Faut-il vraiment épargner les pigeons d’un an ? Le mythe des yearlings en colombophilie

Certains colombophiles affirment qu’il faut épargner leurs pigeons d’un an — les yearlings — pour préserver leur avenir. Mais qu’en est-il réellement ? Quelle est la véritable signification du mot épargner ?
Souvent, les amateurs considèrent qu’un yearling est « épargné » lorsqu’il est engagé uniquement sur des distances de 200 à 300 km, tandis que le faire participer à un concours comme Narbonne (850 km) reviendrait à le « brûler ». Pourtant, cette théorie ne tient pas toujours. Dans certains cas, c’est même l’inverse qui est vrai.
Prenons un exemple concret. À l’Indépendante de Liège, les concours pour yearlings débutent fin avril par un vol d’environ 100 km et se terminent à la mi-juillet par Orléans (400 km). En trois mois, une douzaine de concours aux distances progressives sont organisés. Deux ou trois semaines après Orléans, il est encore possible d’engager ces mêmes pigeons sur Argenton (550 km) ou Narbonne (850 km).
À première vue, un tel programme semble raisonnable. Certains estiment même que les pigeons ayant suivi ce rythme ont été « épargnés ». Pourtant, nous ne partageons pas cet avis.
Un pigeon engagé douze dimanches consécutifs subit une dose importante de stress tout au long de la saison. Et ce stress, bien plus que la distance parcourue, provoque la fatigue. Peu de colombophiles offrent à leurs pigeons un week-end de repos lorsque ceux-ci manquent de forme. Bien souvent, ils continuent à les enloger chaque semaine, pensant que cela les remettra « sur port ».
Or, pour réellement épargner les yearlings, il est préférable de les jouer tous les quinze jours. La distance n’a alors pas autant d’importance qu’on le croit. Voici pourquoi.
1. La récupération de la forme
Un pigeon qui n’est pas en condition a besoin de temps pour la retrouver. Un rythme d’un concours tous les quinze jours lui permet de récupérer plus facilement. À l’inverse, un oiseau engagé chaque semaine alors qu’il n’est pas encore en forme finit par accumuler la fatigue. Dans ces conditions, chaque vol devient un effort épuisant plutôt qu’un exercice bénéfique.
2. Réduction des risques de perte
En formant deux équipes de pigeons et en les engageant en alternance tous les quinze jours, on réduit de moitié les risques de pertes lors des concours difficiles ou des lâchers catastrophiques. C’est une approche plus équilibrée et respectueuse de la santé des oiseaux.
3. Le cas particulier des pigeons de fond
Les pigeons destinés aux concours de fond (700 km et plus) n’ont aucun intérêt à être joués chaque semaine. Les beaux concours arrivent à maturité à deux ans ; inutile de leur imposer un stress hebdomadaire avant l’heure. Jouer un yearling toutes les deux semaines permet de préserver sa vitalité et de le préparer progressivement à de longues distances.
4. La sélection intelligente
Sélectionner les pigeons de fond à l’âge d’un an sur des concours de 100 à 400 km n’a guère de sens. Pour évaluer un futur pigeon de fond, il faut lui offrir au moins deux ou trois concours de 500 km. Mais attention : si ces vols interviennent après une série ininterrompue de douze concours, les résultats obtenus ne reflètent plus la véritable valeur du pigeon. Il est déjà épuisé.
Un programme équilibré de cinq concours espacés de quinze jours jusqu’à 300 km, suivis de deux à trois vols de 500 km ou plus, est bien plus adapté. Un pigeon d’un an bien reposé peut sans danger affronter un Narbonne à 850 km.
Jouer, oui… mais intelligemment
Comme pour tout concours, les conditions de santé et de forme restent déterminantes. Ce raisonnement s’applique surtout aux pigeons de fond. Pour les pigeons de demi-fond et de vitesse, la tendance actuelle est différente : il n’est plus « à la mode » de les épargner. Les concours de vitesse pour pigeonneaux et yearlings attirent aujourd’hui davantage de participants que ceux pour vieux pigeons.
Beaucoup de spécialistes jouent leurs pigeons jusqu’à trois ou quatre ans avant de placer les meilleurs au pigeonnier d’élevage.
Cependant, si l’on souhaite préserver certains pigeons pour l’avenir, il est plus prudent d’être modéré avec les yearlings plutôt qu’avec les jeunes de l’année. Les pigeonneaux volent avec enthousiasme : pour eux, c’est souvent un jeu.
À ce sujet, le champion Raymond Cobut d’Anderlues confiait :
« Certains spécialistes de vitesse remportent des succès sur des concours nationaux de fond pour pigeonneaux (500 à 600 km). Cela ne signifie pas pour autant qu’ils possèdent des pigeons de fond. Un jeune vole facilement, mais ses descendants ne tiendront pas 600 km à un an ou plus. »
Ses paroles sont lourdes de sens : un pigeonneau ne se “brûle” pas facilement, mais un pigeon d’un an peut l’être s’il est mal géré. Si l’on veut jouer ces pigeons avec succès en tant que vieux, il faut impérativement les épargner à l’âge d’un an.
Par Patrick Philippens
Conclusion
Dans cet article, nous avons cherché à approfondir la question du jeu des yearlings. À chacun de décider s’il souhaite les épargner ou non.
Chaque type de jeu a son charme : le rendement immédiat ou l’investissement pour l’avenir.
Et bien que certains pigeons exceptionnels puissent voler avec succès de leur première année jusqu’à sept ou huit ans, ils restent rares. Ce sont ces champions d’exception dont on parle toute une vie… mais ils ne font que confirmer la règle.
[ Source: Article édité par M. Patrick Philippens – Revue PIGEON RIT ]
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