1 Pourquoi la première plume de l’aile est déterminante

Chez le pigeon voyageur, la première rémige est l’une des plus sollicitées en vol. Lorsqu’elle tombe en pleine saison sportive, le pigeon perd immédiatement en efficacité aérodynamique.

Georges Fabry préférait donc ne jamais engager un pigeon voyageur qui muait cette plume. Cette exigence a mené Victor à se poser une question simple mais audacieuse :
et si l’on provoquait volontairement cette mue en dehors de la saison ?

3.2 Le principe de l’arrachage hivernal

L’idée consiste à arracher la première plume de l’aile en plein hiver, généralement en janvier ou février, période durant laquelle le pigeon voyageur n’est pas engagé en concours.

La technique est volontairement simple :

  • maintenir la plume entre le pouce et l’index de chaque main

  • tirer doucement, sans brusquerie

  • ne jamais répéter l’opération sur une plume déjà repoussée

Cette intervention ponctuelle permet à la nouvelle plume de repousser bien avant la saison sportive, offrant au pigeon voyageur un plumage stable lors des premiers concours.


4. Les craintes légitimes face à cette pratique

4.1 Risque de plume anormale ?

L’une des principales inquiétudes concerne la qualité de la plume repoussée. Une plume mal formée pourrait handicaper durablement le pigeon voyageur.

Or, l’expérience répétée montre que la plume repoussée est parfaitement normale, à condition que le pigeon soit en bonne santé, correctement alimenté et non stressé.

4.2 Risque de double mue pendant la saison ?

Une autre crainte est celle d’une seconde mue de la même plume durant la saison sportive. Là encore, l’observation de nombreux pigeons voyageurs démontre que cette situation ne se produit pas.

La plume arrachée en hiver repousse une seule fois, et la mue de la seconde plume intervient généralement beaucoup plus tard, souvent après la période clé des concours.


5. L’expérience du “Buffel” : un tournant dans l’histoire du pigeon voyageur

5.1 Un pigeon d’exception

Le “Buffel” fut l’un des meilleurs pigeons voyageurs du colombier De Scheemaecker à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Véritable référence sur des distances de 400 à 800 km, il possédait un mental, une résistance et une régularité hors norme.

5.2 Une expérience jugée “folle” par certains

Fort des résultats obtenus avec l’arrachage de la première plume, Noël De Scheemaecker osa aller plus loin :

  • une première plume arrachée en janvier

  • une deuxième plume arrachée trois semaines après la repousse de la première

Sur le papier, l’idée semblait risquée, surtout sur un pigeon voyageur de ce niveau.

5.3 Des résultats spectaculaires

Les faits sont pourtant incontestables :

  • meilleure saison sportive du Buffel

  • domination constante sur toute la saison

  • aucune chute de forme

  • troisième plume muée seulement à la mi-août

Cette expérience a démontré qu’un pigeon voyageur exceptionnel, bien géré, pouvait supporter une intervention maîtrisée sans aucun effet négatif, voire avec un bénéfice sportif réel.


6. Enseignements tirés pour la gestion moderne du pigeon voyageur

6.1 Une méthode réservée aux colombophiles expérimentés

Il est essentiel de le souligner : cette pratique n’est pas destinée aux débutants. Elle exige :

  • une parfaite connaissance de ses pigeons voyageurs

  • une hygiène irréprochable

  • une alimentation adaptée

  • une observation quotidienne

Mal utilisée, elle pourrait devenir contre-productive.

6.2 L’importance de la sélection

Tous les pigeons voyageurs ne réagissent pas de la même manière. Les sujets fragiles, nerveux ou mal équilibrés ne doivent jamais servir de cobayes. La méthode s’adresse avant tout à des pigeons solides, bien construits, et mentalement stables.


7. Jusqu’où peut-on aller ? La prudence avant tout

Victor évoquait la possibilité d’arracher la troisième plume chez certains pigeons voyageurs afin de prolonger encore la stabilité du plumage en saison. Une telle approche reste expérimentale et doit être considérée avec une extrême prudence.

La colombophilie moderne ne doit jamais tomber dans l’excès. L’observation, la patience et l’humilité restent les meilleures alliées du colombophile.


Conclusion – Le pigeon voyageur, entre nature et intelligence humaine

L’histoire de Georges Fabry et du “Buffel” nous rappelle une vérité fondamentale : le pigeon voyageur est un athlète d’exception, capable d’adaptations remarquables lorsqu’il est compris et respecté.

La gestion raisonnée de la mue n’est ni une tricherie ni une provocation. Elle est le fruit d’une réflexion profonde, basée sur l’expérience, l’éthique sportive et l’amour du pigeon voyageur.

Comme toujours en colombophilie, il n’existe pas de dogme absolu. Il n’y a que des hommes attentifs, des pigeons voyageurs observés avec respect, et des décisions prises avec intelligence.

C’est ainsi que se construit, génération après génération, la vraie performance.


[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ] 

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