Les pigeons voyageurs et lail
25 octobre 2025 Par admin

Les pigeons voyageurs et l’ail

Les pigeons voyageurs et lail

L’usage ancestral de l’ail

Tous les colombophiles et amoureux des pigeons ont déjà entendu parler des vertus de l’ail. Certains en sont des partisans convaincus, tandis que d’autres restent sceptiques. Alors, l’ail : fiction ou réalité ?

Plante de la famille des Liliacées, couramment cultivée dans nos régions, son bulbe formé de gousses est utilisé comme condiment alimentaire.
L’ail a toujours fasciné l’être humain, et l’histoire en témoigne à de nombreuses reprises. Les pharaons égyptiens, par exemple, se faisaient ensevelir avec des sculptures d’ail et d’oignon. Depuis l’Antiquité, cette plante est réputée pour ses vertus thérapeutiques. Un papyrus médical égyptien (daté de 1550 av. J.-C.) mentionne déjà 22 propriétés médicinales de l’ail. Hippocrate (460-377 av. J.-C.) et Aristote (384-322 av. J.-C.) le recommandaient pour ses bienfaits sur la santé.

La pharmacie populaire lui attribue de nombreux usages. Ainsi, on conseillait jadis de brûler des tiges d’ail avec du poivre de Cayenne pour désinfecter les locaux. En 1629, Baltazar Francisco Ramirez le recommandait, associé à l’absinthe et à la tanaisie, comme vermifuge. En médecine vétérinaire, l’ail pilé entrait dans la composition d’un mélange destiné à traiter la syngamose (vers de la trachée) des oiseaux.
En médecine humaine, les anciens écrits le mentionnent comme stimulant des fonctions gastriques, antiseptique, antidiarrhéique et vermifuge. Il était aussi utilisé dans certaines affections pulmonaires chroniques et contre l’hypertension.


Propriétés antimicrobiennes

C’est en 1885 que Pasteur mit en évidence les propriétés bactéricides de l’ail. Par la suite, les chimistes se sont beaucoup intéressés à cette plante, y découvrant de nombreux composés volatils contenant du soufre.
Les travaux de Cavallito et Bailey (1944) ont montré que l’activité antimicrobienne de l’ail est principalement due à l’allicine. Des expériences réalisées par ces chercheurs, puis confirmées par d’autres, ont démontré que l’allicine possède une activité antibiotique vis-à-vis de nombreuses bactéries, notamment Escherichia coli, Salmonella et Staphylococcus.


Autres propriétés de l’ail

Des recherches menées sur le rat ont montré qu’une incorporation modérée d’ail dans la ration favorise la flore lactique intestinale, ce qui améliore l’assimilation de certains nutriments.
Satoh (1952) observa chez l’homme une augmentation de la synthèse intestinale de vitamine B1 après administration d’ail, et Yurigi (1954) démontra que l’allithiamine (résultant de la réaction entre la vitamine B1 et l’allicine) est absorbée plus rapidement que la vitamine B1 seule.
A. Dey et A. R. Samantha ont montré que l’incorporation d’ail dans la ration de poulets d’engraissement avait un effet positif sur la croissance, comparable à celui des facteurs de croissance classiques (antibiotiques). Selon eux, l’allicine serait responsable de cette action bénéfique en inhibant la prolifération de bactéries pathogènes comme E. coli. Ces conclusions furent confirmées plus tard par Jagdish-Prasad et Pandey (1994).

D’après le professeur Loïc Girre (Faculté de Pharmacie, Université de Rennes), l’ail est l’une des plantes dont les propriétés thérapeutiques sont les mieux démontrées expérimentalement.
Chez l’homme, il agit comme antihypertenseur, freine l’agrégation plaquettaire et peut ainsi contribuer à la prévention des thromboses. Il possède également une activité hypocholestérolémiante (baisse du cholestérol) et favorise la dilatation des vaisseaux coronaires, ce qui peut être bénéfique dans la prévention de la sclérose cérébrale et de l’infarctus du myocarde.
C’est aussi un hypoglycémiant et un antiseptique pulmonaire, à condition d’en consommer suffisamment pour atteindre une concentration sanguine efficace — ce qui se traduit inévitablement par une haleine caractéristique.


Utilité de l’ail chez le pigeon

L’ail possède des propriétés vermifuges, mais leur application pratique reste limitée. Les anciens parlaient surtout de lavements anthelminthiques, peu adaptés à nos pigeons.
D’après mes observations, l’administration d’éclats d’ail (de la taille d’une féverole environ), donnés directement dans le bec, n’a pas d’effet curatif contre les vers capillaires ou ascaris. Dans ce cas, il faut recourir à un vermifuge classique.

Sur le plan nutritionnel, l’ail contient de nombreuses molécules soufrées, or le soufre joue un rôle essentiel dans la formation de la plume. Cela pourrait expliquer pourquoi les pigeons recevant régulièrement de l’ail présentent souvent un plumage de meilleure qualité.
L’ail contient aussi du sélénium, un nutriment essentiel dont la carence affaiblit les défenses immunitaires. Mais c’est surtout son action « antibiotique » naturelle sur l’appareil digestif et respiratoire qui est intéressante pour les pigeons.

Je me souviens des années 1960 : jeune amateur, j’observais mon grand-père glisser un éclat d’ail dans le bec d’un pigeon malade. Je ne saurais dire si le résultat était probant, mais il est certain qu’à forte dose, l’ail peut irriter le tube digestif. Ses propriétés antimicrobiennes, en revanche, sont bien réelles et facilement vérifiables en laboratoire en plaçant du jus d’ail frais en contact avec des cultures microbiennes.
La plupart des germes associés au coryza y sont sensibles.


Comment en faire profiter les pigeons ?

Selon E. Block, les composés soufrés extraits de l’ail varient selon le mode d’extraction. À température ambiante, l’extraction à l’alcool éthylique permet d’obtenir le plus d’allicine.
Il faut savoir que l’allicine ne se forme qu’à la suite d’une réaction enzymatique, lorsque le bulbe est découpé ou écrasé. L’enzyme responsable est détruite en milieu acide, donc également par les sucs digestifs du gésier.
Certains traitements altèrent aussi ses propriétés : le séchage au soleil provoque une perte en composés sulfurés et une diminution de l’activité antimicrobienne. Des études ont montré que la conservation à 0–2 °C est idéale pour préserver l’efficacité antibactérienne, qui diminue avec la température. La poudre d’ail inodore, quant à elle, est obtenue par inactivation thermique de l’enzyme avant déshydratation.


Recette pratique

Pour obtenir une solution riche en allicine :
Mixer 5 g de gousses d’ail épluchées avec environ 30 ml d’eau bouillie refroidie. Laisser reposer 20 minutes à température ambiante pour permettre la formation enzymatique de l’allicine.
Ajouter ensuite 45 ml d’alcool éthylique absolu, puis filtrer.
Conserver la préparation au frais.

Administration :
Donner 20 à 30 gouttes de cette solution par litre d’eau de boisson.
Le colombophile doit observer les fientes et ajuster la dose : réduire la quantité si elles deviennent molles, car un excès d’ail irrite les muqueuses intestinales. Selon la variété, la teneur en principes actifs varie de 0,12 % à 0,53 %.

Plutôt que d’administrer préventivement un antibiotique chimique, cette cure naturelle peut être donnée avant le début de la saison sportive, notamment si les gorges paraissent rouges ou si les caroncules et le tour des yeux sont ternes.
En revanche, si aucune amélioration n’est constatée, il convient de consulter un vétérinaire afin d’obtenir un diagnostic précis et un traitement adapté.


Notice

L’ail est une plante aux propriétés curatives remarquables. Son activité antimicrobienne, due principalement à l’allicine, agit contre de nombreuses bactéries (E. coli, Salmonella, Staphylococcus, etc.).
Sur le plan nutritionnel, sa richesse en composés soufrés favorise la formation d’un plumage sain et de belle qualité chez le pigeon voyageur.

Ing. J.-P. Duchatel


[ Source: Article édité par Ing. J.P. Duchatel – Revue PIGEON RIT ]

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