Verites genetiques et fausses croyances chez les pigeons voyageurs mutilation maladies et reproduction
6 novembre 2025 Par admin

Vérités génétiques et fausses croyances chez les pigeons voyageurs : mutilation, maladies et reproduction

Verites genetiques et fausses croyances chez les pigeons voyageurs mutilation maladies et reproduction

Producteurs et mutilation

Je n’ai jamais adhéré à la théorie selon laquelle il serait impossible de mettre à la reproduction un pigeon ayant une aile cassée ou un bréchet abîmé.
Certains amateurs s’imaginent que, puisque les parents ne peuvent plus s’entraîner normalement, leurs descendants en subiraient nécessairement les conséquences.

Le plus incroyable que j’aie lu à ce sujet provenait de la plume du célèbre chroniqueur anglais de l’époque, Squills. Celui-ci affirmait qu’il était déconseillé de couper les rémiges à des reproducteurs — par exemple pour les empêcher de retourner à leur ancien colombier —, sous peine d’engendrer des jeunes de moindre valeur, puisque ces pigeons, privés de vol, n’exerceraient plus leur musculature.
De tels arguments ne résistent pourtant à aucun raisonnement scientifique.

Dans combien de colombiers ne trouve-t-on pas un pigeon au bréchet abîmé ?
Le dernier exemple marquant que j’ai en mémoire est celui du fameux « Bréchet cassé » de M. R. Dobbelaere (Marke), double vainqueur national du concours de Brive 1992. Dans un reportage, j’ai lu que l’accident s’était produit l’année de la naissance du pigeon, lequel, devenu par la suite « le Bréchet cassé », forma la base même du pigeonnier.

Pour montrer l’absurdité de telles théories, rappelons certaines pratiques humaines :
pendant des siècles, les femmes japonaises et chinoises furent contraintes de porter des chaussures beaucoup trop petites. Cette pratique cruelle, abolie depuis quelques décennies, n’a jamais eu le moindre effet génétique sur la morphologie des pieds.
Il en va de même pour les déformations volontaires du crâne ou l’allongement des lèvres pratiqués chez certaines tribus africaines ou amérindiennes : malgré la transmission de ces coutumes d’une génération à l’autre, les enfants continuent de naître avec un crâne et des lèvres parfaitement normaux.


Reproducteurs et maladies

Certains colombophiles, convaincus qu’un bon pigeon n’est jamais malade, adoptent des méthodes expéditives.
Les pigeons présentant de légers symptômes — pectoraux un peu bleus, gorge imparfaite — sont écartés de la reproduction.
D’autres affirment qu’il ne faut jamais intervenir sur la santé des pigeons, estimant que les traitements pharmaceutiques affaiblissent la résistance naturelle et que cet affaiblissement serait transmis aux descendants.

Heureusement, de nos jours, les amateurs qui se laissent encore influencer par de tels sophismes se font rares.
Soyons toutefois clairs : il ne s’agit pas ici de prôner l’usage abusif de médicaments, mais simplement de rappeler qu’un pigeon malade doit être soigné, car négliger sa santé est une erreur tout aussi grave.


Télégonie

Une idée encore trop répandue consiste à croire que le premier accouplement du printemps exercerait une influence sur tous les pigeonneaux qu’une femelle produira ensuite durant l’année, même après un nouveau mâle.
Selon cette croyance, il y aurait une sorte d’imprégnation durable des descendants.
Certains vont jusqu’à affirmer que cette influence perdurerait toute la vie de la femelle.
À l’inverse, lorsqu’un mâle féconde une femelle jugée de moindre valeur, cette « souillure » serait supposée affecter négativement ses futurs accouplements.

Ces opinions pouvaient se concevoir à une époque où les mécanismes de la fécondation et de la transmission héréditaire étaient encore inconnus.
Aujourd’hui, grâce aux avancées de la biologie, de telles croyances relèvent de la pure superstition.


Quelques exemples

Je voudrais conclure par quelques exemples de Lamarckisme encore bien ancrés dans l’esprit de certains colombophiles :

  1. On lit souvent qu’un amateur est allé chercher des pigeons de « pure race » chez un autre colombophile réputé pour sa lignée.
    À la base de cette démarche se trouvent deux convictions erronées :
    a) que la reproduction avec ces pigeons représenterait une forme d’élevage consanguin maîtrisé ;
    b) que les pigeons se « revitaliseraient » simplement en changeant de milieu.

    Ces idées sont fausses.
    Le « milieu » ne modifie pas la pureté génétique d’une souche. Au contraire, après quelques années de croisements chez un autre éleveur, il ne subsiste souvent plus grand-chose de la race d’origine, remplacée par un mélange hétérogène de sangs divers.

  2. J’ai lu il y a quelques années dans une revue d’élevage un exemple encore plus étonnant.
    L’auteur se demandait comment le Boulant Gantois avait développé un jabot aussi volumineux.
    Selon l’une de ses hypothèses, cette particularité serait due à une ingestion excessive d’air et d’eau, ayant provoqué au fil des générations un agrandissement du jabot… transmis génétiquement !
    Une explication qui, évidemment, ne repose sur aucun fondement scientifique.


Conclusion générale

Comme l’ont parfaitement résumé W. T. Keeton et J. L. Gould (Biological Sciences, 1986, p. 847) :

« La génétique a clairement démontré que le développement de la force physique par l’entraînement, des capacités intellectuelles par l’alimentation, ou le maintien de la santé par la diététique ou les soins médicaux ne modifient pas les gènes. Les cellules germinales conservent toujours la même information héréditaire, qu’il y ait ou non entraînement physique, mental ou traitements médicaux. »

C’est précisément sur ce point que nombre de colombophiles commettent des erreurs, comme en témoignent les exemples cités ci-dessus.

Prof. Dr. G. Van Grembergen


Notice complémentaire

Certains colombophiles écartent systématiquement de la reproduction les pigeons présentant le moindre symptôme, pensant préserver ainsi la vigueur de la lignée.
D’autres refusent toute intervention sanitaire, estimant qu’un bon pigeon doit se défendre seul.
C’est une erreur : soigner un pigeon malade n’affaiblit pas sa descendance.
Cela ne signifie pas non plus qu’il faille administrer en permanence des traitements inutiles.
Tout est question de discernement et d’équilibre.


[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen– Revue PIGEON RIT ]

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