Pigeon Voyageur Ulens Histoire Selection Origines et Heritage dune Lignee Mythique
23 octobre 2025 Par admin

Pigeon Voyageur Ulens : Histoire, Sélection, Origines et Héritage d’une Lignée Mythique

Pigeon Voyageur Ulens Histoire Selection Origines et Heritage dune Lignee Mythique

L’histoire du pigeon voyageur en Belgique regorge de légendes, de récits passionnés et de personnages dont l’influence dépasse largement leur époque. Parmi eux, le nom du Baron Ulens occupe une place à part. À une période où les Chapuis, Dedoyard, De Trooz ou Voos dominaient la province de Liège et façonnaient les standards du pigeon voyageur liégeois-verviétois entre 1850 et 1870, l’ascension du Baron Ulens et de son soigneur André Bernaerts marqua profondément la colombophilie belge. Pour comprendre cette époque, il faut plonger dans un XIXᵉ siècle où les frontières entre vérité et légende s’effacent, laissant place à un récit presque mythologique autour du pigeon voyageur.

La naissance des grandes lignées de pigeons voyageurs fut entourée de mystère. Constituer une colonie performante relevait presque de la stratégie militaire : sélection secrète, croisements tenus confidentiels, absence totale de documents écrits. La plupart des grands champions étaient des hommes simples, souvent illettrés, dont le premier souci n’était pas de conserver des archives. D’autres, plus instruits, virent leurs notes disparaître dans les incendies, les guerres ou simplement avec la succession. Ainsi, l’historien moderne doit recomposer l’histoire du pigeon voyageur à partir d’un ensemble extrêmement réduit de témoignages.

Dans ce contexte obscur, la figure du Baron Ulens brille comme un phare. Passionné par le jeu mais peu technicien, il trouva en André Bernaerts, son soigneur hollandais, un véritable maître d’œuvre. Beaucoup de spécialistes estiment aujourd’hui que c’est Bernaerts, plus que le Baron, qui fut le véritable architecte de cette lignée exceptionnelle de pigeons voyageurs. Cocher, domestique et homme à tout faire, Bernaerts possédait une intuition rare pour la sélection et la gestion d’une colonie.

Selon un témoignage recueilli après la mort du Baron Ulens, la base de la colonie provenait d’un pigeon d’un certain Monsieur Lens d’Anvers, issu d’un haut-volant au sang trois-quarts. Cependant, des détails morphologiques – comme la présence de plumes aux pattes et un œil blanc – indiquent une origine plus complexe. Un ami proche du Baron, Monsieur P. Voot, affirmait pour sa part que la lignée Ulens résultait d’un triple croisement entre messager persan, culbutant, et pigeon de ferme anversois, le fameux smijter. Cette diversité génétique pourrait expliquer l’extraordinaire personnalité du pigeon voyageur Ulens.

Marine cependant au fil des années, la colonie pratiquait une consanguinité très poussée, pratique courante à l’époque pour stabiliser les qualités recherchées. Cette méthode avait un prix : de nombreux jeunes pigeons voyageurs demeuraient maladifs, fragiles, sensibles au coryza chronique et à la paratyphose. Personne n’en voulait. Mais lorsque l’un d’eux survivait à la première mue, il se transformait en un véritable athlète, robuste, élégant, capable d’exploits hors du commun. Le pigeon voyageur Ulens devint alors synonyme de puissance, d’endurance et de domination.

Les exploits de la colonie Ulens demeurent légendaires. Un jour, la colonie rafla douze premiers prix dans un même concours. Une autre fois, le Baron paria qu’il pourrait gagner plus de prix que tous les amateurs de Borgerhout et de Berchem réunis… et il remporta son pari. L’un des épisodes les plus célèbres se produisit au local colombophile “Ortelius”. Lorsqu’on demanda à Bernaerts combien de pigeons voyageurs il allait inscrire, il répondit simplement : « Choisissez une couleur entre rouges, pâles ou écaillés. »
Les amateurs choisirent les rouges. Bernaerts inscrivit les huit rouges… qui remportèrent les huit premières places. Le lendemain, la colonie Ulens fut exclue du club. Ce jour-là, la réputation du pigeon voyageur rouge Ulens devint incontournable.

Morphologiquement, le pigeon voyageur Ulens se distinguait par une charpente allongée, des muscles volumineux mais étonnamment légers, une poitrine large et ouverte et un port majestueux rappelant un oiseau assis sur sa queue. Le cou était large et fort, le bec puissant à la base et s’affinant avec les générations. La tête, ronde et parfois légèrement busquée, évoquait la solidité et l’intelligence.
L’un des points les plus remarquables restait l’œil : un iris rose, blanc bleuté ou coloré selon le plumage. Les pâles argentés et rouges mailletés arboraient souvent un œil clair très prisé.
Les variations de plumage influençaient directement la teinte de l’iris, allant du blanc au rosé, jusqu’à l’orange vif ou au brun dans les cas récessifs.

En 1869, la colonie Ulens fut dispersée presque entièrement, quatre sujets seulement étant conservés par le Baron. Monsieur Wuydts en devint le principal acquéreur, suivi de Monsieur Pittevil et de Monsieur Debruyn, ancien homme de confiance du Baron. Ce dernier céda ensuite ses pigeons voyageurs à Monsieur Vekemans, directeur du Jardin Zoologique d’Anvers.
En 1872, les quatre derniers pigeons voyageurs du Baron Ulens furent vendus à Monsieur Salsmans, qui devint rapidement l’un des plus grands joueurs de la région. Lorsque la colonie Vekemans fut dispersée à son tour, une branche entière de la lignée Ulens disparut définitivement, laissant un héritage encore perceptible dans la génétique moderne du pigeon voyageur.

Aujourd’hui, la lignée Ulens représente bien plus qu’un simple chapitre de l’histoire : elle incarne les origines du pigeon voyageur moderne, l’art de la sélection, la passion des colombophiles belges et la puissance de certaines lignées capables de marquer un siècle entier. Entre mystère, rigueur et exploits retentissants, la lignée Ulens continue d’inspirer tous ceux qui cherchent à comprendre ce qui fait réellement un grand pigeon voyageur : une combinaison unique de génétique, de sélection, de patience et d’instinct.


[ Source: Article édité par Revue PIGEON RIT ] 

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