Pigeon Voyageur : L’Heure du Lâcher, la Topographie et les Conditions de Vol — Les Facteurs Invisibles des Concours Colombophiles
Les facteurs invisibles qui décident d’un concours colombophile
Débutant :
Nous avions parlé du vent et de la masse comme deux éléments pouvant avantager ou désavantager certaines zones du rayon. Aujourd’hui, nous abordons trois autres facteurs déterminants : l’heure du lâcher, les soins dans les locaux d’enlogement, et la topographie du trajet de retour.
Autant d’éléments parfois négligés, mais qui influencent profondément la réussite d’un pigeon voyageur.
Victor :
Tu as raison. Mais avant d’en venir à ces trois points, il faut évoquer une erreur qu’on commet encore trop souvent : le lâcher simultané de pigeons transportés par route et de ceux transportés par rail.
Cela arrive lorsque les convoyeurs ne se concertent pas, et le résultat peut être dramatique : des centaines de pigeons se laissent entraîner par une masse de milliers d’autres — souvent étrangers à la zone — vers des régions complètement décalées de leur ligne de vol naturelle.
Un convoyeur chevronné m’a raconté ce phénomène. Il soulignait aussi que certaines gares ou terrains de lâcher ne conviennent pas du tout à un grand nombre de pigeons, tant les conditions d’espace et de visibilité y sont mauvaises.
L’heure du lâcher : un paramètre décisif
Débutant :
C’est donc un vrai sujet pour la R.F.C.B. Il faudrait éviter que ces erreurs de coordination pénalisent certains colombophiles.
Victor :
Absolument. Parlons maintenant de l’heure du lâcher, surtout dans les concours de fond.
Quand la distance dépasse les 900 km, certains organisateurs retardent volontairement le lâcher pour empêcher que des pigeons ne soient constatés le soir même dans les zones proches du point de départ. Leur but est d’assurer une forme d’équité entre les colombiers du rayon.
Débutant :
Donc, plus le vent est favorable, plus on retarde l’heure du lâcher ?
Victor :
Exactement. Mais en pratique, ce n’est pas si simple.
Les wagons arrivent souvent de nuit. Les abreuvoirs sont remplis, mais beaucoup de pigeons ne boivent pas.
Après vérification de la météo et des vents de la ligne de vol, le convoyeur décide, en accord avec l’organisateur, d’un lâcher vers 11 heures, pour un vol estimé à dix heures.
Avant le lâcher, on retire les abreuvoirs afin d’éviter que l’eau ne se renverse lors du déchargement.
Dans le sud de la France, la chaleur devient vite étouffante, et les pigeons, exposés au soleil, souffrent de la soif. Certains se ruent sur l’eau quand elle leur est redonnée juste avant le départ.
Un médecin présent m’avait confié :
“Les pigeons qui se gavent d’eau avant le lâcher ne se classeront pas. Ils s’épuisent rapidement, car l’excès d’eau dilue leurs réserves nutritives.”
Une observation confirmée par les disciplines d’endurance humaines comme le cyclisme ou le marathon : celui qui boit trop d’un coup perd toute efficacité.
Enlogement et conditions de soins : l’influence du détail
Débutant :
C’est un vrai casse-tête. Ne vaudrait-il pas mieux lâcher plus tôt, avant que la chaleur ne devienne un obstacle ?
Victor :
Peut-être, mais laissons à notre ami Georges De Paduwa le soin de trancher. D’autant que les vols se poursuivant après la tombée de la nuit deviennent plus nombreux quand le vent est favorable et que le lâcher est tardif.
Venons-en maintenant à un autre aspect trop souvent ignoré : les soins dans les locaux d’enlogement.
Certains endroits offrent de l’eau fraîche et une bonne aération, d’autres non. Certains paniers sont impeccablement entretenus, d’autres sales et malodorants.
Ces détails, pourtant essentiels, influencent la récupération, la respiration et même la motivation des pigeons.
Les instances dirigeantes doivent veiller à garantir des conditions égales pour tous les concurrents, sans quoi le hasard prend le dessus sur le mérite.
La topographie : un juge silencieux du retour
Victor :
Enfin, parlons du troisième facteur : la topographie du trajet de retour.
Comme le disait Gust De Feyter, manager du célèbre colombier Evrard Havernith de Hoboken, vainqueur national sur Bordeaux avec plus de 10 000 pigeons :
“Il ne faut pas craindre l’avant-main dans les concours de fond. Les montagnes et les vallées obligent les pigeons à de grands détours. Ces détours ralentissent la vitesse moyenne et compensent largement les différences de distance.”
J’ai pu le constater moi-même lors d’un voyage Perpignan–Belgique effectué en voiture avec Gustave Guelton, Jacques Binet et Louis Lucien.
Jacques, convoyeur expérimenté, nous disait :
“En voiture, on comprend mieux les efforts des pigeons. Ils suivent les vallées, contournent les montagnes, volent en zigzag. Et les vents locaux, comme la tramontane ou le mistral, rendent certaines zones redoutables.”
Puis, philosophe, il ajouta :
“Je ne voudrais pas être un pigeon dans la vallée du Rhône ! Quelle leçon de courage et d’instinct.”
Le choix des lieux de lâcher : entre régularité et mérite
Débutant :
En entendant cela, on se dit qu’il faudrait choisir des lieux de lâcher situés dans les grandes plaines, pour permettre un vol plus direct. Un parcours difficile, c’est bien, mais si la régularité du concours en souffre ?
Victor :
Tu as raison. Mais n’oublions pas la valeur sportive : un trajet accidenté exige endurance, orientation et ténacité exceptionnelles.
Certes, le déchet est grand… mais la victoire n’en est que plus glorieuse.
Souhaitons que notre ami Georges De Paduwa éclaire de ses réflexions cette “face cachée de la lune” de la colombophilie — celle des conditions de vol, souvent invisibles, mais déterminantes pour la réussite d’un pigeon voyageur.
✅ Conclusion :
Cet article met en lumière les facteurs méconnus qui influencent la performance des pigeons voyageurs : heure du lâcher, vent, topographie, soins et conditions d’enlogement.
Ces paramètres, bien que souvent invisibles, façonnent la régularité et la justice sportive en colombophilie. Comprendre ces éléments, c’est progresser vers une pratique plus équitable, respectueuse des pigeons et de l’esprit du sport.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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