Pigeon voyageur : un système naturel d’élevage et de reproduction efficace selon André Roodhooft

Un lecteur habitant le Nord de la France m’a posé la question suivante :
« Pouvez-vous me dire si l’idée de mettre à la disposition de deux couples de pigeons voyageurs un couple de reproducteurs est une bonne idée, et si elle peut être facilement mise en pratique ?
Personnellement, je crois que cela me permettrait d’obtenir pratiquement les mêmes résultats qu’avec le système du veuvage. Les pigeons voyageurs (mâles et femelles) n’auraient pas à nourrir leurs jeunes, puisque cette tâche serait assurée par le couple de reproducteurs.
Un premier avantage de ce système serait, à mon avis, que les femelles pourraient aussi être jouées, ce qui offrirait la possibilité d’en découvrir d’excellentes pour le colombier d’élevage.
Un deuxième avantage serait de pouvoir disposer, tout au long de la saison, de jeunes issus à la fois des éleveurs et des voyageurs. Si ce système fonctionnait, ma colonie se composerait des deux tiers de voyageurs et d’un tiers de reproducteurs. Je voudrais avoir votre opinion. »
Réponse :
Si j’ai bien compris la question de cet amateur français, il souhaite accoupler ses voyageurs et ses reproducteurs le même jour. Une fois les jeunes éclos, il laisserait à chaque couple de voyageurs un seul jeune, de sorte que les petits de deux couples soient nourris par un couple de reproducteurs.
Je voudrais tout d’abord faire la remarque suivante : ce système entraînera non seulement beaucoup de travail, mais les chances de réussite sont très minces. En résumé, je ne conseille pas d’agir de cette manière.
Le jeu au naturel peut être appliqué d’une façon bien plus simple et efficace. Pour commencer, on laisse les pigeons couver pendant 17 à 18 jours. Pendant cette période, les femelles peuvent être jouées avec succès. Dès la naissance des jeunes, on peut essayer certains mâles sur concours : quelques-uns réaliseront d’excellentes prestations sur cette position de nid. Cette position n’est généralement pas idéale pour les femelles, tout comme celle d’œufs piqués (prêts à éclore).
Quand les jeunes ont cinq à six jours et que le lait de jabot est presque épuisé, les femelles atteignent alors leur meilleure position de nid. C’est à ce moment-là qu’on pourrait envisager de confier les jeunes à un couple d’éleveurs. Mais cela pose un problème : que mettre dans les plateaux des voyageurs ? D’autres jeunes ? Dans ce cas, les voyageurs les nourriront instinctivement, ce qui annule tout le système.
Une autre possibilité serait de laisser les voyageurs uniquement le soir avec leurs jeunes, ceux-ci ayant été nourris au préalable par les reproducteurs. Mais très vite, les voyageurs perdraient leur attachement, car les jeunes refuseraient d’être nourris par eux. Les voyageurs se remettraient alors à construire un nouveau nid. Cela prouve que ce système n’est pas viable.
Je conseillerais plutôt d’accoupler les reproducteurs une semaine après les voyageurs, de manière à toujours disposer de jeunes plus petits pour les voyageurs.
Un système plus valable
Voici, selon moi, un système efficace :
Pendant la couvaison, on joue les femelles. À la naissance des jeunes, on joue les mâles. Dès que les petits ont 7 à 8 jours, on enlève les mâles du colombier. Chaque soir, pendant que les femelles s’entraînent, on remet temporairement les mâles au colombier. Les femelles restent dehors environ une demi-heure, pendant laquelle les mâles assurent une partie du gavage. Ensuite, les mâles sont retirés avant le retour des femelles.
Ainsi, mâles et femelles peuvent être joués avec succès. Après les concours, on les laisse ensemble une heure au colombier avant de replacer les mâles dans un autre colombier ou une volière. Les mâles n’ont pas besoin de voler chaque jour.
Quand les jeunes ont 15 à 16 jours, on les remplace par d’autres âgés d’environ 10 jours. Cela permet de prolonger la bonne position de nid et de retarder une nouvelle ponte. Dès que les jeunes atteignent 18 jours, les mâles sont remis au colombier et, pendant leur vol du soir, les femelles rentrent pour nourrir les jeunes.
Dans cette position de nid, les femelles peuvent encore être engagées pour un dernier concours. Au retour, les jeunes sont enlevés. Les mâles et les femelles restent ensemble, mais les femelles resteront à la maison le week-end suivant, car une nouvelle ponte approche. Les mâles, eux, seront alors sur une excellente position de chasse au nid, idéale pour les concours de vitesse.
Huit jours plus tard, les femelles pourront à nouveau être engagées sur des œufs de huit jours, pendant que les mâles se reposeront. On répète ensuite le même cycle.
La pratique
En théorie, ce système paraît simple, mais en pratique, certains ajustements sont indispensables.
Le plus important est que les positions de nid de tous les couples restent identiques. Cela implique que les femelles pondent pratiquement en même temps à chaque tournée. Une différence de trois à quatre jours peut être corrigée en laissant couver un peu plus longtemps les couples les plus précoces ou en glissant des œufs prêts à éclore sous les couples en retard.
Pourquoi cette précision est-elle si cruciale ?
Parce qu’au moment où les mâles sont séparés, aucun d’eux ne doit rester au colombier. Même un seul mâle pourrait perturber tout le système. De même, une femelle couvant dans un colombier alors que les mâles s’y trouvent doit être évitée.
Il faut aussi accepter que tous les pigeons joués au naturel ne donneront pas des résultats exceptionnels. Ceux qui rentrent toujours en retard ne doivent plus être joués, mais ils doivent être gérés de la même manière que leurs congénères pour ne pas déséquilibrer la colonie.
Les couples médiocres doivent être écartés, et les nids perturbés (bagarres, abandons d’œufs, retours tardifs) doivent être retirés du colombier jusqu’à la prochaine tournée.
Le champ et la sécurité
Les pigeons joués au naturel, surtout avec des jeunes au nid, seront naturellement attirés par le champ. Ce n’était pas dangereux autrefois, mais aujourd’hui, avec les engrais chimiques, le champ est devenu un véritable danger.
Je recommande de mettre à leur disposition du grit, de la pierre à picorer et du vitamineral dans le colombier, et de leur donner régulièrement de la verdure : épinards, salade, choux frisés, chicons, carottes… des légumes qu’ils apprécient particulièrement lorsqu’ils élèvent des jeunes.
Les pigeons joués au naturel ne doivent jamais sortir librement : les sorties doivent être limitées aux entraînements. Évitez aussi de prendre en main un pigeon qui couve, au risque de provoquer la peur et de retarder son retour en concours.
Un pigeon bien équilibré n’a pas besoin de s’entraîner tous les jours pour réaliser une bonne prestation le dimanche.
L’alimentation
Les pigeons joués au naturel doivent être nourris deux fois par jour avec une quantité suffisante. À la rentrée d’un concours, ainsi que le lendemain, donnez un mélange dépuratif enrichi de levure de bière.
Les parents nourrissant des jeunes auront toujours faim, même si de l’orge reste dans la mangeoire. Après la période dépurative, passez au mélange sport, en y ajoutant 2 à 3 % d’orge. S’il reste trop d’orge, réduisez la quantité ; si la mangeoire est toujours vide, augmentez-la légèrement.
L’essentiel est que les pigeons mangent tout, y compris l’orge, sans excès ni manque.
Conclusion
Ce système, appliqué avec rigueur et observation, peut donner d’excellents résultats.
Le plus important reste de maintenir des positions de nid synchronisées, de ne pas déranger les pigeons qui couvent et de respecter le rythme naturel de chaque couple.
[ Source: Article édité par M. André Roodhooft – Revue PIGEON RIT ]
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Le pigeon voyageur est-il arrivé au terme de son évolution?

