La Forme Prime la Classe chez le Pigeon Voyageur : Comprendre et Préserver la Condition Physique de vos Pigeons

Débutant :
Je me souviens que le fameux champion Émile Marlier, d’Heppignies, t’avait un jour affirmé que la forme d’un pigeon primait sa classe. C’était après un échec relatif de ses redoutables champions. Et je suis persuadé qu’il n’en connaissait pas la cause.
Je crois que tous les colombophiles vivent cela un jour ou l’autre. Parfois même, c’est pendant toute une saison qu’ils s’en plaignent. J’ai l’impression que même le meilleur colombophile ne peut résoudre cette énigme. Qu’en penses-tu ?
Victor :
Je crois que tu as raison. Mais ce n’est pas une raison pour croiser les bras. Lorsqu’on veut remédier à une situation, il faut d’abord rechercher toutes les causes possibles qui peuvent l’influencer. Ce n’est pas facile du tout. Pourquoi ? Parce que la forme, ou un degré de celle-ci, peut dépendre d’un tout petit rien.
Je dirais que le colombophile qui veut mettre ses pigeons en forme, et maintenir cette forme, marche sur une corde raide.
Un météorologue a dit un jour que le battement d’aile d’un papillon à Tokyo pouvait influencer le temps sur toute la planète. Cette boutade paraît extrême, mais elle donne à réfléchir : le temps peut en effet basculer d’un côté ou de l’autre à cause d’un phénomène presque imperceptible.
Je crois qu’il en est de même pour la forme de nos pigeons. Et notre collaborateur, le Dr Stosskopf, l’a très bien exprimé : pour se distinguer, il ne suffit plus qu’un pigeon soit en bonne santé, il lui faut encore un “plus” pour être performant.
Débutant :
D’accord. Mais ce “plus”, si nous le connaissions, il n’y aurait plus de problème. Le connais-tu ?
Victor :
Je ne le connais pas… parce qu’il y a beaucoup de “plus” !
Ils peuvent être d’ordre physique ou psychique, ce qui complique encore le problème.
Cependant, les facteurs psychiques peuvent souvent être influencés par le colombophile lui-même : il peut stimuler la motivation du pigeon, accroître sa combativité ou son désir de rentrer rapidement au colombier. Il suffit de bien connaître ses instincts et de savoir les exploiter.
Débutant :
Voilà, je suppose, tout un champ d’étude ! C’est d’ailleurs, à mes yeux, le côté le plus passionnant de la colombophilie. Car le colombophile peut, dans ce domaine, déployer toute sa science de l’observation, et cela pour chaque pigeon individuellement.
J’ai remarqué, en effet, que comme chez les humains, le caractère d’un pigeon diffère souvent beaucoup d’un sujet à l’autre.
Victor :
Tu viens d’aborder un thème psychique très intéressant, et il faudra qu’on y revienne.
Mais pour aujourd’hui, contentons-nous de rechercher quelques “plus” — ou absences de “plus” — d’ordre physique chez le pigeon.
Lorsqu’on cherche ce qui est à la base de la forme ou de la méforme physique, on en revient toujours à sa résistance et à sa vitalité.
Tout élément qui diminue cette résistance nuit à sa condition physique, et donc à sa forme.
Débutant :
Il faut donc essayer d’éliminer ces éléments, si possible, si j’ai bien compris.
Victor :
Tu as très bien compris — surtout quand tu dis si possible, car ce n’est pas toujours faisable.
Prenons d’abord l’élément principal : le colombier, l’habitat du pigeon.
La forme, puisqu’elle dépend de la résistance, ne doit pas être entravée par le colombier. Celui-ci ne doit pas “attaquer” les calories du pigeon. Si le pigeon doit dépenser son énergie à lutter contre le froid, il perd une partie de ses réserves et sa résistance diminue.
Débutant :
C’est très logique. Et c’est sans doute pour éviter une baisse nocturne de la forme que certains colombophiles réchauffent leur colombier la nuit.
Le froid descend, donc il faut l’empêcher de s’accumuler au-dessus des pigeons. Une cheminée est plus étroite en haut qu’en bas pour favoriser la remontée de l’air : l’expérience nous enseigne ce principe.
Si je comprends bien, il faut donc réduire la surface d’aération au-dessus des pigeons le soir, par exemple en refermant partiellement le plafond avec des glissières en triplex.
Victor :
Excellent raisonnement, mon ami !
Mais si le pigeon perd des calories en luttant contre le froid, un autre élément à éliminer est l’humidité.
Pourquoi ? Parce qu’elle handicape ses organes respiratoires.
Un jour, le célèbre champion de Schoten, Corneel Horemans, me disait que les performances de ses pigeons dépendaient du temps qu’il avait fait durant la semaine précédant l’enlogement. Il se plaignait de l’humidité dans son colombier, entouré d’arbres.
Or, on sait que les arbres attirent l’humidité — c’est bien parce qu’il n’y a pas d’arbres au Sahara qu’il n’y pleut jamais !
Horemans me disait : “Le propriétaire m’interdit de couper ces arbres… sinon je l’aurais fait depuis longtemps. Par temps humide, je vois les gorges de mes pigeons rougir et la fente palatine se refermer.”
Débutant :
Quelle leçon ! Mais cet élément, le colombophile ne peut-il vraiment rien faire pour le supprimer ?
Victor :
Les ménagères savent bien que le linge ne sèche pas dans un local fermé, surtout s’il est petit. Il sèche vite dans le vent !
Le colombophile doit s’en inspirer : sans circulation d’air, pas de colombier sec, car le pigeon lui-même dégage de l’humidité.
Débutant :
Oui, mais qui dit circulation d’air dit courant d’air. Et tous les colombophiles s’accordent à dire que le courant d’air est le pire ennemi du pigeon. Comment résoudre ce paradoxe ?
Victor :
Et d’abord, crois-tu qu’un pigeon volant à 100 km/h ne subit pas un courant d’air ?
Le pigeon est bien plus résistant qu’on ne le pense. Ce qui menace sa santé, c’est le refroidissement et l’humidité, pas le courant d’air.
Dans une volière complètement ouverte au vent, les pigeons se portent souvent à merveille : narines blanches, yeux secs.
Contre l’humidité, il existe un remède infaillible : faire entrer de l’air sec par le plancher du colombier, un air qui circule vers le haut et diminue fortement l’humidité intérieure.
Je ne vois pas d’autre solution. Et toi ?
Débutant :
Si la forme prime la classe, nous devons admettre que la forme est une fée bien fragile…
Victor :
Nous poursuivrons ce dialogue encore longtemps !
— Noël De Scheemaecker
Notices :
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Le pigeon, contrairement à ce que l’on croit, supporte très bien les courants d’air. Volant à 80 ou 100 km/h, il affronte une résistance considérable sans en souffrir.
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Les glissières en triplex dans le plafond du colombier sont idéales pour éviter un refroidissement nocturne trop rapide. Elles limitent aussi les grandes différences de température entre le jour et la nuit, surtout en avril et mai.
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Le colombophile qui veut maintenir la forme de ses pigeons marche sur une corde raide : le moindre déséquilibre, aussi imperceptible soit-il, peut tout faire basculer.
[ Source: Article édité par M. Noël De Scheemaecker – Revue PIGEON RIT ]
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La forme de pigeon s’envole! Pourquoi?

