Pigeon Voyageur : Filoplumes, Sixième Sens et Secrets Sensoriels Méconnus

Le pigeon voyageur fascine depuis toujours par son sens de l’orientation, sa résistance en vol et sa capacité à retrouver son colombier sur des centaines de kilomètres. Pourtant, certains aspects essentiels de la biologie du pigeon voyageur restent méconnus, même de nombreux colombophiles expérimentés. Parmi eux : les filoplumes, de véritables capteurs sensoriels souvent confondus avec un mystérieux “sixième sens”.
Un lecteur de Pigeon Rit, J. Schiepers de Saint-André, affirmait que le pigeon voyageur posséderait de petites “antennes” situées sous les plumes de couverture. Selon lui, ces antennes transmettraient au pigeon voyageur des informations magnétiques ou électriques issues de l’environnement, comme certains poissons ou les dauphins. Cette hypothèse soulève une question passionnante : existe-t-il un véritable sixième sens chez le pigeon voyageur ?
Pour y répondre, il faut examiner scientifiquement ces structures mystérieuses.
La vérité scientifique : les “antennes” sont des filoplumes
Les fameuses “antennes” évoquées dans la lettre ne sont pas des organes électriques ni des capteurs magnétiques, mais des filoplumes, un type de plume extrêmement fin et discret. Bien que tous les colombophiles les aient déjà aperçues — par exemple après avoir plumé un pigeon pour la cuisine — ces filoplumes passent inaperçues dans la conduite sportive du pigeon voyageur.
Les spécialistes en parlent pourtant depuis longtemps :
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Le Pigeon Voyageur — C.G. Van der Linden (1950)
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The Pigeon — W.M. Levi (1963)
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Le Pigeon Voyageur — Vindevogel, Duchatel & Pastoret (1987)
Pourquoi alors tant d’amateurs ignorent-ils leur existence ? Parce que les filoplumes sont cachées sous les plumes de contour : rémiges, rectrices et plumes de couverture. Pourtant, leur rôle est essentiel dans les performances du pigeon voyageur.
Structure des filoplumes : un capteur mécanique ultra-fin
Contrairement aux “antennes” des insectes (réelles structures nerveuses vivantes), les filoplumes sont faites de kératine, comme toutes les plumes du pigeon voyageur. Il s’agit donc d’un tissu mort.
Mais leur puissance vient de leur implantation :
les filoplumes sont ancrées profondément dans un follicule riche en corpuscules nerveux.
Ces corpuscules sont extrêmement sensibles :
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aux vibrations,
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aux micro-déplacements des plumes,
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aux variations de pression atmosphérique,
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aux turbulences d’air dans lesquelles évolue le pigeon voyageur.
En d’autres termes, chaque mouvement dans le plumage est transmis au système nerveux du pigeon voyageur grâce aux filoplumes. Elles agissent comme un radar mécanique, un véritable système d’alerte sensoriel.
Pression atmosphérique et choix des couches d’air
Grâce à ces capteurs ultra-sensibles, le pigeon voyageur détecte :
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des différences de pression atmosphérique de l’ordre de 10 mm de colonne d’eau,
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ce qui équivaut à 10 mètres de différence d’altitude.
C’est ce qui lui permet de choisir instinctivement :
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les couches d’air hautes lors d’un vent arrière,
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les couches basses lorsque le vent est de bec.
Ce mécanisme donne un avantage énorme au pigeon voyageur en vol, lui permettant d’économiser son énergie et d’améliorer sa vitesse. Sans filoplumes, le pigeon voyageur perdrait une partie précieuse de son intelligence aérodynamique.
Réponse aux idées reçues sur les “antennes” et le magnétisme
1. Pas d’ondes électromagnétiques captées par les filoplumes
L’idée selon laquelle le pigeon voyageur capterait les ondes radio via ses filoplumes est fausse.
Les antennes radio fonctionnent par réception d’ondes électromagnétiques, un mécanisme impossible avec de la kératine.
2. Pas d’organe électrique comme la murène
Certaines espèces aquatiques produisent des champs électriques. Le pigeon voyageur, lui, n’a aucun organe comparable.
3. Pas de sonar comme le dauphin
Les dauphins utilisent un système d’écho-localisation. Le pigeon voyageur n’en possède pas, même si ses capacités sensorielles sont impressionnantes.
4. Le magnétisme : sujet encore débattu
Certains chercheurs ont longtemps défendu l’idée d’un sens magnétique chez le pigeon voyageur.
Mais Kirschvink (1989), pourtant un grand partisan de cette théorie, reconnaît désormais que les preuves restent insuffisantes.
Rien ne prouve aujourd’hui que les filoplumes jouent un rôle dans un éventuel sens magnétique.
Conclusion : le vrai “sixième sens” du pigeon voyageur
Oui, le pigeon voyageur possède un sixième sens, mais il n’a rien de magique.
Ce n’est pas un radar, ni une antenne, ni un sonar, ni un capteur magnétique confirmé.
Son “sixième sens” est en réalité une ultra-sensibilité mécanique, rendue possible grâce :
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aux filoplumes,
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aux corpuscules nerveux,
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à l’intégration neuronale dans la moelle épinière et le cerveau.
Ce système, d’une finesse remarquable, permet au pigeon voyageur :
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d’ajuster son vol,
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de lire l’atmosphère en temps réel,
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de gérer la pression, la vitesse et l’altitude,
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et d’optimiser sa performance en concours.
Un secret biologique méconnu… mais fondamental.
[ Source: Article édité par Prof. Dr. G. Van Grembergen – Revue PIGEON RIT ]
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