Histoire du Pigeon Voyageur en Europe : Origines, Rôle Militaire, Messageries, Révolution Française et Essor de la Colombophilie

Le pigeon voyageur occupe une place exceptionnelle dans l’histoire européenne. À la fin du Moyen-Âge, alors que les messageries par pigeons perdaient en importance en Orient, l’Europe — et plus particulièrement la Belgique, la France et la Hollande — connut une véritable explosion de l’usage du pigeon voyageur. Les columbariums, construits en bois sur piloris ou érigés en tours massives, se multiplièrent sur les terres des seigneurs. Ces tours mesuraient souvent de 3 à 6 mètres de diamètre et pouvaient atteindre 10 à 12 mètres de haut, abritant jusqu’à cinq cents pigeons voyageurs. Chaque étage comportait une centaine de cases, témoignant de l’importance que la noblesse accordait à ces oiseaux.
À cette époque, seul l’aristocrate avait le droit de bâtir un colombier. Les pigeons voyageurs avaient la réputation de piller les champs, ce qui irritait fortement les paysans, d’autant plus que les indemnisations étaient dérisoires. Les seigneurs ne voyaient dans le pigeon que deux avantages : la qualité de sa chair et la valeur de son fumier pour fertiliser leurs terres. Le pigeon voyageur n’était pas encore traité comme un athlète ou un messager stratégique : il devait se nourrir seul et n’obtenait que quelques graines en hiver.
La Révolution française : naissance de la colombophilie populaire
La Révolution mit fin à ces privilèges injustes. Désormais, chaque citoyen était libre de posséder un pigeon voyageur. Les grandes tours furent détruites et les communes instaurèrent des périodes où les pigeons devaient rester enfermés, permettant aux agriculteurs de protéger leurs récoltes.
Cette nouvelle liberté marqua le début d’une véritable expansion populaire de la colombophilie, et les pigeons voyageurs devinrent une aide précieuse pour améliorer l’ordinaire des familles modestes.
C’est également à cette époque que le rôle militaire du pigeon voyageur devint évident. L’épisode le plus célèbre eut lieu en 1574, lorsque la ville hollandaise de Leiden, assiégée par l’armée espagnole et frappée par la famine, reçut un message crucial apporté par un pigeon voyageur. Celui-ci annonçait que les digues de la Meuse et de l’IJssel avaient été rompues afin d’inonder les troupes ennemies. Grâce à ce message, les habitants poursuivirent leur résistance, et l’ennemi dut lever le siège.
Les frères ayant fourni ces pigeons voyageurs furent récompensés par des pièces d’argent et par le privilège d’adopter le nom Vanduyvenboden, toujours porté aujourd’hui en Belgique et en Hollande.
Le prince d’Orange décida même que les pigeons voyageurs seraient désormais nourris par le trésor public, et après leur mort, leurs corps furent embaumés et exposés au Musée de Leiden. Cette reconnaissance marquait l’importance stratégique du pigeon voyageur dans l’histoire européenne.
Le XVIIIe siècle et l’essor militaire du pigeon voyageur
Au XVIIIe siècle, la place du pigeon voyageur dans les communications militaires devint encore plus déterminante. Dans un article publié le 20 août 1882 dans L’Acclimatation, La Perre de Roo évoque ses difficultés à convaincre l’armée française d’intégrer le pigeon voyageur dans ses services de liaison. Pourtant, le 2 septembre 1870, alors que Paris était assiégée, il affirma au ministre de la Guerre que le pigeon voyageur était le dernier moyen viable pour communiquer avec l’extérieur.
D’abord accueillis avec scepticisme, les colombophiles réussirent grâce à l’intervention de Louis Van Rosebeke à faire sortir des pigeons voyageurs de Paris par ballon. Le soir même, certains revinrent avec les premières dépêches.
Ces missions étaient risquées. Le 12 novembre, plusieurs accompagnateurs furent capturés par les Prussiens. Sur trente oiseaux, seuls six pigeons voyageurs purent être lâchés ; les autres tombèrent entre les mains de l’ennemi. L’un d’eux fut même utilisé par les Allemands pour transmettre à Paris la célèbre dépêche affirmant :
« Ces diables de Français ont repris Orléans ! »
Une innovation technologique remarquable
Durant la guerre franco-allemande, le service de liaison par pigeon voyageur fut perfectionné au point de rivaliser avec le télégraphe. Les dépêches étaient photographiées, réduites en micro-pellicules et insérées dans une rémige fixée à la queue du pigeon avec du fil de soie.
À l’arrivée, chaque message était plongé dans une solution d’eau et d’ammoniac, puis placé entre deux verres pour faciliter la lecture.
Cette méthode révolutionnaire permit des communications rapides, fiables et secrètes, renforçant l’importance du pigeon voyageur comme messager militaire de premier ordre.
L’avance surprenante du baron de Rothschild
Bien avant les expériences militaires françaises, le baron de Rothschild avait déjà compris la puissance du pigeon voyageur. En 1815, il annonça à Londres la défaite de Napoléon à Waterloo plusieurs jours avant que la Cour d’Angleterre ne l’apprenne.
Grâce à cette avance stratégique obtenue via un pigeon voyageur, les banquiers Rothschild profitèrent d’informations capitales pour anticiper les fluctuations boursières et réaliser des bénéfices considérables.
Le développement massif de la colombophilie en Europe
Après la guerre, la France connut un essor impressionnant de la colombophilie. Plus de deux cents associations se spécialisèrent dans l’élevage du pigeon voyageur, principalement pour les concours de longue distance.
Le nombre d’amateurs augmenta rapidement et les organisations de concours devinrent progressivement plus structurées, installant la réputation durable du pigeon voyageur comme un athlète d’exception, symbole d’intelligence, de loyauté et d’endurance.
[ Source: Article édité par Revue PIGEON RIT ]
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