Les colombophiles âgés face à la nouvelle génération

Débutant :
Les colombophiles du troisième âge sont bien plus nombreux que ceux qu’on appelle les « jeunes colombophiles ». Les premiers ont pour eux l’expérience, mais cette expérience suffit-elle à battre les jeunes ? J’en doute, car on voit régulièrement des jeunes remporter de magnifiques résultats. Les anciens auraient-ils donc des points faibles ? Qu’en penses-tu ?
Victor :
Nous savons qu’avec l’âge, l’homme perd de sa souplesse — tant physique qu’intellectuelle. Et cela est vrai pour tous. Einstein, l’un des plus grands génies que le monde ait connus, commençait lui-même, avec les années, à douter un peu de ses propres dons.
Les jeunes chercheurs américains plaisantaient en disant que l’Institut de Princeton avait été fondé pour permettre aux vieux savants de se retirer dignement. C’était une boutade, mais Einstein comprit que, comme dans toute bonne plaisanterie, il y avait une part de vérité.
Débutant :
Irais-tu jusqu’à penser qu’à un certain âge, il vaudrait mieux abandonner la colombophilie ? Parce qu’on est sur le déclin ?
Victor :
Et attendre patiemment la mort dans un fauteuil ? Quelle épreuve douloureuse… L’ennui est sans doute la pire des souffrances. Ne rien avoir pour occuper son temps, c’est tout le contraire de vivre.
Or, vivre est le plus profond instinct de l’homme. La colombophilie, comme hobby, peut remplir toute une vie, surtout lorsque l’on entre dans le troisième âge.
Mais pour augmenter ses chances de succès, il faut savoir s’organiser. C’est pourquoi il est utile de rédiger un plan avant la saison sportive.
L’un des handicaps de l’âge, c’est la mémoire : on oublie facilement. On peut y remédier par une bonne planification.
C’est Ernest Duray, le célèbre champion d’Écaussinnes, qui conseillait déjà aux jeunes colombophiles d’établir un plan avant la saison. Ce conseil est encore plus précieux pour les colombophiles âgés.
En quoi consiste ce plan ?
Selon Ernest Duray, tout bon colombophile doit, à l’image d’un général, prévoir une stratégie claire et s’y tenir. Il insistait sur l’importance absolue de respecter le plan établi, sans se laisser troubler par les circonstances.
Voici les principaux points à considérer :
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De quels effectifs puis-je disposer ? Quels pigeons destiner à la vitesse, au demi-fond ou au fond ?
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Quelles leçons tirer du passé concernant les périodes de forme dans mon colombier ?
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Comment vais-je nourrir mes pigeons ? (question capitale)
Débutant :
Mais il faudrait un livre entier pour traiter en détail toutes ces questions !
Victor :
Je le sais, mais il s’agit ici de dresser un plan général, sans entrer dans les détails.
Pour répondre à la première question, il faut se demander :
« Ai-je des réserves si mes meilleurs sujets tombent au combat ? »
C’est une réflexion de tout bon stratège.
Je pense ici à mon cher ami feu Georges Fabry de Liège, qui disait :
« Mon colombier le plus important, c’est celui des producteurs. Jouer les veufs, tout le monde sait le faire… mais assurer la lignée, c’est une autre histoire. »
Il faut savoir parfois sacrifier un bon voyageur pour le placer parmi les reproducteurs.
Tout colombophile devrait y réfléchir lorsqu’il passe en revue ses pigeons de concours et ceux destinés à la reproduction.
Pour aligner ses pigeons dans les catégories qui leur conviennent (vitesse, demi-fond, fond), il faut bien connaître leur origine.
Mais il faut aussi vérifier qu’ils ont conservé les qualités essentielles de leurs ancêtres.
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Pour la vitesse et le demi-fond, c’est la musculature puissante et l’aile rapide qui comptent.
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Pour le fond, c’est un plumage soyeux, une respiration calme et des organes respiratoires impeccables.
Si les produits de vos reproducteurs déclinent en qualité, vos succès diminueront dans la même proportion.
Débutant :
Je comprends… mais tout cela me paraît plus facile à dire qu’à faire.
Victor :
Ce n’est pas facile du tout, mais un bon plan aide à ne rien oublier !
Il faut aussi prévoir suffisamment de repos entre les concours, surtout pour le fond et le grand fond.
Et j’aime citer encore Georges Fabry, qui disait :
« La meilleure drogue, c’est une semaine de repos supplémentaire. »
Quant au deuxième point — les leçons du passé — il faut savoir que le colombier lui-même joue un rôle déterminant dans la forme des pigeons.
Le grand Jef Van Riel, autre champion légendaire, en avait fait l’expérience : il possédait deux colombiers, l’un orienté au sud, l’autre à l’est.
En début de saison, les pigeons du colombier orienté au sud étaient toujours les premiers.
Mais, à mesure que l’été avançait, ceux du colombier orienté à l’est prenaient l’avantage.
Débutant :
Quand on construit un colombier, il faudrait donc y penser, car la grande forme ne dure pas toute la saison dans le même environnement !
Victor :
Exactement ! Et c’est un point essentiel de la stratégie.
Mais il reste encore la question n°3 : « Comment vais-je nourrir mes pigeons ? »
Ce sera le sujet de notre prochain dialogue, si Dieu le veut.
Noël De Scheemaecker
Notice :
Une période de repos de deux semaines est un minimum entre deux concours de fond.
Mais après un concours difficile de grand fond, une semaine supplémentaire de repos est indispensable.
Ce principe, déjà valable il y a cinquante ans, reste toujours d’actualité, malgré les progrès réalisés dans les soins et le suivi médical de nos athlètes ailés.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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