Pigeon voyageur : la vérité sur les races célèbres et la sélection naturelle en colombophilie moderne

Débutant :
Tu as affirmé, cher maître, qu’en colombophilie, la plupart des races célèbres de pigeons voyageurs n’existent que sur le papier, et qu’en réalité, c’est la main du colombophile qui façonne sa propre race…
Victor :
Oui, et je maintiens que plus la main du colombophile est habile, plus la race qu’il crée est « pure ». Je t’ai parlé de la race Havenith, de la race Fabry, et je compte bien te parler de beaucoup d’autres encore. Ces races ont évolué avec le temps. Les Fabry des années 1960 n’étaient plus les Fabry des années 1940, tout comme les Havenith des années 1950 différaient de ceux des années 1930.
La colombophilie moderne n’est pas figée : elle vit, elle évolue, et elle dépend avant tout du savoir-faire de celui qui élève et sélectionne.
Débutant :
Pourtant, si je comprends bien le mot « race », il désigne une lignée formée par les ascendants et les descendants. Dans le Petit Larousse, on parle même d’une « variété constante qui se conserve par la génération ».
Victor :
C’est ce que beaucoup croient, mais ils se trompent. En réalité, dans le monde du pigeon voyageur, la constance vient du colombophile, pas des papiers. Cela me rappelle le proverbe latin “Dum eris felix, multos numerabis amicos” — tant que tu seras heureux, tu compteras beaucoup d’amis !
Souviens-toi du colombier des frères Marissen : leurs pigeons remportaient régulièrement les premiers prix à l’Union d’Anvers, à une époque où la concurrence était féroce.
Débutant :
Je me souviens bien du fameux concours de Cormeilles (300 km) : parmi 4 600 pigeons, ils avaient classé leurs cinq premiers désignés dans les dix premiers ! C’était une performance incroyable.
Victor :
Exactement. Marissen pariait souvent qu’il remporterait les trois premiers prix… et il les gagnait ! Mais quand un colombophile voulait donner de la valeur à sa lignée pour vendre, il suffisait de dire qu’il possédait des pigeons de la race Marissen. Et beaucoup y croyaient… jusqu’à ce que le colombier Marissen disparaisse des classements. Soudain, plus personne ne parlait de cette fameuse race ! Voilà la réalité de la sélection naturelle en colombophilie moderne.
Débutant :
Mais certains pigeons présentent tout de même des caractéristiques propres à certaines lignées, non ?
Victor :
Oui, bien sûr, mais c’est simplement parce que chaque colombophile recherche des qualités différentes. L’un aime les yeux blancs, un autre les bleus, un autre encore les rouges. Mais crois-tu qu’un pigeon gagne un concours parce qu’il s’appelle Fabry, Delbar ou Janssen ? Non. Dans le ciel, ce qui compte, c’est l’aile, la musculature, l’endurance et le mental du pigeon — des qualités issues d’une sélection réfléchie, pas d’un pedigree.
Débutant :
Et pourtant, beaucoup paient cher pour un nom illustre…
Victor :
C’est comme en peinture : certains achètent la signature, même si le tableau est médiocre ! En colombophilie, c’est pareil. On regarde parfois davantage le nom que la qualité réelle du pigeon. Or, la valeur d’un pigeon voyageur se mesure au panier, pas sur un papier.
Débutant :
Tout cela me décourage un peu. Moi aussi, j’ai des pigeons issus de grands noms, mais ce ne sont pas les meilleurs.
Victor :
Ne sois pas découragé. Au contraire, sois fier d’apprendre à juger par toi-même. C’est à toi d’évaluer un pigeon voyageur selon ses qualités réelles, et non selon sa réputation. L’origine ne fait pas le champion — l’observation, la rigueur et l’amour du détail, oui.
Débutant :
Il existe pourtant des races anciennes dont on parle encore aujourd’hui, comme la fameuse race Wegge de Lierre.
Victor :
Ah, Wegge ! Quand on lui demanda d’où venait sa race, il sortit une pièce d’or de sa poche et répondit : « Voilà ma race — j’ai acheté les meilleurs pigeons que j’ai pu trouver. »
Mais Wegge avait la main et le jugement du panier. Certains colombophiles croient encore aux races « pures » et pratiquent la consanguinité à outrance. Qu’ils m’en montrent un seul qui ait réellement réussi ainsi en concours, sincèrement.
Débutant :
Alors, y a-t-il une ligne de conduite à suivre pour continuer à élever de bons pigeons ?
Victor :
Bien sûr : il faut conserver les qualités, éliminer les défauts et laisser parler la sélection naturelle. C’est la seule voie durable pour bâtir sa propre « race », celle qui porte la marque de ta main et de ton expérience. Et cela, nous en reparlerons encore… et toujours.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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